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Thierry de Montbrial : Qu’est-ce qu’un think tank  ?

Retransmission de la séance de l’Académie des sciences morales et politiques du 28 février 2011
Thierry de Montbrial, membre de l’Institut, directeur de l’Institut français des relations internationales, à l’origine de la mise en place en France du premier think tank, s’interroge sur la définition de ce qu’on appelle en français un laboratoire d’idées. Canal Académie vous propose d’écouter la retransmission de sa communication prononcée en séance, devant ses confrères de l’Académie des sciences morales et politiques, le 28 février 2011.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : ES602
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/es602.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida6847-Thierry-de-Montbrial-Qu-est-ce-qu-un-think-tank.html
Date de mise en ligne : 11 avril 2011

Thierry de Montbrial rappelle qu’en 1978, en France, seuls quelques initiés connaissait le vocable think tank qu’il distingue clairement du club de réflexion tout au long de cette communication. Il en donne la définition suivante : « J’appelle think tank, toute organisation ouverte construite autour d’un socle permanent de chercheurs, se donnant pour mission d’élaborer sur des bases objectives des idées relatives à la conduite de politiques et de stratégies privées ou publiques s’inscrivant dans une perspective d’intérêt général. » Quant à la traduction du vocable, il précise : « Si l’on veut absolument traduire think tank en français, je proposerais de coller au plus près à l’intention originelle et de dire familièrement boîte à matière grise ou, en s’éloignant davantage de l’anglais, source d’idées, plutôt que laboratoire d’idées. »

Il s’agit d’une organisation ouverte vers le public. En cela, elle se différencie absolument des conseils du roi d’Ancien Régime. Aujourd’hui structure publique ou privée, ayant ou non une personnalité morale, son statut est soit de type association, soit de type fondation. Son indépendance et son intégrité lui garantissent normalement une liberté d’expression peu commune.

Thierry de Montbrial, 28 février 2011, Académie des sciences morales et politiques
Thierry de Montbrial, 28 février 2011, Académie des sciences morales et politiques
© Canal Académie

L’ouverture et l’interaction vers le monde extérieur sont essentielles à la légitimité d’un think tank. Thierry de Montbrial rappelle, chose surprenante, qu’il en a existé en Union soviétique, de très grande qualité, tel que l’IMEMO, comme sous la Chine de Mao, depuis améliorés, tels que le CICIR.

Un think tank est composé de chercheurs qui ne lui sont pas nécessairement attachés à vie, permettant en son sein la constitution d’un véritable pluralisme. Ce critère scientifique, universitaire est capital pour le distinguer des sociétés, des salons, ou des clubs et sa réputation internationale dépend de sa capacité à maintenir ce socle de qualité de manière permanente. Il a pour définition de se situer dans la perspective de l’intérêt général, à l’inverse d’un cabinet de consultants ou d’un groupe de pression ou de communication.

L’effet papillon de la mondialisation ainsi que le problème de la gouvernance globale sont les thèmes de réflexion majeure des think tanks actuels : sécurité, énergie, climat, alimentation...
Thierry de Montbrial présente dans sa communication un panorama complets des think tanks américains, leurs objectifs (militaire, civil ou diplomatique), leurs différences, leur histoire, comme celle de la Rand Corporation qui fut le cerveau de la stratégie nucléaire dans les années cinquante et soixante et de l’IDS, l’Initiative Stratégique de Défense, de Ronald Reagan.

Extraits :
« La Brookings Institution est le plus vieux think tank washingtonien. Bien qu’il ne soit pas le plus grand, il est aujourd’hui considéré comme le numéro un aux Etats-Unis et donc dans le monde. Fondée autour de la Première Guerre mondiale par Robert S. Brookings, un homme d’affaires de Saint Louis âgé de 70 ans au début de cette entreprise, l’institution fut construite sur l’idée que pour être efficaces les politiques publiques devaient reposer sur de solides bases de données, lesquelles faisaient alors totalement défaut. Aujourd’hui, la Brookings, comme on dit familièrement, repose sur trois piliers (il s’agit toujours de politiques publiques) : l’économie et les problèmes intérieurs, la sécurité nationale et internationale, et les relations internationales. »

Thierry de Montbrial évoque aussi l’histoire du premier think tank en France qu’il contribua à mettre en place avec Jean-Louis Gergorin, à la demande de Michel Jobert, Ministre des affaires étrangères sous la présidence de Georges Pompidou : le CAP, Centre d’Analyse et de Prévision, rebaptisé Direction de la Prospective en 2010. Il fut directeur entre 1973 et 1979 de ce premier « think tank au bénéfice du ministre des Affaires étrangères, mais aussi du Secrétariat général de la présidence de la république, avec lequel nous maintenions un lien direct... », pour développer ce qu’il a appelé une « diplomatie intellectuelle. »

De cette expérience est né son désir de créer une institution comparable au Council on Foreign Relations de New York ou à Chatham House en Grande-Bretagne. C’est l’Ifri, l’Institut des relations internationales, premier think tank en France et le troisième d’Europe dont il décrit dans sa communication, les caractéristiques et les missions actuelles.

En conclusion, parlant de la nature des think tanks, il précise :« ...ces institutions sont bien placées pour tirer parti de l’enrichissement croisé des cultures, et donner ainsi consistance à l’idée si vague et galvaudée de dialogue des civilisations. Dans le même sens, on peut voir dans l’univers des think tanks comme un embryon de société civile mondiale et donc un aspect majeur de l’extension de la démocratie ». Plus loin, il ajoute ...« que le phénomène des think tanks, qui a pris son essor au cours du XXe siècle, s’épanouira au cours du XXIe et, les technologies de l’information et de la communication aidant, jouera un rôle déterminant dans l’avènement d’une société mondiale à la fois plus équilibrée, plus juste et plus pacifique. »

En savoir plus

<i> RAMSES 2011, Un monde post-américain </i>, Editions Dunod
RAMSES 2011, Un monde post-américain , Editions Dunod

- IMEMO : Institut de l’économie mondiale et des relations internationales, think tank russe.
- CICIR : China Institutes for Contemporary International Relations, think tank chinois.
- Texte de la communication de Thierry de Montbrial : Qu’est-ce qu’un think-tank ? sur le site de l’Académie des sciences morales et politiques
- Thierry de Montbrial est membre de l’Institut, Académie des sciences morales et politiques
- Directeur et fondateur de l’IFRI, L’Institut français des relations internationales à Paris
- Les publications de l’IFRI
- Il dirige chaque année avec Philippe Moreau Defarges le rapport annuel de l’Institut français de relations internationales : RAMSES, aux éditions Dunod.






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