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Dictionnaire des gens du monde ou petit cours de morale à l’usage de la cour et de la ville

L’hermite sort de l’ombre

Bertrand Galimard Flavigny, dit "le bibliogue" nous parle du "Dictionnaire des gens du monde ou petit cours de morale à l’usage de la cour et de la ville" d’Alexandre Baudouin.


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Il y a les grands livres, les grands titres que l'on connaît et dont on admire la qualité de l'impression, la somptuosité des reliures et que l'on n'ose à peine toucher. Puis surgissent au détour d'un catalogue de libraire, dans une boîte dans une foire du livre ancien, ces ouvrages sans prétention qui passeraient presque inaperçus, sans leur titre qui laissent présager quelque chose d'insolite. La curiosité est là, derrière un frontispice et surtout un texte rempli de saveurs. En voici un au titre accrocheur : « Dictionnaire des gens du monde ou petit cours de morale à l'usage de la cour et de la ville » par « un jeune hermite » (sic). Il a été imprimé à Paris pour Alexis Eymery en 1818. L'hermite en question se nomme Alexandre Baudouin, mais l'on ne sait rien de lui, sinon deux ou trois traits glissés dans des propos déguisés placés en guise d'introduction : « je déclare que je suis jeune, que je n'ai jamais étudié, et qu'avec tous ces talents (sic) je veux instruire les vieux et les doctes ». La tâche est ardue, mais l'on sent déjà poindre l'humour. En fait, son dictionnaire est un recueil d'aphorismes qui, en 200 pages, fait le tour de la société.

Deux vers ont été placés en exergue sur la page de titre : « Des gens d'esprit souvent la folie est le lot, Et parfois la sagesse est la vertu d'un sot ». Ils sont signés J.-B. Rousseau. Celui-ci n'était pas parent avec l'autre hermite, c'est-à-dire Jean-Jacques. Non, Jean-Baptiste Rousseau, qualifié de poète lyrique français est né à Paris en 1671 et mort à Bruxelles en 1741, bien avant, semble-t-il, qu'Alexandre Baudouin vît le jour. Arrêtons-nous un instant sur le sort de ce Rousseau-là afin de comprendre pourquoi, il apparût ainsi en exergue. Il entra à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, en 1705, et fut la victime d'une affaire qui montre que les élections académiques ne furent jamais de tout repos. Il disputait à La Motte, le fauteuil de Thomas Corneille, lorsqu'on fit courir sous son nom, des couplets calomnieux contre des gens de lettres. Il y eut un premier procès qu'il gagna. Mais pour se venger, il tenta de rejeter l'accusation sur Saurin, de l'Académie des Sciences. Le Parlement finit par le déclarer coupable d'avoir composé les couplets et calomnié Saurin, et le condamna au bannissement. Passons sur les malheurs et les errances de sa vie, sachons simplement, et c'est là notre justification, qu'il excella dans les épîtres et surtout dans les épigrammes. Il s'agit,(...)


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