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Mme de La Fayette ou Les tourments de la passion au XVIIe siècle

"Figures du Grand Siècle", une série proposée par Yves-Marie Bercé, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres
Yves-Marie Bercé, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, évoque Mme de la Fayette (1634-1693) et ses « Questions d’Amour ». La Princesse de Clèves et la Princesse de Montpensier furent les premiers romans d’analyse de la littérature française et restent des modèles du genre. « Anciens » ou « Modernes », romantiques ou réalistes, tous les grands écrivains français ont vibré à ces chefs d’œuvre. Camus disait : « pour Mme de La Fayette l’amour est un péril. C’est un postulat. » Pourquoi cette peur de l’amour chez Mme de La Fayette ? Pourquoi ces analyses de la passion dévorante nous touchent-elles toujours au XXIe siècle ?


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : HIST627
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/hist627.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 9 janvier 2011

Mme de La Fayette : une « précieuse » pas ridicule

Née à Paris, Marie-Madeleine Pioche de La Vergne reçut une éducation soignée, à la fois littéraire et mondaine. Son père, gentilhomme passionné de littérature, mourut en 1649 et sa mère se remaria avec l’oncle de la Marquise de Sévigné, qui devint son amie intime. Elle fut l’élève du grammairien Ménage et fréquenta de bonne heure les Salons, en particulier l’Hôtel de Rambouillet. En 1655, elle épousa le comte de La Fayette, qu’elle accompagna sur ses terres d’Auvergne où le retinrent d’interminables procès. En 1659, elle choisit de vivre à Paris où son amitié avec Henriette d’Angleterre, future duchesse d’Orléans, lui permit de pénétrer les cercles intimes de la royauté. Elle se consacra, alors, à l’éducation de ses deux enfants, aux relations mondaines et à la littérature. Dans ce milieu aristocratique et lettré, Mme de La Fayette fut le type même de la femme savante sans être pédante et de la précieuse, nullement ridicule.

L’auteur du premier roman moderne

Sur les quelques cinq cents écrivains que compta le XVIIe siècle, il fut peu de femmes. Le préjugé à l’encontre des femmes savantes était fort. Si « écrire et être femme » était un peu inconvenant, « publier et être femme » était résolument scandaleux : il n’y fallait pas songer ! Aussi Mmes de Scudéry et de La Fayette dissimulèrent-elles leur production littéraire derrière la signature d’un homme.

Mme de Lafayette (1634-1693). « Tout en elle nous attire, la rare distinction de son esprit, la ferme droiture de ses sentiments, et surtout, peut-être, ce que nous devinons au plus profond de son cœur : une souffrance cachée qui a été la source de son génie. » Morillot
Mme de Lafayette (1634-1693). « Tout en elle nous attire, la rare distinction de son esprit, la ferme droiture de ses sentiments, et surtout, peut-être, ce que nous devinons au plus profond de son cœur : une souffrance cachée qui a été la source de son génie. » Morillot

Marie-Madeleine de La Fayette publia en 1662 La Princesse de Montpensier, sous le nom de Segrais - un de ses amis lettrés- et en 1670, toujours sous le nom de Segrais, un roman précieux, Zaïde, précédé d’un Traité de l’Origine des Romans, par Huet. En 1678 son chef-d’œuvre, La Princesse de Clèves, suscita l’admiration dès sa parution et fit éclore un mythe qui perdure depuis trois siècles : le premier des romans modernes était né. « Mme de La Fayette a eu raison pendant sa vie. Elle a eu raison après sa mort » disait Mme de Sévigné. A partir de 1720 parurent, à titre posthume, trois ouvrages de sa main : une Histoire de Madame, des Mémoires de la Cour de France pour 1688 et 1689, et une nouvelle, La Comtesse de Tende. Il lui fallut beaucoup d’intelligence et de talent pour accéder, officiellement, au rang d’écrivain. On ne saurait exagérer dans cette émancipation le rôle des Salons.

Ces Salons où règnent les femmes

La place des Salons dans la vie littéraire du XVIIe siècle fut primordiale ; le XVIe siècle avait ouvert la voie. Les femmes de la Renaissance pouvaient revendiquer, déjà, l’honneur d’avoir innové en littérature, et particulièrement dans les textes consacrés à l’analyse psychologique et affective. On pense à l’Héptaméron de Marguerite de Navarre -la sœur de François Ier- et à la correspondance amoureuse de Marguerite de Valois, la première femme d’Henri IV. Plusieurs grands talents féminins s’illustrèrent dans le roman. Le premier de tous fut celui de Melle de Scudéry (1607-1701) et sa carte du Tendre. Si Melle de Scudéry aima à idéaliser les sentiments tendres et contenus, dans ses romans longs, tout en condamnant les méfaits de l’anarchie passionnelle, Mme de La Fayette ne parla, dans ses nouvelles, que de la douleur d’aimer, de la tragédie visible ou secrète des inéluctables désordres amoureux. Cette peur de l’amour chez Marie-Madeleine de La Fayette correspondit, peut-être à son expérience intime, et aussi à la tradition des Salons, à l’influence janséniste qui pénètre la littérature française pendant le règne de Louis XIV, et à une forme de féminisme naissant. Les précieuses furent à l’origine des mouvements féministes à venir. L’amour est une tentation devant l’impossible : Mme de La Fayette dans La Princesse de Clèves en dit l’échec inévitable.

La Princesse de Clèves

La Princesse de Clèves refuse l’amour par féminisme, par vérité morale et par choix de l’absolu. L’action a pour cadre un moment précis de notre histoire, la fin du règne d’Henri II et le début du règne de François II. Mme de La Fayette s’appliqua à situer son roman dans le temps, en peignant des traits de mœurs (un tournoi), en faisant revivre des figures historiques (Henri II, Catherine de Médicis, Marie Stuart) et des intrigues réelles. On notera pourtant que c’est l’atmosphère de la cour de Louis XIV qu’elle évoqua plutôt que celle du temps de Valois. Mais la couleur historique importe moins que la vérité humaine. Les sentiments sont vrais : l’analyse de la passion dans l’âme de Mme de Clèves, de son mari et du duc de Nemours n’a pas vieilli le moins du monde. Le drame qui se joue dans le cœur de l’héroïne nous touche directement ; il peut se résumer par ces deux maximes de La Rochefoucauld : « La même fermeté qui sert à résister à l’amour sert aussi à le rendre violent et durable... ». « Qu’une femme est à plaindre, quand elle a tout ensemble de l’amour et de la vertu ! ».

Le chef-d’œuvre de Mme de La Fayette est à l’origine d’une longue lignée de romans psychologiques dont notre littérature peut s’enorgueillir à juste titre. Le Bal du Comte d’Orgel de Raymond Radiguet serait, d’après Yves-Marie Bercé, l’héritier le plus fidèle de La Princesse de Clèves.

Nos autres émissions avec Yves-Marie Bercé :

- La destinée exceptionnelle d’un « demi-roi » : Epernon, le mignon favori d’Henri III

- Le Président Jeannin, conseiller d’Henri IV, de Marie de Médicis, de Louis XIII

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