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Les mésaventures des Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar...

par Bertrand Galimard Flavigny, bibliophile et bibliologue
Marguerite Yourcenar s’était vu refuser son manuscrit "Antinoüs" qui devait devenir "Les mémoires d’Hadrien" ! Ce n’est là qu’un épisode des mésaventures de cette publication... Bertrand Galimard Flavigny, en amateur de versions originales, en a découvert une, dédicacée de la main de l’académicienne à André Malraux. Une histoire qui finit bien somme toute !


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
Référence : PAG899
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pag899.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida6695-Les-mesaventures-des-Memoires-d-Hadrien.html
Date de mise en ligne : 5 juin 2011



Répondant à une question de Jacques Chancel, à propos de sa présence dans ses œuvres, Marguerite Yourcenar (1903-1987) avait simplement dit : « Non. J’y suis un peu comme dans le théâtre chinois, à la manière des fonctionnaires vêtus de gris qui se promènent au milieu des personnages ». La première académicienne française ne s’est rendue à l’Institut de France que deux fois, en 1980, pour y être présentée et pour y être reçue. Ce fut un évènement très mondain et un peu littéraire. Elle repartit ensuite pour son île dans le Maine aux Etats-Unis où elle avait choisi de vivre dans un quasi anonymat et ne revint plus. Là-bas, les habitants la croisaient et lançaient : « Hello, Marguerite ! » Ce n’était certainement pas « Petite Plaisance », sa maison toute blanche de Northeast Harbour qui pouvait être comparée à la Villa Hadriana. Ce fut lors d’une visite à Tivoli, avec son père en 1924 qu’elle eut l’idée d’évoquer l’empereur. Plus exactement l’ami de celui-ci Antinoüs. Deux ans plus tard, elle déposait chez Fasquelle, un manuscrit intitulé Antinoos qui lui fut refusé.



Cela ne la découragea pas, elle reprit la plume et publia, après deux recueils de poèmes, son premier roman et le dernier qu’elle ait signé du pseudonyme « Marg Yourcenar », Alexis ou le Traité du vain Combat (Au Sans Pareil, 1929, in-16, carré). Et avec la régularité d’un métronome, elle sortit un titre par an. André Fraigneau qui était directeur littéraire chez Grasset et qui publiait alors les ouvrages de Marguerite Yourcenar, racontait que chaque année, Bernard Grasset consultait les registres de vente. L’éditeur considérant les quelque 800 exemplaires de ses livres vendus dans l’année, levait les bras au ciel et s’adressait à Fraigneau : « Mon petit, qu’est-ce que nous faisons ? » - « Monsieur, de toute façon, c’est la qualité » - « Eh bien, si c’est la qualité, allons-y ». C’est ainsi que Marguerite Yourcenar, au bout du compte totalisa une cinquantaine de titres. Le plus célèbre d’entre eux, s’intitule Les Mémoires d’Hadrien. Nous avons eu récemment entre nos mains, dans la librairie Lardanchet à Paris, un exemplaire de l’édition originale, de service de presse avec un envoi autographe à André Malraux et deux corrections manuscrites de la main de Marguerite Yourcenar (Plon, 1951, in-8), broché conservé dans un chemise-étui par Devauchelle.

Marguerite Yourcenar, malgré l’échec d’Antinoos, n’avait pas complètement abandonné l’idée de traiter ce sujet. On rapporte qu’elle retrouva, en 1948, dans une malle, quelques feuillets qu’elle avait rédigés dans les années 1937-1938. Elle les emporta au Nouveau-Mexique, au cours d’un voyage qu’elle fit là-bas en 1949 et reprit l’histoire d’Hadrien (76-138). Elle passa trois années « à ne faire que cela, à vivre en symbiose avec le personnage », devait-elle dire. Plus tard, reprenant une phrase de Flaubert, elle inscrivit dans ses carnets de notes : « Les dieux n’étant plus, et le Christ n’étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc-Aurèle, un moment unique où l’homme seul a été ». Nous pourrions saisir la clef de la pensée de Marguerite Yourcenar, en lisant l’envoi qu’elle adressa dans son exemplaire à André Malraux : « […] Mémoires d’Hadrien/ le prince et l’homme », juxtaposant deux qualificatifs afin de décrire l’extérieur et l’intérieur du personnage et mettre l’érudition au service de la vérité existentielle. Elle avait souhaité, en adoptant la forme de pseudo-mémoires « refaire du dedans ce que les archéologues du XIXe siècle ont fait du dehors ».

À quelques exceptions près tous les livres de Marguerite Yourcenar parurent d’abord dans des revues ou journaux en pré-publication, puis ensuite repris en volume et encore republiés avec notes et corrections. Les Mémoires d’Hadrien suivirent le même chemin. Des extraits sortirent d’abord dans les numéros 43 à 45 (juillet-septembre 1951) de la revue La Table Ronde. Les Mémoires d’Hadrien, a été tiré à 35 exemplaires sur Lafuma et à 115 sur Alfa. Une deuxième édition sortit, toujours chez Plon, en 1952, à peine retouchée. Dès l’année suivante, elle ajouta pour le Club du Meilleur livre, les Carnets de notes des Mémoires d’Hadrien. L’édition de 1971 chez Gallimard est la sixième mais… la plus complète. « C’est moi-même que je refais en refaisant mes livres », disait-elle, reprenant à son compte cette formule de Yeats, pour justifier sa « manie » de publier différentes versions de ses textes.

Bertrand Galimard Flavigny



En savoir plus :

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