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L’hiver de la culture, un livre de Jean Clair, de l’Académie française

Un cri d’alarme autant qu’un cri d’amour dédié aux artistes
Dans L’hiver de la culture , un pamphlet paru en mars 2011, Jean Clair, pourfend une fois encore, mais allant plus loin, l’inflation du culturel. Pratiques artistiques et consuméristes insensées sont décryptées pour mieux nous rappeler l’aura de l’œuvre d’art, son lien ombilical avec le lieu qui l’a vue naître et sa fragilité. De la dénonciation de l’art moderne comme une marchandise aux bienfaits de la réplique des œuvres : le cheminement interrogatif de Jean Clair sur notre rapport à l’art.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : PAG907
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pag907.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 12 juin 2011

Le constat radical de Jean Clair sur « l’hiver » mais pas sur « la mort » de la culture pointe la folie mortifère d’une vénalité des arts sans limite. L’historien de l’art et l’écrivain, rend par ce livre un ardent hommage aux artistes et à l’œuvre d’art qui, comme la vérité, ne peut montrer qu’en masquant, une démarche contraire à l’impératif du hic et nunc, tyrannie et credo du temps présent.

Les cris de colère de Jean Clair contre l’art contemporain, contre les musées, contre le marché de l’art que vous pourriez avoir entendus ou lus, sont à nouveau visités dans L’hiver de la culture sous une plume qui court avec une patiente sagesse sur la ligne de partage entre sa passion pour l’art et son art des mots. Jean Clair porte haut le Flambeau d’un Karl Krauss qu’il aime à citer, contre les conformismes intellectuels et institutionnels et dédie - ce qu’il appelle « ce petit livre » - aux artistes.

Jean Clair, 16 mai 2011 à Canal Académie
Jean Clair, 16 mai 2011 à Canal Académie
© Canal Académie

Faute d’être entendu depuis 30 ans sur ces questions récurrentes, et au regard de « l’actualité » des six dernières années, Jean Clair revient à la charge contre l’affirmation de l’art moderne comme une marchandise.

Avec maestria, il revient sur la perte de l’aura dans une civilisation de la reproduction technique, concept bien connu du philosophe et historien d’art Walter Benjamin (1892-1940). Il poursuit ainsi le chemin tracé par Walter Benjamin qui n’avait pas pris en compte, rappelle l’académicien, la pratique de la signature des œuvres et l’idée que les artistes, du temps de Durër, ne voyaient pas dans les moyens de reproductibilité de leur époque, une atteinte à l’aura de l’œuvre. À partir de cette réflexion, Jean Clair avance des idées nouvelles quant à la préservation des œuvres.

Partant du constat, qu’en 2011, même un chef-d’œuvre est duplicable de manière parfaite, Jean Clair s’interroge : vaut-il mieux l’œuvre dégradée ou la copie supérieure à l’original dégradé, replacée dans le lieu de sa raison d’être ? Le point de vue peut surprendre chez ce conservateur des musées de France, habituellement qualifié de réactionnaire dans la presse française. Jean Clair qui part de ce que son œil a perçu, juge que le nouveau musée de l’Acropole, à Athènes, mêle originaux et copies au point que l’ensemble sonne faux. La perfection de la reproduction des techniques a rendu inutile la manifestation du génie supposé de l’artiste. L’exemple des Noces de Cana de Véronèse, conservées au Louvre, reproduites à l’identique et replacées dans le couvent bénédictin de San Giorggio Maggiore à Venise, dans le réfectoire des moines pour lequel, l’œuvre a été peinte, mène à un étrange retournement des idées de Walter Benjamin. Jean clair a choisi, selon sa formule : la réplique plutôt que la relique.

Pour lui, l’adoration des visiteurs pour la main de l’artiste, pour l’œuvre unique, pour « l’original », pour l’œuvre signée, conduit à une idolâtrie nouvelle. Une vénération détestable qui pousse certains amateurs d’art à déserter les musées, nous dit-il dans cette émission.

Aussi pose-t-il dans ce livre la question de l’utilité des musées, « ayant tourné le dos aux idéaux qui les ont vus naître », une mise en cause de leur fonction actuelle, qui ne cesse de revenir sous sa plume et dont son livre Malaise dans les musées en 2007, témoignait déjà. La pensée de Jean Clair est sans appel.

Quel choix s’offre au visiteur ? Disparaître ?

Participer par sa seule présence, avec « la masse des curieux » à la destruction des fresques de la Chapelle Sixtine puisque leur exposition malgré les précautions et les restaurations ne suffisent pas à les préserver ? Forcer les portes du musée de Schaulager, austère bâtisse en Suisse près de Bâle, inaccessible au grand public, réservée aux chercheurs et spécialistes, « coffre-fort » des œuvres ayant les cotes les plus élevées du marché de l’art selon Jean Clair ?
L’étrange musée est à la fois, musée, institut et entrepôt et est ouvert principalement aux spécialistes, organisant de rares expositions.

Et les artistes, que pensent-ils des musées ? Jean Clair précise simplement qu’au début du XXe siècle, ils rêvaient de ne pas être dans les musées et si possible de les détruire. Aujourd’hui, quel artiste n’a pas de plus grand rêve que d’y entrer ?

Vous ne trouverez ni réponses ni conseils dans ce récent livre de Jean Clair, tel n’en est pas l’objet. Vous y trouverez un point de vue argumenté qui dépasse le simple monde des musées d’art, une vision qui porte sur notre rapport à l’art dans une société sécularisée où la sacralité des œuvres d’art n’est ni respectée ni ressentie. À l’opposé des idées de Malraux, qu’il juge pourtant très belles, Jean Clair n’a pas d’autre objectif que de protéger l’art et les artistes.

Dans cette émission, Jean Clair s’interroge sur la signification de l’art aujourd’hui, sur la fonction des musées, sur l’idéal des musées des arts et des sciences, sur l’utopie des éco-musées. Le musée d’art s’est replié sur lui-même et les musées consacrés aux sciences dépérissent. Les visiteurs malmènent les œuvres. Il nous dit le plaisir qu’il a eu à enseigner l’histoire de l’art y compris dans des lieux populaires et revendique une position qui n’est pas élitiste mais entend dénoncer la passivité des visiteurs et nous rappelle qu’il n’y a pas d’œuvre d’art sans lien avec l’histoire, sans transcendance qui lui donne un sens.

Pour en savoir plus

- Jean Clair sur le site de l’Académie française

Présentation éditeur

- Auteur(s) : Clair, Jean ; Thème : Essais littéraires et revues ; Collection : Café Voltaire ; Parution : 02/03/2011 ; Format : 12.9x19.9x1.1 cm ; Prix:12,00 €
Promenade d’un amateur solitaire à travers l’art d’aujourd’hui, ses manifestations, ses expressions. Constat d’un paysage saccagé, festif et funèbre, vénal et mortifiant.

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