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Comment notre cerveau perçoit-il le temps ?

avec le neurologue Jean Cambier, de l’Académie de médecine
Qu’il s’agisse de notre respiration, des battements de notre cœur ou de nos phases de veille et de sommeil, ces différents rythmes s’inscrivent dans le temps, dans la vie. C’est notre système nerveux qui gère en grande partie ces rythmes. Alors comment notre cerveau perçoit-il le temps ? Jean Cambier, à travers la présentation de son ouvrage Du temps et des hommes développe au cours de cette émission la différence entre le temps perçu et le temps ressenti.


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Référence : ecl686
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Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida6739-Comment-notre-cerveau-percoit-il-le-temps.html
Date de mise en ligne : 3 avril 2011


Le neurologue Jean Cambier s’attache à citer les philosophes pour introduire la notion du temps chez l’homme : « Le temps est un concept. On ne peut pas définir le temps comme une chose que l’on pourrait tenir ou voir. Saint Augustin l’a défini en disant : « C’est en toi mon esprit que je connais le temps ». C’est donc le cerveau de l’homme qui a conçu cette notion de temps. Et l’ouvrage de Jean Cambier [1] a pour objectif de montrer comment s’est développée progressivement cette notion du temps jusqu’à s’inscrire dans les structures du système nerveux.

Si la respiration et les battements du cœur sont autant de rythmes qui existent indépendamment de cette notion philosophique du temps, c’est parce que le système nerveux est naturellement producteur de rythmes « des rythmes qui vont constituer en nous une pré-conscience du temps » précise Jean Cambier.

Chez l’enfant, le rythme des tétés est la première inscription du temps dans la vie de l’individu. Notre corps est ainsi rythmé par les cycles circadiens (jour / nuit, veille / sommeil), supradiens (cycles mensuels, hibernation, migration) et infradiens (à l’intérieur d’une journée, l’appétit, les sécrétions hormonales).
Ainsi « tout est géré par des ensembles de neurones, des noyaux dans le tronc cérébral dont le fonctionnement est totalement indépendant de notre volonté. Ils sont inscrits comme une horloge fondamentale. Ce sont les noyaux surpra-chiasmatiques qui règlent ainsi la vie en fonction de la nature et du comportement des espèces » nous explique Jean Cambier. S’ajoute à ces horloges inhérentes à notre corps, des « synchroniseurs » telle que la lumière par exemple, qui permet de mettre à jour l’horloge fondamentale.

Au cours de ses consultations, Jean Cambier a pu observer un garçon de 20 ans porteur d’une tumeur lui comprimant les structures de la base du cerveau. « Il avait perdu toute notion du temps, ne faisant plus la différence entre les jours, les mois, les années, incapable de se rappeler son âge. Parallèlement à la perte de notion du temps, il avait développé des troubles du sommeil, des hallucinations hypnagogiques ». Cet exemple montre bien comment les rythmes fondamentaux peuvent être liés.

La perception de l’instant présent

Avez-vous déjà remarqué comme il est curieux que nous ayons conscience de vivre l’instant présent, d’arrêter le temps dans une représentation du moment ? Si les philosophes ont très longtemps buté sur ce point (pour Bergson, c’était une affaire d’attention à la vie ; Heidegger évoquait pour sa part une distension de l’âme livrée à elle-même), la physiologie nous permet aujourd’hui d’expliquer ces deux aspects de la perception du moment.

« L’attention à la vie est sous la dépendance du système dopaminergique (le même qui est responsable de la maladie de Parkinson). Le système dopaminergique repose sur deux mécanismes :
- Le dispositif nigro-striée. Il joue un rôle important dans le contrôle du mouvement
- Le dispositif méso-limbique. Il agit sur le cerveau limbique, le cortex frontal, pour gérer l’attention. Ce système intervient manifestement dans la gestion du moment.

Les personnes touchées par la maladie de Parkison subissent un ralentissement de cette horloge. Si on les traite par la dopamine, intermédiaire chimique du système dopaminergique, l’horloge retrouve son fonctionnement normal.
A l’inverse chez les schizophrènes, on observe une accélération de cette horloge et le traitement administré ralentit le système ».

La place de la mémoire de travail dans la perception du temps

Les neuropsychologues savent désormais que la mémoire de travail a son rôle à jouer dans la perception du temps. La mémoire de travail a deux composantes, différenciées selon les hémisphères cérébraux :
-  L’hémisphère gauche est dédié au langage : c’est ce qu’on appelle la boucle audi phonatoire. Elle est le support du langage intérieur, de notre pensée verbale.
-  L’hémisphère droit est dédié à une mémoire à court terme visiospatiale, qui correspond également à la mémoire à court-terme. C’est avec l’hémisphère droit que vous allez retrouver les lunettes que vous venez de déposer quelque part.

« Ces deux mémoires différenciées selon les hémisphères sont contrôlées par le lobe frontal. Ce dernier dépend du système dopaminergique. C’est ainsi que se reconstitue cette horloge fondamentale qui gère le moment présent ».

L’un des nombreux exemples cités dans l’ouvrage de Jean Cambier, celui d’une femme opérée pour des épilepsies à répétition, nous éclaire encore un peu plus sur les interactions entre hémisphères droit et gauche. Conséquence de l’opération, la patiente se retrouve amputée de la mémoire de ses 10 dernières années.
Il s’agit bien d’une altération de la mémoire à long terme, mais curieusement, c’est bien l’hémisphère droit qui est endommagé. « Cette patiente a perdu la capacité de gérer la mémoire épisodique, une mémoire qui permet de nous représenter les successions d’événements comme quelque chose qui se déroule dans le temps. L’hémisphère droit joue un rôle important dans la chronologie. »

La pression sociale du temps

Outre le temps vécu, la pression sociale du temps qui s’exerce sur nous devient de plus en plus forte. Eviter les signes du temps qui passe, respecter les horaires fixes des transports, pointer au travail, rentabiliser au maximum nos efforts… « La pression sociale exacerbe l’importance du temps et l’utilisation que nous en avons » résume Jean Cambier.
« Pour optimiser ce temps, nous faisons appel à la mémoire prospective. Elle nous permet de gérer le présent, organiser un emploi du temps et éviter les distractions ».

Ecoutez les explications de Jean Cambier au cours de cette émission.
Jean Cambier est médecin, chef de service de neurologie, professeur émérite de neurologie à l’université Paris VII, ancien Président de la société française de neurologie.

Jean Cambier
Jean Cambier
© DR

En savoir plus :

- Jean Cambier, membre de l’Académie nationale de médecine

- Jean Cambier, Du temps et des hommes, vers une neuropsychologie du temps, éditions de l’Infini, 2011

[1] Du temps et des hommes, vers une neuropsychologie du temps, éditions de l’Infini, 2011






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