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Existe-il encore une histoire entre nous ou perdons-nous notre mémoire commune ?

avec l’historien Jean-Pierre Rioux, invité de Damien Le Guay

Jean-Pierre Rioux, spécialiste de l’histoire culturelle du XXe siècle s’entretient avec Damien le Guay sur l’histoire. Selon l’auteur de La France perd la mémoire, nous vivons une crise de l’histoire. Pourquoi ? D’où vient-elle ? Comment en mesurer l’étendue et la profondeur ? Trop de mémoires ne tueraient-elles pas la mémoire commune de l’histoire ? Trop d’affirmations identitaires ne ruineraient-elles pas l’identité nationale ?


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Nous vivons une crise de l’histoire. Au point même que certains se demandent si elle existe encore entre nous, pour nous, pour la communauté que nous formons. Pourquoi ? Elle a été grignotée, progressivement, par un excès de mémoires souffrantes et une progressive détestation de soi. C’est comme si les mémoires ne souhaitent pas rentrer dans le rang historique. Elles refusent d’être relativisées, assimilées, digérées par l’estomac de l’histoire. Nous avons demandé à l’historien Jean-Pierre Rioux de bien vouloir nous expliquer la nature de cette crise. D’où vient-elle ? Comment en mesurer l’étendue et la profondeur ?

La République, soucieuse de rivaliser avec la légitimité catholique, a voulu instaurer une « véritable religion civile » selon la formule de Pierre Nora. Et cette « religion civile », souvent en lieu et place de la chrétienne, passait par un travail historique, celui, entre autre, de Michelet, quand il fit de 1789 le nouvel épicentre historique, le nouveau centre de gravité du « roman national ». Pour Lavisse « le 14 juillet 1790, à l’unité monarchique, a succédé l’unité nationale, qui s’est révélée indestructible. » Le « roman national » est d’autant plus important en France qu’il visait à instaurer un « ancien » et un « nouveau » régime et à faire de la République et d’une « république laïque » la « vérité » « indestructible » de la France. Après la défaite de 1940, qui était une défaite militaire mais aussi une défaite de la cohésion nationale, Marc Bloch écrivait : « Il y a deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. » Cette compréhension de l’histoire nationale, des deux cotés de la Révolution, est nécessaire pour intégrer l’histoire nationale dans toute son étendue, dans cette histoire à la fois héritage et projet.

Or, précisément, ce travail est aujourd’hui considéré comme de moins en moins légitime. Double remise en cause : remise en cause du cadre historique dans lequel je m’inscris et remise en cause de mon identité historique à assumer. Nous sommes confrontés à un refus de « l’intérêt général » historique. Pourquoi ? A partir des années 1980, l’accent a été mis sur la « différence ». Apologie de la différence. Et, maintenant,(...)


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