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Rémi Brague : La légitimité de l’humain

Une communication à l’Académie des sciences morales et politiques
De tous temps, on s’est accordé à penser l’homme comme espèce supérieure aux autres... L’idée contestable est aujourd’hui contestée ! La planète exige-t-elle la présence de l’humain ? Sur quoi se fonde sa légitimité, s’il en a une ? Ecoutez le philosophe Rémi Brague retracer l’évolution de cette idée humaniste et les critiques qu’elle suscite, dans cette communication prononcée devant ses confrères de l’académie des sciences morales et politiques le lundi 10 janvier 2011.


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Référence : ES596
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Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida6526-Remi-Brague-La-legitimite-de-l-humain.html
Date de mise en ligne : 23 janvier 2011

Rémi Brague rappelle tout d’abord le sens qu’il convient de donner au mot "humanisme". Non pas les études classiques, mais plutôt ce qui leur donne leur valeur : le souci de l’humain dans l’homme, la promotion ou la défense de ce qui rend l’homme véritablement humain. Cet humanisme "premier" -qui fonde et justifie les humanités- semble aujourd’hui menacé. Il retrace quatre étapes du développement de l’idée humaniste ; puis il rappelle comment ces étapes ont été successivement défaites, en s’atardant particulièrement sur la quatrième étape. Suite à quoi, il posera la question de la légimité de l’humain.

- Dans la première étape, l’homme se comprend comme constituant une espèce qui se distingue des autres par certaines propriétés qu’il possède exclusivement. C’est au niveau grec que se situent les deux définitions classiques de l’humain qui mettent en avant ses spécificités : le logos (la raison), et la vie en cité.

- la deuxième étape ajoute à la différence qui ne comportait pas encore de jugement de valeur, une dénivellation : l’homme apparaît meilleur que les autres espèces, soit parce qu’il réalise plus pleinement l’intention de la nature, soit parce qu’il bénéficie d’une proximité plus grande au divin. Ces avantages lui confèrent une dignité, idée d’origine grecque autant que biblique qui traverse les époques.

Rémi Brague, professeur de philosophie à la Sorbonne et à Munich
Rémi Brague, professeur de philosophie à la Sorbonne et à Munich

- la troisième étape commence au début du XVII è siècle : la supériorité de l’homme n’est plus conférée par une instance supérieure, elle doit être le résultat d’une activité de l’homme lui-même. Il réalise cette supériorité en devenant le maître de la nature (le "Règne de l’Homme" lancé par Francis Bacon repris par Descartes).

- la quatrième étape est constituée par ce que l’on appelle "humanisme exclusif". Elle se met en place au XIX è siècle. La divinité humaine est la divinité suprême. Le mot humanisme fut alors forgé, d’abord en allemand puis en français et en anglais.

Des critiques destructives

Les trois premières de ces étapes sont depuis peu l’objet d’une critique qui cherche à les détruire. La quatrième s’est maintenu au prix de quelques métamorphoses.

- Loin d’être maître et possesseur de la nature, comme le voulait la troisième étape, l’homme n’a pas le droit de soumettre le reste du vivant, encore moins le droit de l’exploiter. Certaines voix défendent ainsi un usage prudent et parcimonieux des ressources naturelles ; d’autres, plus radicales, plaident pour une décroissance rapide de l’humanité ; d’autres enfin, rappellent que l’homme doit être le gardien de ses frères, les autres espèces vivantes. Mais ces discours glissent à des étapes plus dangereuses : certains considèrent que l’homme est pire que les parasites ou les fauves ! Il est une menace globale pour la vie et d’aucuns rêvent d’un monde délivré de la présence de l’humanité... (le mouvement "Ecologie profonde" plaide pour une extinction volontaire de l’espèce humaine).

- Loin de se distinguer des autres espèces par nature, par saut qualitatif, l’homme ne diffère de celles-ci que par degrés, son langage, son organisation sociale, ne sont pas essentiellement autres que leur préfiguration chez l’animal. La vulgarisation interprète ces constatations pour mépriser l’homme. Que les gènes soient communs à l’homme et au singe, et l’on en tire une idéologie méprisante pour l’humain.

- Quant à la quatrième étape : l’humanisme exclusif continue à exclure la figure du divin (du Dieu de la bible). Mais d’autres figures du divin apparaissent, inquiétantes, diverses, avec un point commun : les dieux sont soif ! ils exigent des sacrifices humains. Ils refont surface sous le nom de nation, progrès, races, et Gaïa, la terre !

Mais l’humain doit-il être défendu ? et avec quels arguments ? La question n’est pas nouvelle. L’homme est-il vraiment à sa place sur cette terre ? L’existence de l’homme est-elle indispensable à la planète ? Et depuis que l’homme a le pouvoir de s’auto-détruire (guerre nucléaire) ou de détruire son environnement, en quels termes nouveaux se pose cette question de la légitimité de l’humain ? L’espèce humaine est en danger, et risque même une extinction faute de reproduction.

A supposer que l’espèce humaine disparaisse, serait-ce un mal ?

Ecoutez les réflexions proposées par le philosophe Rémi Brague.

En savoir plus :

- Rémi Brague à l’Académie des sciences morales et politiques

- A écouter aussi :
- Rémi Brague, le philosophe qui prend au sérieux le « fait religieux » une interview du philosophe
- Rémi Brague : Du Dieu des chrétiens et d’un ou deux autres la chronique philosophie de Damien Le Guay






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