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Lire Eric Faye (2/3) : Le double et la double lecture.

2èmevolet d’une série sur son oeuvre proposée par Jean Roulet

Quelque part dans le temps ou dans l’espace, êtes-vous certains de n’avoir pas un double dont vous portez le manque ? Qu’adviendrait-il si vous veniez à rencontrer celui ou celle que vous serez dans le futur, ou que vous avez pu être dans le passé ? Après la fuite et la disparition, c’est le rapport entre un personnage et son double qui prend place dans la thématique d’Éric Faye - qui a reçu le grand prix du roman 2010 de l’Académie Française pour Nagasaki (chez Stock) - qu’analyse ici notre critique littéraire Jean Roulet.


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Fondre la vitre

Dans un monde où chacun est l’étranger de l’autre, n’y a-t-il pas une forme d’enfer à cet enfermement du moi ?
Comment fondre la vitre qui nous sépare de cet autre, lui aussi prisonnier de son monde parallèle ? Question, nous l’avions vu dans la première émission de cette série, qui tourmente les personnages d’Éric Faye. Elle s’ouvre sur le fantasme d’un alter ego dont nous serions séparés mais qu’il suffirait de rejoindre pour abolir un isolement, combler notre incomplétude et guérir de ce vide qui douloureusement nous habite.

Dis-moi qui te hante

Tel est le thème du double. Décliné sous bien des formes, il se glisse en chaque nouvelle. Dans une société totalement privée de liens authentiques, les personnages d’Éric Faye n’ont d’autres recours que de s’inventer un alter ego, un être qui les hante et devient leur intime squatter.
Ils se nourrissent d’un impossible espoir : traverser les frontières du temps ou de l’espace et le rejoindre dans son monde.
Ce double est parfois ressenti comme un intrus, tout aussi inquiétant que l’inconnu dans la maison, scénario flagrant de Nagasaki. Il n’est alors de repos avant de l’avoir piégé, démasqué, dénoncé, au risque d’en éprouver ensuite quelques remords. Mais, là encore, cet autre n’est jamais que l’émanation d’un manque, le besoin de combler un vide.

L’Impossible rencontre

Bien savoir, cependant, qu’entre le personnage et son double il ne peut y avoir de réelle rencontre. La vitre est toujours là qui les sépare. La vitre ou le rideau de fer ou les murs d’une prison. En dépit de ses demandes, monsieur Shimura ne sera pas autorisé à rencontrer sa squatteuse. Il n’en saura jamais que la fugitive silhouette sur un écran mouchard.
Quant aux deux Solange Brillat, alors qu’elles partagent une seule et même identité, cinquante ans d’âge les séparent lorsqu’elles sont confrontées. Une scène suffocante s’ensuivra, un grand moment de littérature fantastique. Tout comme pour la matière et l’antimatière, il est des symétries fatales à tout(...)


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