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Alfred de Musset, le romantique de l’Académie française, vu par Gonzague Saint-Bris

Révélations sur la vie de Musset, "entre angélisme et débauche" par son biographe, invité de Jacques Paugam
Gonzague Saint-Bris est fasciné par Alfred de Musset... non seulement il en rédige la biographie mais il propose à ses lecteurs une photo totalement inédite ! Il explique dans cet entretien avec Jacques Paugam les raisons de sa fascination pour l’écrivain, membre de l’Académie française qui demeure l’un des auteurs de théâtre les plus joués en France ! Un écrivain de génie dont la vie fut pourtant bien dissolue...


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Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : PAG867
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pag867.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 9 janvier 2011

Gonzague Saint-Bris est invité pour son 40ème livre, une biographie, qui s’intitule tout simplement Alfred de Musset, publiée chez Grasset, un livre d’autant plus attendu que son auteur avait lui-même créé le mouvement des Nouveaux romantiques. Il a placé en couverture de ce livre une photo de Musset (1810-1857) totalement ignorée du grand public. En quoi révèle- t-elle des éléments inconnus ou incompris au sujet de Musset ?

G.S-B : Chaque fois que j’écris une biographie, j’essaie d’apporter un élément inédit car ce n’est pas la peine d’écrire une biographie si l’on n’a pas un "scoop". Par exemple dans ma dernière biographie sur Henri IV, j’expliquais qu’Obama descend d’un Huguenot français. J’avais aussi annoncé que la tête d’Henri IV avait disparu et depuis, on l’a retrouvée !

Là, il s’agit d’un document exceptionnel : une photo absolument inédite d’Alfred de Musset. On croit le connaître, parce qu’on a vu son portrait peint par Landelle dans le classique de nos écoles, le "Lagarde et Michard" ; On l’a vu en caricature, car Musset avait un tel coup de crayon, que saluait Delacroix, qu’il s’était auto-caricaturé. On connaît peut être les merveilleux médaillons gravés par David d’Angers mais nul ne l’a jamais vu en vrai.... Or, ce cliché est signé au verso de la main d’Aurore Sand « A de Musset », c’est-à-dire que la petite fille de la dame de Nohant authentifie cette photo. Je me suis dit : « et si la biographie n’était que l’exploration de la géographie d’un visage, l’exercice attentif du relevé topographique des reliefs d’une figure, l’inlassable enquête sur ce qu’indique et dissimule une physionomie, la course poursuite du parcours d’un faciès. » Car il est vrai que cette photo en noir et blanc montre l’extrême beauté, l’élégance racée, d’Alfred de Musset. Le dandy dans toute sa splendeur avec ce contraste extraordinaire : il a des yeux clairs mais exprime quelque chose de sombre. C’est le romantique absolu. C’est un très bel homme et on comprend pourquoi il a toujours plu aux femmes, même après sa disparition. Il est né il y a deux cent ans (le 11 décembre 1810). Et il fut membre, on le sait, de l’Académie française.

Un entourage très littéraire

J.P : Quand on regarde ce que les fées ont déposé dans son berceau on peut se dire que dans sa jeunesse il a gâché pas mal de chances, et pourtant, à 18 ans, voilà quelqu’un qui savait ce qu’allait être sa vie, à quoi elle devait être consacrée.

G.S-B : Oui et même plus tôt, dès l’âge de 15 ans, il est en classe au lycée Henri IV avec Paul Foucher qui se trouve être le frère d’Adèle, la femme de Victor Hugo ; il est donc reçu dans le cénacle et commence à faire ses premières lectures en public ; tout de suite c’est la confusion devant son génie. Sainte Beuve dit le concernant « Il y a parmi nous un enfant plein de génie ». Musset a une antériorité familiale charmante : « il était grand, il était beau, il sentait bon le génie des mots » ! il a un arbre généalogique avec des feuilles très littéraires, il descend de Cassandre Salviati, jeune fille qui dansait à 13 ans à la cour de Blois un délicat branle de Bourgogne qui émut tant Pierre de Ronsard. Il descend aussi de la famille de Jeanne d’Arc, il en est très fier. On retrouve la branche des Du Bellay. Il est né le 11 décembre 1810. Il reçoit une éducation, en Vendômois, dans le manoir de Bonaventure. Derrière Musset il y a une sorte de décor Renaissance. C’est un génie précoce, son œuvre est célèbre mais sa vie est une inconnue. C’est un enfant terrible, un prince du paradoxe, déchiré entre angélisme et débauche. C’est un écrivain génial, incompris et fragile. « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » a-t-il dit et c’est vrai que Musset boira jusqu’à la lie les poisons de la vie : hallucinations névrotiques, déviations sexuelles, alcool et paradis artificiels. Et ses amours toujours recommencées qui le conduisent à une inguérissable solitude. C’est un poète maudit, une âme insaisissable.

J.P : Il a brûlé sa vie pour créer une œuvre ?

G.S-B : Tout à fait. Il a dit « C’est moi qui ait vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui ».

J.P : On ne peut pas parler de Musset sans parler de George Sand. Peut-on dire que c’est elle qui lui a appris la souffrance ?

G.S-B : Oui absolument. Il était prédisposé à la souffrance. Il s’est comporté avec elle comme un monstre. Il le dit : « Les deux anges qui sont en moi arrivent à enfanter d’un démon. »

J.P : Alors qu’il n’avait que 23 ans…Il souffre mais il crée, grâce à elle. « Les nuits », « Les confessions d’un enfant du siècle ».

G.S-B : Crée-t-on parce que l’on souffre ? Et est-ce à cause de la personne qui nous fait souffrir que l’on est un artiste ? Oui et non. Bien sûr Musset est celui qui a écrit : «  Les plus désespérés sont les chants les plus beaux et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots ». Et aussi : « L’homme est un apprenti, la douleur est son maître et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert ». Il donne aussi quelques leçons de bonheur : « Après avoir souffert il faut souffrir encore, après avoir aimé il faut encore aimer ». Mais surtout voilà le code qu’il donne quand on aime : « Se voir le plus possible et s’aimer seulement, sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge, sans qu’un désir nous trompe ou qu’un remords nous ronge, vivre à deux et donner sa pensée aussi loin qu’on y plonge, faire de son amour un jour au lieu d’un songe, et dans cette clarté respirer librement. »

Ecoutez la suite de cette interview. Consultez la fiche de Musset sur le site www.academie-francaise.fr

Jacques Paugam et Gonzague Saint-Bris
Jacques Paugam et Gonzague Saint-Bris





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