Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

Bernard Meunier, la chimie au service de la pharmacologie

Membre de l’Académie des sciences
Chimiste, Bernard Meunier s’est tourné petit à petit vers la pharmacologie. Il travaille avec ses équipes à l’élaboration de nouveaux traitements pour lutter contre le paludisme, la bilharziose mais aussi les maladies neurodégénératives. Il revient au cours cette émission sur son parcours, son ascension au CNRS et nous livre son point de vue sur la pharmacovigilance en France.


Télécharger le fichier sur votre ordinateur
Références émission afficher

Référence : HAB626
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/hab626.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida6973-Bernard-Meunier-la-chimie-au-service-de-la-pharmacologie.html
Date de mise en ligne : 8 mai 2011


Parmi les personnes qui ont marqué le début de la carrière de Bernard Meunier, on retrouve Robert Corriu [1] et Hugh Felkin ; deux chimistes de renom. Il suit le premier à l’université de Montpellier en 1969 et rencontre le second comme membre du jury de sa thèse de 3e cycle. « Hugh Felkin était connu pour avoir une pensée assez aiguisée, parfois acerbe. Si lui vous résistiez, vous pouviez résister au monde entier ! » s’amuse Bernard Meunier.

Au départ, Bernard Meunier se destine à la recherche en chimie organométallique, mais au fil de ses rencontres et de sa curiosité pour les disciplines sœurs, il s’oriente vers la chimie de l’oxydation notamment dans le domaine de la biologie. Deux autres personnalités du monde scientifique vont faire pencher la balance :
Il croise tout d’abord le chemin du célèbre pharmacologue Pierre Potier au laboratoire de chimie des substances naturelles du CNRS à Gif-sur-Yvette. « Il développait un nouveau anticancéreux, la Navelbine® (qui deviendra) le Taxotère ». Une autre rencontre est décisive, celle de Claude Paoleti à Toulouse en 1979 : « Il était directeur du laboratoire de pharmacologie et toxicologie fondamentale. Moi j’étais sur le même campus, mais au laboratoire de chimie et de coordination. Chose assez rare, il a réussi à me faire travailler pendant 5 ans dans les deux laboratoires et je signais mes publications scientifiques avec une double adresse sans aucun problème ».

Bye bye la chimie organo-métallique, bonjour la chimie de l’oxydation ! Bernard Meunier se tourne vers la chimie biologique et thérapeutique.

C’est à cette même époque que Bernard Meunier entre au CNRS. Au départ stagiaire de recherche en 1973 il gravit petit à petit tous les échelons jusqu’à devenir Président du CNRS en 2004. « J’ai la panoplie complète de tous les grades ! » s’exclame-t-il. Pourtant, avec la prise de fonction suprême, c’est « la solitude du pouvoir » qui s’installe : « A un certain niveau de responsabilité, il faut être conscient que vous avez beaucoup d’interlocuteurs, un nombre très limité de personnes avec qui vous pouvez avoir des discussions très franches. Le pouvoir isole et peut griser. Il faut toujours rester très près de ses bases ».

Parallèlement à cette ascension, notre chimiste se lance en 2000dans la création d’une entreprise innovante : PALUMED. « Certains de mes brevets étaient restés sur des étagères et dans le cas du paludisme j’ai eu envie de mettre à profit ces connaissances. C’est la loi Allègre de 1999 qui m’a permis de créer cette entreprise. Elle autorise les chercheurs statutaires au CNRS de créer ou de participer à la création d’entreprises privées ». C’est ainsi que PALUMED travaille au développement de molécules pour traiter le paludisme et la bilharziose. « Mais les choses avancent lentement. Ces molécules ne sont pas encore sur le marché. Pour la bilharziose qui concerne tout de même 200 millions de personnes, nous sommes en train négocier un contrat avec une société européenne pour développer un traitement. Ce sont des domaines qui sont proches du mécénat… Il faut donc trouver des mécènes industriels pour développer ces molécules ».

La notion de prise de risque

A l’interface entre la recherche et l’industrie pharmaceutique, Bernard Meunier observe que la notion de prise de risque a considérablement évolué ses dernières années.
« Jamais nous n’avons vécu aussi vieux sur cette planète, jamais nous n’avons été aussi nombreux grâce aux progrès de la médecine. Et pourtant, nous n’avons jamais été aussi anxieux. Le risque 0 favorise les systèmes compliqués et déclenche l’angoisse. Un des sommets de cette lutte contre la peur et l’angoisse de l’avenir, c’est le principe de précaution. Prendre des précautions fait partie du mode de vie classique. Mais nous sommes passés de « prenons des précautions » à « inscrivons le principe de précaution dans la constitution ». Je crois que ce n’est pas l’endroit où mettre les états d’âmes des citoyens. Il a par ailleurs tendance à devenir un principe d’inaction.
Je suis pour des études dynamiques, des discussions scientifiques sérieuses et de bonne foi »
.

Parfois, le risque 0 édicté pour protéger une population peut avoir l’effet inverse. L’exemple de l’épidémie de choléra en Haïti après le séisme en est un exemple.
Le virion du choléra que l’on observe initialement dans les eaux usées, s’est retrouvé dans les circuits d’eau potable. La solution a été de traiter l’eau avec de l’eau de javel, de l’hypochlorite qui rend l’eau propre à la consommation malgré le goût de chlore désagréable. « Dans les années 1990 on s’est inquiété de savoir si la chloration des méthylcétones pouvait déclencher des cancers... Alors en 2010 on a discuté à Haïiti pendant 5 mois de savoir si on pouvait mettre de l’eau de javel. Il a fallu attendre 2500 morts pour qu’on se décide à en dans les circuits d’eau potable. Il faut hiérarchiser les priorités ».

Tout est donc question d’équilibre entre les risques et les bénéfices. Mais quels sont les risques que nous sommes prêts à affronter selon les bénéfices acquis ?
Sur ce sujet, Bernard Meunier nous éclaire de son point de vue à travers la liste de 77 médicaments émise par l’ AFSSAPS suite à l’affaire du Médiator®.
« Le problème du médicament est à la fois médical et industriel ». Il y a trois phases essentielles dans la mise sur le marché d’un médicament.
Première phase : la mise au point d’un modèle animal qui permet de trier les meilleurs agents thérapeutiques.
Deuxième phase : la validation de ce candidat médicament chez les premiers malades traités. L’étude doit être la plus sérieuse possible pour exposer un nombre de malades important dans des conditions parfois difficiles.
Troisième phase : la pharmacovigilance, c’est-à-dire la surveillance et la prévention du risque indésirable. « C’est ici que nous n’avons pas toujours été performants ces derniers temps. On observe les réactions après une centaine de milliers de traitements administrés. Lors d’une prise de décision, il peut y avoir des conflits d’intérêts.
Parallèlement, les commissions chargées de prendre des décisions sont lourdes et compliquées. Trop de comités finissent parfois par aboutir à la non-prise de décision ! C’est dans ces moments là qu’on risque d’avoir des accidents thérapeutiques. Il faut les éviter en prenant les décisions au bon moment »
.

Autre facteur qui peut jouer dans les accidents thérapeutiques : le détournement d’une molécule pour traiter d’autres troubles que ceux initialement prévus. « On ne va pas revenir sur le problème du Médiator®, mais on sait que son utilisation a été détournée. Cette molécule était utilisée uniquement dans les cas de diabète avant d’être prescrite par les médecins pour faire perdre du poids aux patients. Cette banalisation de la consommation du médicament est aussi un des facteurs qui contribue à une mauvaise gestion des dossiers pharmaceutiques ».

Problème de banalisation des médicaments et plus généralement, problème d’image de l’industrie chimique ? « Dans les médias, il est parfois plus facile de dire que la chimie, mais aussi la physique et la biologie, sont dangereuses. Dire qu’il faut veiller à un développement harmonieux des différentes industries serait plus positif. Actuellement le regard que l’on porte sur nous est très négatif ».

Bernard Meunier de l'Académie des sciences
Bernard Meunier de l’Académie des sciences
© Canal Académie

Bernard Meunier est membre de l’Académie des sciences dans la section chimie depuis 1999. Directeur adjoint du Laboratoire de Chimie de Coordination du CNRS à Toulouse, il est professeur chargé de cours depuis 2000 à l’Ecole Polytechnique, membre du conseil d’administration de PALUMED, société qui propose des brevets aux industries pharmaceutiques.

Bernard Meunier a reçu plusieurs prix prestigieux dont la Médaille d’argent du CNRS en 1991 et plusieurs prix de l’Académie des sciences

En savoir plus :

- Bernard Meunier, membre de l’Académie des sciences
- Bernard Meunier sur Canal Académie

- PALUMED






© Canal Académie - Tous droits réservés

Notez cette émission :

Commentaires