Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

Jacques de Larosière : Le hasard ou l’alea moral

Une communication à l’Académie des sciences morales et politiques
Dans le domaine financier, la notion d’alea moral a pris des proportions inquiétantes. Jacques de Larosière, ancien gouverneur de la Banque de France, ancien directeur du FMI et auteur du rapport sur la régulation qui porte son nom, a explicité cette notion complexe, -faisant notamment référence à l’économiste américain Kenneth Arrow, le premier à l’avoir conçue-, devant ses confrères de l’Académie des sciences morales et politiques. Voici la retransmission de sa communication.


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références émission afficher

Référence : es610
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/es610.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida6751-Jacques-de-Larosiere-Le-hasard-ou-l-alea-moral.html
Date de mise en ligne : 3 avril 2011

Cette communication a été présentée devant l’Académie des sciences morales et politiques lors de la séance du lundi 14 mars 2011. le texte proposé ci-dessous n’est qu’un résumé. Pour le lire en intégralité, consulter le site de l’Académie www.asmp.fr

"L’origine et la définition de l’expression - assez énigmatique – d’aléa moral ou de « hasard moral » (selon l’anglais : « moral hazard ») méritent une explication. Ce concept a pris naissance dans le monde des assureurs qui ont cherché à savoir si les comportements (« moral behaviour ») de leurs clients pouvaient être influencés par l’existence de contrats les protégeant contre divers types de risques. Serait-il possible que certains assurés se montrent moins prudents, voire prennent délibérément des risques auxquels ils ne se seraient pas normalement exposés sans assurance ?

Une telle déviation de comportement se manifeste-t-elle effectivement ? Dans l’affirmative, peut-elle revêtir une importance significative ?

Cette notion d’aléa moral peut avoir une portée plus générale. Si les individus sont persuadés que les pouvoirs publics interviendront toujours pour les protéger en cas de péril, certains d’entre eux (ou nombre d’entre eux) peuvent être tentés de relâcher leur prudence naturelle. Si l’État a tendance - comme c’est de plus en plus le cas - à intervenir systématiquement, notamment en vertu du principe de précaution, on conçoit, par exemple, que certains assurés sociaux puissent se montrer moins stricts quant à leurs règles d’hygiène. De même, des alpinistes, ou autres amateurs de sports dangereux, peuvent-il être tentés d’affronter des périls déraisonnables, sachant qu’ils peuvent toujours compter sur l’assistance de la « protection civile ».

Or, le coût pour la collectivité de tels comportements peut s’avérer très lourd. Mais c’est dans le domaine financier que l’aléa moral a pris, avec la crise actuelle, une dimension spectaculaire. C’est cet aspect de la question que j’aborderai aujourd’hui.

J’articulerai mes commentaires autour de trois axes :

1 - les fondements théoriques du concept d’aléa moral ; 2 - les changements intervenus depuis vingt ans dans le monde financier et comment ils ont favorisé l’aléa moral ; 3 - la dimension extraordinaire du phénomène actuel et les mesures nécessaires pour contenir, voire tenir en échec, ce qui est devenu une véritable calamité publique..."

- Lire la suite de cette communication en intégralité sur le site de l’Académie des sciences morales et politiques : www.asmp.fr

En conclusion, Jacques de Larosière a insisté sur trois idées :

- "Si on se borne - comme c’est la tendance actuelle au Comité de Bâle - à imposer au système bancaire des règles de plus en plus rigoureuses et complexes, on échouera : les règles seront tournées, des transferts d’opérations se feront au profit du secteur financier parallèle non réglementé (« shadow banking system »), les banques qui font des crédits à l’économie (notamment les banques européennes qui - contrairement à celles des États-Unis - financent les trois quarts de l’activité économique) risqueront d’être acculées à restreindre leurs prêts et donc à réduire le financement des entreprises. Au total, le système bancaire ne sera pas plus performant ;

- il faut que la surveillance des établissements soit effective et réelle et s’étende au secteur parallèle. Pour cela, les superviseurs devront être armés, disposer des moyens humains nécessaires et recourir à des recrutements privés ;

- enfin, n’oublions pas que la crise est née d’une extraordinaire propension des autorités à ne voir que le très court terme et à négliger les risques globaux (bulles …) posés par le fonctionnement du système lui-même. Il convient donc de disposer de Conseils du Risque Systémique (tel celui qui vient d’être institué en Europe auprès de la BCE) pour analyser les risques au niveau macro-économique et formuler assez tôt les recommandations qui s’imposent (y compris en matière de politique monétaire et de réglementation)."

- Mais revenons pour un instant à la théorie. Ce que nous avons observé n’est pas la manifestation du comportement déviant de quelques acteurs (« les cavaliers libres » ou « free riders » dont parle Arrow) qui chercheraient cyniquement à abuser des mécanismes d’assurance.

- Le phénomène est, en effet, beaucoup plus large et complexe. C’est d’une très grande partie du système bancaire qu’il s’agit. Les responsables ont cherché à profiter au maximum des gains que l’innovation financière leur permettait de réaliser. Leurs comportements ont été grégaires et reposaient souvent sur des illusions (comme celle de la dispersion des risques grâce à la titrisation ou celle d’un accès permanent à la liquidité des marchés à court terme …). Mais ces comportements eux-mêmes étaient en grande partie encouragés par les autorités publiques. Ainsi, le Congrès des États-Unis, pour des raisons politiques, a puissamment incité les banques à consentir des prêts « subprime ». Quant aux règles comptables, elles ont exacerbé les comportements les plus risqués, en phase ascendante du cycle. De plus, la faiblesse de la surveillance donnait le sentiment aux opérateurs que leurs activités étaient acceptables, sans parler de la politique monétaire qui encourageait la création de bulles de crédit.

- L’aléa moral est donc le produit non seulement de comportements individuels qui, heureusement, n’ont pas été universels, nombre de banques ayant su raison garder, mais aussi de la conjonction de facteurs politiques et réglementaires. Le système - tel qu’il a évolué - a, en fait, favorisé les stratégies risquées assises sur une intime conviction d’invulnérabilité. C’est donc moins le cynisme déviant de certains agents qui est en cause que l’environnement institutionnel général. Chacun se disait qu’en cas de crise, le sentiment d’ « ambiguïté constructive » entretenu par les autorités sur leur attitude, deviendrait, le jour venu, une véritable garantie « en dernier ressort ». Par un curieux paradoxe, le cadre réglementaire qui devait, dans la théorie d’Arrow, diminuer les risques a contribué à la diffusion de l’aléa moral.

D’où l’importance de revisiter ce cadre réglementaire, de revenir à des concepts simples sur la gestion des risques et, pour les banques centrales, de recommencer à s’occuper de la stabilité financière.

- Alors, pourrait-on espérer vivre dans un monde où l’on n’entendrait plus le PDG d’une des plus grandes banques américaines dire publiquement quelques semaines avant l’éclatement de la crise : « tant que va la musique, il faut continuer à danser ». Cette banque a été l’une de celles qui a reçu des concours considérables du contribuable américain. Le dirigeant a certes perdu son poste, mais il a été, avec ses collaborateurs - largement dotés de rémunérations variables - un des grands bénéficiaires de l’aléa moral et du principe - que je souhaite révolu - selon lequel « si les profits restent privés, les pertes sont nationalisées ».

- Il est impératif de mettre rapidement en œuvre les réformes nécessaires et qu’elles soient appliquées de façon homogène au plan international (les États-Unis n’ont toujours pas appliqué Bâle II).

Nous n’avons pas d’autre choix.

En effet, je ne pense pas que nos démocraties soient en mesure - financièrement et politiquement - de mettre en œuvre à l’avenir un nouveau renflouement du système financier tel que celui que nous avons connu depuis deux ans."

- consulter la fiche sur le site de l’Académie :

http://www.asmp.fr/fiches_academiciens/LAROSIERE.HTM

- Lire l’intégralité de cette communication sur le site de l’Académie des sciences morales et politiques : www.asmp.fr






© Canal Acadééémie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires