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Le voyage en Grèce de François Pouqueville, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres

Archéologue, géographe, consul, ses visites à Joannina, Mégare, Athènes, Delphes restent pittoresques !
François Pouqueville participa à l’expédition d’Egypte de Bonaparte. Après avoir été prisonnier des Turcs, il arriva en Grèce en 1806 avec le titre de Consul de France et correspondant de l’Académie impériale des inscriptions et belles-lettres. Ecoutez ses pittoresques descriptions de quelques hauts lieux de la Grèce tels qu’ils apparurent à cet écrivain-voyageur au début du XIXe siècle.


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Émission proposée par : Fernand Guiot , Hélène Renard
Référence : VOI600
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/voi600.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 28 août 2011


François, Charles, Hugues, Laurent Pouqueville, fut élu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres le 16 février 1827. S’il est un peu tombé dans l’oubli, ses récits de voyage en Grèce, publiés dans les années 1820-1822, restent parmi les plus pittoresques.
Né dans l’Orne à Merlerault, le 4 novembre 1770, il s’embarque comme membre adjoint de l’expédition d’Egypte, à 28 ans. Il était médecin et avait publié (en latin) une étude sur les fièvres de la peste orientale. En Egypte, il reste une année, se fait archéologue et géographe. Prisonnier des Turcs, puis libéré, il arrive en Grèce, en Épire plus précisément, en 1806 avec un titre prestigieux : consul général de France et correspondant de l’Académie impériale des inscriptions et belles-lettres.
Sa carrière sera mouvementée !

Les lectures que vous entendrez, grâce au comédien Fernand Guiot, sont extraites des volumes composant Le voyage en Grèce de Pouqueville, parus entre 1820 et 1822. Faute de place, le texte que vous lirez ci-dessous ne reproduit que quelques phrases des extraits lus.

Joannina, ses beautés et ses horreurs !

L’Épire, partie nord-ouest de la Grèce, fait face à l’île de Corfou. En qualité de consul, il n’a pas grand chose à faire auprès du terrible Ali, pacha de Joannina, capitale de la région. Voici l’évocation qu’il donne de cette ville qui resta sous domination turque jusqu’en 1913 :

- 

Ali Pacha par Louis Dupré (1825)
Ali Pacha par Louis Dupré (1825)

« La nouvelle Janina, comme toutes les villes turques, se compose d’un bazar fangeux situé au voisinage du château, de rues tortueuses et de quartiers entrecoupés de cimetières... (le pacha) : sa garde est composée d’assassins ; ses pages sont les enfants dépravés des victimes de sa férocité ; ses émissaires, de lâches Valaques, prêts à commettre tous les forfaits... »

On l’a vite compris : notre auteur n’est pas pro-turc ! Il n’hésite pas à dénoncer les méfaits de l’occupant, notamment des assassinats commis en 1801. Les chrétiens sont tombés sous un joug et notre auteur raconte l’histoire d’une jeune mariée, Phrosine, chrétienne et mère de famille, mais trop belle qui devint la proie du fils aîné du pacha et finit condamnée à mort, noyée dans le lac de Joannina...

Le Pirée et ses mouillages

Après l’Épire, Pouqueville fut nommé consul à Patras, entre 1816 et 1822. Il se passionne pour l’archéologie et les ruines. Quand il arrive au port du Pirée, la vue sur Athènes est sublime...

- « Il était deux heures du matin lorsque nous dépassâmes le phare sur lequel on n’entretient plus de feux, et nous suivîmes les balises pour venir jeter l’ancre près de la douane... La nuit, qui n’est, dans les beaux climats de la Grèce que l’absence du soleil, enveloppait le Pirée d’une demi-teinte ... les vents semblaient endormis... un air suave parfumait l’atmosphère... Le port du Pirée comprend, comme autrefois, quatre mouillages distincts qui, à l’exception de celui de Kea, sont encore accessibles aux vaisseaux de haut bord... »

Rappelons qu’Athènes n’est redevenus capitale de la Grèce qu’en 1834, après que les Turcs en aient été chassés. Pouqueville précise qu’à Athènes, il y avait, à la date où il visitait, en 1815, 3000 « Mahométans », autant de Grecs et 4000 Albanais.... ce qui fait au total à peine 10.000 habitants !

Vers Corinthe, à Mégare

En allant d’Athènes à Corinthe, le voyageur emprunte une nouvelle route à flanc de montagne, étincelante de blancheur sous le soleil, et découvre le village de Mégare. Il en fait un récit chaleureux :

Paysage corinthien par William Miller
Paysage corinthien par William Miller

- « La bourgade actuelle de Mégare se compose de 335 familles grecques et albanaises chrétiennes. Ses habitants sont enrégimentés et conservent en tout temps le droit de port d’armes... Leurs maisons bien bâties sont propres, leurs vêtements en toile de coton ont de la fraîcheur et leur tunique sans manches en laine dont ils se couvrent en hiver, rappelle le costume des anciens paysans de l’Attique aux jours de leur prospérité... »

Si notre voyageur se passionne pour les vestiges de l’antique Hellène, il s’intéresse également aux êtres humains, sa vocation de médecin n’est jamais bien loin...

Corinthe et ses minarets

- « La moderne Corinthe se compose de 377 maisons disséminées au milieu des champs labourés et sur le chemin qui conduit à la citadelle. Les intervalles sont remplis et à de grandes distances, par les minarets des mosquées qui s’élèvent comme des obélisques, entourés de cyprès, emblèmes du deuil général de la florissante Corinthe. Un silence effrayant règne dans les places publiques... »

Le monastère de Mega Spilaïon

Sur la route de Corinthe à Patras, au village de Diakophton, Pouqueville entreprend l’excursion qui monte jusqu’à l’un des monastères célèbres du Péloponèse, le Mega Spilaion, dont les manuscrits rares furent détruits dans un incendie. Il insiste sur l’excellent accueil que les moines lui réservèrent :

- On nous avait aperçus de loin et le prieur nous attendait à la porte de l’église où il nous introduisit pour présenter nos offrandes à saint Théodore, protecteur de cette retraite religieuse... On nous conduisit dans une cellule remplie de provisions et de peaux qui exhalaient une odeur porcine...

À Delphes, aucun temple n’était dégagé...

Lorsqu’il arrive à Delphes, aucune fouille archéologique n’a encore commencé. Aucun temple n’est dégagé (les fouilles ne commenceront qu’en 1838). Delphes, c’est un nom prestigieux mais un village pouilleux !

- « [...] Je découvrais l’emplacement de Delphes dont les remparts, ouvrage de la nature, n’étaient pas moins admirables que la majesté même de Phœbus auquel ils étaient consacrés. Mais, ô vicissitude des temps, je ne découvrais plus ses monuments, ses chars éclatants d’or, ses trepieds, élevés sur des colonnes que Brennus montrait de loin aux Gaulois pour les encourager à escalader les rochers du Parnasse... »

Entre 1820 et 1822 furent publiés les 5 volumes de son Voyage en Grèce par Firmin Didot père et fils.
En 1824, parut son Histoire de la régénération de la Grèce en 4 volumes ; et en 1835, son Histoire et description de la Grèce, dans la collection l’Univers pittoresque. François Pouqueville est mort à Paris le 20 décembre 1838.



Ce qu’en dit Chateaubriand :

Lorsqu’il rédige la préface à ses "Etudes historiques" (parues en 1831), Chateaubriand remercie François Pouqueville en ces termes :

"M. Pouqueville m’a mis sur la voie d’une foule de recherches nécessaires à mon travail : j’ai suivi sans crainte de me tromper celui qui fut mon premier guide aux champs de Sparte. Tous deux nous avons visité les ruines de la Grèce lorsqu’elles n’étaient encore éclairées que de leur gloire passée ; tous deux nous avons plaidé la cause de nos anciens hôtes, non peut-être sans quelque succès... "

(Cette préface vient d’être republiée aux éditions Bartillat, 2011).

Aller plus loin :

- D’autres émissions sur la Grèce vue par des académiciens-voyageurs :
- 1806 : Chateaubriand en Grèce
- Le demi-dieu ou le voyage de Grèce par Jacques de Lacretelle, de l’Académie française
- Le comte de Choiseul-Gouffier, de l’Académie française, et son Voyage pittoresque en Grèce présenté par Frédéric Barbier






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