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ES620
Peut-on encore parler de progrès ? par Bertrand Collomb
Retransmission de la séance de l’Académie des sciences morales et politiques
S’il est généralement admis que la technique, la science, l’économie progressent, qu’en est-il de l’espèce humaine elle-même ? Le progrès engendrant risques ou déviances reste-t-il maîtrisable ? Ecoutez la communication de Bertrand Collomb, ancien P.-D.G. de Lafarge, devant ses confrères de l’Académie des sciences morales et politiques le lundi 16 mai 2011.
Généralement, l'idée de progrès contient celle d'une évolution vers une situation supérieure ou préférable. Elle apparaît surtout au siècle des lumières, période à laquelle Bertrand Collomb consacre toute la première partie de son exposé « C’est au siècle des lumières que l’idée de progrès apparaît vraiment. Auparavant, la recherche d’une meilleure condition humaine n’était pas vue dans une progression vers l’avant, mais plutôt vers la recherche d’un idéal perdu. C’était l’Âge d’or, présent dans de nombreuses mythologies, ou le Paradis Terrestre chrétien, qui ne pourrait être retrouvé que dans l’au-delà. » Et l'académicien cite à l'appui de son propos Pascal, Bacon, Condorcet...
Poursuivant sa réflexion, il aborde l'économie : « L’idée du progrès économique n’apparaîtra qu’au XIXe siècle, lorsque la division du travail et l’industrialisation modifieront sensiblement l’organisation économique des sociétés occidentales. » La réflexion tourne autour de questions comme : la croissance économique est-elle infinie ou a-t-elle des limites ? Le progrès économique peut-il s'épuiser ? « Jean-Baptiste Say donnera à cette question une réponse de principe positive. Car si les ressources de travail sont limitées par la population, il y a une possibilité illimitée d’accumulation de capital. Marx verra une limite dans l’idée d’une rentabilité décroissante du capital. L’idée n’était pas absurde, et a pu se matérialiser à certaines époques. Mais, sur une longue période, le progrès technique a introduit une nouvelle composante, en augmentant la capacité productive, à la fois du capital et du travail. L’épuisement possible du progrès technique est une possibilité évoquée maintenant, notamment par Benjamin Jones. Mais l’évidence empirique est plutôt, encore à présent, une accélération du progrès, en tout cas dans certains domaines. »
Aujourd'hui, les questions environnementales obligent à repenser entre autres le progrès de la production. Et à la notion de progrès économique, non exempte de critiques, s'ajoute désormais l'indice de développement humain... «(...)
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