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Peut-on encore parler de progrès ? par Bertrand Collomb

Retransmission de la séance de l’Académie des sciences morales et politiques
S’il est généralement admis que la technique, la science, l’économie progressent, qu’en est-il de l’espèce humaine elle-même ? Le progrès engendrant risques ou déviances reste-t-il maîtrisable ? Ecoutez la communication de Bertrand Collomb, ancien P.-D.G. de Lafarge, devant ses confrères de l’Académie des sciences morales et politiques le lundi 16 mai 2011.


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Référence : ES620
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Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida7095-Peut-on-encore-parler-de-progres-par-Bertrand-Collomb.html
Date de mise en ligne : 12 juin 2011

Généralement, l’idée de progrès contient celle d’une évolution vers une situation supérieure ou préférable. Elle apparaît surtout au siècle des lumières, période à laquelle Bertrand Collomb consacre toute la première partie de son exposé « C’est au siècle des lumières que l’idée de progrès apparaît vraiment. Auparavant, la recherche d’une meilleure condition humaine n’était pas vue dans une progression vers l’avant, mais plutôt vers la recherche d’un idéal perdu. C’était l’Âge d’or, présent dans de nombreuses mythologies, ou le Paradis Terrestre chrétien, qui ne pourrait être retrouvé que dans l’au-delà. » Et l’académicien cite à l’appui de son propos Pascal, Bacon, Condorcet...

Poursuivant sa réflexion, il aborde l’économie : « L’idée du progrès économique n’apparaîtra qu’au XIXe siècle, lorsque la division du travail et l’industrialisation modifieront sensiblement l’organisation économique des sociétés occidentales. » La réflexion tourne autour de questions comme : la croissance économique est-elle infinie ou a-t-elle des limites ? Le progrès économique peut-il s’épuiser ? « Jean-Baptiste Say donnera à cette question une réponse de principe positive. Car si les ressources de travail sont limitées par la population, il y a une possibilité illimitée d’accumulation de capital. Marx verra une limite dans l’idée d’une rentabilité décroissante du capital. L’idée n’était pas absurde, et a pu se matérialiser à certaines époques. Mais, sur une longue période, le progrès technique a introduit une nouvelle composante, en augmentant la capacité productive, à la fois du capital et du travail. L’épuisement possible du progrès technique est une possibilité évoquée maintenant, notamment par Benjamin Jones. Mais l’évidence empirique est plutôt, encore à présent, une accélération du progrès, en tout cas dans certains domaines. »

Bertrand Collomb et Yvon Gattaz, de l'Académie des sciences morales et politiques
Bertrand Collomb et Yvon Gattaz, de l’Académie des sciences morales et politiques

Aujourd’hui, les questions environnementales obligent à repenser entre autres le progrès de la production. Et à la notion de progrès économique, non exempte de critiques, s’ajoute désormais l’indice de développement humain... « La croissance ne se voit donc pas vraiment fixer de limites, et le progrès économique est actuellement le premier auquel on pense lorsqu’on parle de progrès. La mesure de la croissance du PNB (Produit National Brut) est devenue l’indicateur principal de prospérité d’un pays et de sa population, dont il reflète la progression du niveau de vie et de la richesse. Mais la richesse fait-elle le bonheur ?
L’identification du progrès avec la croissance économique et son indicateur le PNB a fait l’objet de beaucoup de critiques. Le Programme des Nations Unies pour le Développement a ainsi, à l’initiative des économistes indien et pakistanais Amyarta Sen et Mahbub ul Haq, construit un indice de développement humain qui introduit d’autres facteurs, notamment espérance de vie et niveau d’éducation. Et le roi du Bhoutan a défini pour son pays un indicateur de bonheur national !
 »

Quant à l’être humain, être de relations, il voit de profondes modifications dans la structure de la société, de la famille, et s’interroge toujours pour savoir si le progrès l’asservit ou le libère...

Bertrand Collomb poursuit ainsi : « Je ne prétendrai donc pas qu’il y ait un progrès systématique dans ce domaine des relations sociales, mais je soutiendrai volontiers qu’il n’y a pas une régression générale, mais de larges possibilités du meilleur et du pire. »

L’académicien aborde ensuite la notion de progrès des connaissances : « ... la reconnaissance de ce progrès – je dirais même le respect dû à ce progrès et l’enthousiasme qu’il devrait susciter – ne sont plus ceux du siècle précédent. Plusieurs raisons expliquent sans doute cette distance prise par nos sociétés vis-à-vis de la science ». Parmi ces raisons, voici celles qu’il cite et qu’il explique :
- la complexité de la science
- son évolution rapide
- les débats qu’elle suscite sur ses applications et sur les risques.

Bertrand Collomb, de l'Académie des sciences morales et politiques
Bertrand Collomb, de l’Académie des sciences morales et politiques

En conclusion, Bertrand Collomb s’interroge, de manière réaliste et optimiste somme toute : « Cela veut-il dire que l’homme, lui, n’a pas fait de progrès, voire que ce que j’appelle le progrès l’a rendu capable de plus grandes perversions ? Je crois effectivement que le progrès n’a pas fondamentalement changé la nature humaine. Nous savons depuis longtemps que l’illusion rousseauiste de la bonté naturelle de l’homme, qui a conduit à culpabiliser nos sociétés face aux comportements déviants, n’est qu’une illusion...Le progrès n’a pas modifié profondément la nature humaine, ce qu’un chrétien pourrait formuler en disant qu’il n’a pas effacé le péché originel. L’homme est toujours capable du meilleur et du pire. Et le progrès peut, dans certains cas, lui donner les moyens que le pire soit bien pire ! Mais la possibilité de ce « pire » est peut-être en train de changer par le développement des moyens de communication. Qui sait ce qui se serait passé si les juifs entassés dans les trains qui les emmenaient dans les camps avaient eu des téléphones portables, ou si certains gardiens des camps avaient pu mettre des images sur Internet ! La possibilité de la cruauté humaine n’a pas diminué, mais on peut se demander si à terme la capacité de l’exercer impunément ne sera pas affectée. Certes les images du Soudan étaient disponibles, et la communauté internationale a été incapable d’empêcher les atrocités qui s’y déroulent. Mais cela lui donne suffisamment mauvaise conscience pour que les règles du jeu les plus traditionnelles, comme la non-ingérence dans les affaires d’un État souverain, soient remises en cause... »

Ecoutez l’intégralité de cette communication sur Canal Académie et lisez le texte sur le site de l’Académie des sciences morales et politiques






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