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Y-a-t-il une question allemande en Europe ?

Une nouvelle chronique européenne de Jean-Dominique Giuliani

L’actualité de ces derniers mois nous a présenté une Allemagne peu encline à la négociation entre Etats-membres. « Nein » serait-il devenu le mot allemand le plus répandu en Europe ? Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, Européen convaincu et éclairé, tient à rappeler l’importance de la contribution allemande au sein de l’Union européenne.


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La décision du gouvernement allemand de mettre fin à son programme nucléaire en 2022 a résonné comme un coup de tonnerre dans le ciel européen. Ses propositions pour régler la crise grecque ont été prises comme des exigences. Son refus de voter à l'ONU pour l'engagement européen et occidental en Libye comme un lâchage de ses alliés. Y aurait-il donc une question allemande, comme voudraient l'accréditer certains milieux britanniques ou français ?

Trois éléments au moins doivent être pris en compte pour tenter de répondre objectivement à cette question :

- La difficulté de gouverner l'Allemagne en est un. C'est une véritable démocratie parlementaire et fédérale. Angela Merkel doit composer en permanence avec les partis de sa coalition et avec les Länder, dotés de très larges compétences ailleurs dévolues à l'Etat central. Toute décision du gouvernement fédéral doit donc être précédée de discussions, de négociations, voire de compromis, forcément longs.

- L'histoire de l'Allemagne en est un autre. Il serait faux de croire que 80 ans après le nazisme, les Allemands l'ont oublié. Ils ont reconstruit une Allemagne démocratique, démilitarisée, stable et prospère, rejetant toute velléité expansionniste ou conflictuelle, tournant la page sur leurs frontières, leurs dérives et leur passé, ce qui était inimaginable au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont payé très cher une réunification pacifique. Ils ont joué le jeu de l'intégration européenne, bien plus que tout autre sur le continent, jusqu'à abandonner leur monnaie qui incarnait leur renouveau.

- Ses relations avec l'Europe en sont un autre. Plus gros contributeur net au budget européen depuis l'origine, acceptant toutes les initiatives : Constitution, fonds régionaux généreux pour les plus pauvres, fédéralisation de certaines politiques, quelles que soient les difficultés politiques à les faire accepter, les Allemands ont longtemps joué le jeu de l'Europe plus franchement que d'autres.

Ils ont désormais légitimement des motifs de déception: Pas de réponse à la proposition Schäuble-Lamers de 1994 d'accélérer l'intégration européenne au sein d'un noyau dur. La responsabilité française est écrasante. Pas de sanctions en cas de non-respect des règles de l'Euro qui a caché des dérives qui auraient dû être corrigées immédiatement. Pas de leadership politique européen. Pas d'efforts financiers et de réformes concertées en Europe alors qu'un Chancelier a osé mettre son mandat(...)


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