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Florence Delay : Don Juan pourrait-il être aimable ou sincèrement aimé ? (3/5)

Florence Delay, de l’Académie française, explique l’originalité du Don Juan de Suzanne Lilar
Florence Delay de l’Académie française nous révèle comment Suzanne Lilar, dans Le Burlador. L’ange du démon, pièce écrite en 1943, a renouvelé le mythe en tournant le donjuanisme vers les préoccupations féminines de son temps. Don Juan, là où on ne l’attendait pas.


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Émission proposée par : Anne Jouffroy , Virginia Crespeau
Référence : RC531
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/rc531.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 6 mars 2011

Le Burlador, le Don Juan de Suzanne Lilar (1901-1992) n’en est pas moins homme. Serait-il capable d’amour ? Se délivrera-t-il de sa vocation de séducteur ? Les femmes sont-elles vraiment ses victimes ? Pourquoi les hommes le détestent-ils ? Don Juan serait-il aimable ? Deux textes nous permettent de mieux connaître cet écrivain, Suzanne Lilar, et son oeuvre :
- d’une part, l’article qui lui est consacré dans le "Dictionnaire de Don Juan" dirigé par Pierre Brunel
- d’autre part, de la communication de Jacques De Decker, à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, en 2008. Communication intitulée : "Suzanne Lilar et Julien Gracq : une amitié littéraire".

Suzanne Lilar dans sa maison à Anvers, dans les années 1960
Suzanne Lilar dans sa maison à Anvers, dans les années 1960

Suzanne Lilar, une intelligence toute mêlée de sensualité

Dramaturge, romancière et essayiste belge, Suzanne Lilar fut une pionnière, à plusieurs titres. Tout d’abord elle a ouvert la voie aux femmes de son pays dans la profession d’avocat. Elle fut la première femme à plaider au barreau d’Anvers, gérant son propre cabinet. Puis elle fut pionnière en littérature avec sa pièce sur Don Juan. Elle a alors quarante ans. Sa maturité et son épanouissement lui donne la liberté d’écrire sur ce thème sensible et sensuel.

Jacques De Decker dans sa communication écrit :

« Au milieu du siècle dernier Suzanne Lilar a connu au théâtre un franc succès. La scène l’attire depuis longtemps. Encouragée par son mari, Albert Lilar, elle écrit en 1943, sa première pièce, Le Burlador. En 1944, elle l’a fait lire à Fernand Crommelynck, qui organise une visite commune au plus illustre interprète du rôle de Don Juan de l’époque, Louis Jouvet, sans que cela débouche sur un projet concret. L’intercesseur décisif sera Henry de Montherlant : il recommande la pièce à Mary Morgan, directrice du théâtre Saint-Georges, qui décide de la programmer. La première a lieu le 12 décembre 1946, dans une mise en scène de Louis Ducreux. Il y aura plus de 140 représentations, y compris la tournée en Belgique en 1947. Parue initialement aux Éditions des Artistes, elle est reprise dans France-Illustration, décroche le prix Picard et le prix Vaxelaire de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, sera traduite dans une demi-douzaine de langues. »

Suzanne Lilar met à jour un mythe bien connu mais elle le modernise. Son Burlador n’est pas une oeuvre féministe à proprement parler mais elle ouvre la voie aux revendications féministes des années d’après-guerre. La vie de Suzanne Lilar illustre l’évolution de la condition féminine si caractéristique du XXe siècle.

Les ecrivains Marnix Gijsen, sa fille Françoise Mallet-Joris, Suzanne Lilar, et la future reine Paola, 1960
Les ecrivains Marnix Gijsen, sa fille Françoise Mallet-Joris, Suzanne Lilar, et la future reine Paola, 1960

Un « Burlador » sans convive de pierre et sans valet

Suzanne Lilar emprunte à Tirso de Molina les apparences : le nom de « Burlador », les trois actes, le schéma général de l’action, les principaux personnages, Don Juan, la duchesse Isabelle, Don Octavio, Dona Ana et le commandeur d’Ulloa, ainsi que les lieux où ils évoluent, Naples, Séville. Elle supprime la rencontre avec la statue animée du Commandeur, l’invitation à diner et la contre-invitation suivie de la descente en Enfer.

Un clin d’oeil aux spectateurs et aux lecteurs montre la subtilité ironique de Suzanne Lilar, acte III, donc à la fin de la pièce, quand Don Juan s’adresse à la nourrice d’Isabelle en ces termes : « Chose curieuse, Lebrija (ville où le roi va le reléguer), c’est l’endroit où se trouve enterré le Commandeur. Ah, le roi ne manque pas d’esprit. Dieu sait ce que l’imagination des hommes brodera là-dessus. Ils sont capables d’insinuer que le Commandeur est sorti de sa tombe pour me provoquer au combat. Cela importe peu. » Suzanne Lilar nous montre qu’elle connaît le mythe du sacré chez Don Juan, mais qu’elle a décidé de le contourner délibérément. Autre transformation fondamentale du mythe de Don Juan : Le couple du maître et du valet est remplacé par un autre couple, celui de Don Juan et de la duchesse Isabelle.

Don Juan amoureux et révélateur d’un érotisme féminin

La pièce de Suzanne Lilar s’ouvre, se ferme et se concentre sur la formation d’un amour sincère entre Don Juan et Isabelle. Isabelle découvre l’extase amoureuse dans les bras de Don Juan. A l’acte III elle est parvenue à l’amour-passion. Au-delà de la souffrance, de la jalousie, de l’humiliation elle « acquiesce au destin de Don Juan ». Suzanne Lilar réhabilite Don Juan : acte II Dona Francesca, femme sage et expérimentée, console Mariana, une jeune veuve aimée puis abandonnée par Don Juan : « Croyez-vous qu’au cours de votre vie vous rencontrerez beaucoup d’hommes auxquels vous pourrez vous abandonner avec le repos de savoir qu’ils ne feront pas un faux pas, qu’ils danseront sur la corde raide de l’amour, avec la grâce et la légèreté du funambule ? Un amant, Mariana, cela ne se rencontre pas deux fois dans une vie, et la plupart des femmes ne le rencontrent jamais. Elles s’en consolent, avec les hommes. »

Don Juan, ange du démon, racheté par la mort ?

Le personnage de Don Juan est renouvelé : séducteur toujours mais fragilisé par la sincérité de son amour pour Isabelle. Sous « l’apparente innocence de Don Juan » son côté « démoniaque », dit Suzanne Lilar dans sa préface, est bien présent. Il jette la confusion et le trouble dans les âmes féminines. « La lumière dont il rayonne » est celle de Lucifer. Cette dualité, Don Juan la ressent comme une malédiction. Le retour vers Isabelle métamorphose Don Juan qui accepte l’exil -donc la mort- pour donner à son amour la consécration que n’a pu lui apporter la vie. « Tu lui diras que je suis mort avec son nom dans la bouche. » ( Acte III, Don Juan s’adressant à la nourrice d’Isabelle).

Florence Delay, de l’Académie française est l’invitée de cette émission :

Florence Delay, de l’Académie française
Florence Delay, de l’Académie française
Copyright Louis Monier

Lecture du dernier dialogue Don Juan et Isabelle : Acte III Condamné à la relégation, en laquelle il voit une sentence de mort déguisée, Don Juan exprime une dernière fois son amour à Isabelle qui lui promet fidélité, quoiqu’il arrive.


-Pauses musicales : l’Opus n°2 de Chopin, Variations sur le thème « là ci darem la mano » du Don Giovanni de Mozart.

A écouter aussi :
- Don Juan : à la source du mythe littéraire, avec Florence Delay, de l’Académie française (2/5)
- Don Juan ou l’éternel mythe moderne (1/5)
-  Don Juan au cinéma, dialogue entre Jean Tulard et Françoise Thibaut, de l’Académie des sciences morales et politiques (4/5)
-  Don Giovanni : « L’affaire dont il s’agit est d’importance » (Leporello, Acte 1, Scène IV) (5/5)

Nos émissions avec Florence Delay :

- L’Essentiel avec... Florence Delay, de l’Académie française
- Florence Delay rend hommage au poète Claude Esteban
- Florence Delay, de l’Académie française : Mes cendriers
- Florence Delay rend hommage à Mgr Daniel Pezeril

Notre émission avec Jacques De Decker : L’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique

Et approfondissez le sujet avec l’oeuvre de François Rachline : Le pari de Don Juan (éditions Hermann) ISBN : 978-2-7056-8087-9.






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