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Les enrichissements de la bibliothèque de l’Institut entre 2006 et 2009

avec Mireille Pastoureau, directeur conservateur de la Bibliothèque de l’Institut de France
Quels sont les principales oeuvres qui, entre 2006 et 2009, ont contribué à enrichir le fonds de la Bibliothèque de l’Institut de France ? Mireille Pastoureau, directeur conservateur de cette prestigieuse bibliothèque, les présente ici en soulignant leur richesse, leur intérêt sans omettre de mentionner les généreux donateurs...


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : pdm563
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pdm563.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 16 janvier 2011

Rappelons, s’il en est besoin que la Bibliothèque de l’Institut de France regroupe les bibliothèques des cinq académies - Académie française, fondée en 1635, Académie des inscriptions et belles-lettres, Académie des sciences, Académie des beaux-arts, Académie des sciences morales et politiques. Et comme toute bibliothèque, ses collections s’enrichissent par des dons ou des acquisitions effectués au fil des ans, particulièrement entre 2006 et 2009. Signalons qu’une première émission peut être écoutée sur Canal Académie Les enrichissements de la bibliothèque de l’Institut entre 2002 et 2005

Parmi les oeuvres exceptionnelles, Mireille Pastoureau dit quelques mots des "Chroniques de Nuremberg". Voici un extrait du texte qu’elle a rédigé pour les présenter :

- Hartmann SCHEDEL, Chroniques de Nuremberg. Nuremberg, Anton Koberger, 1493. Edition en allemand. In folio. Figures sur bois gravées par Michael Wohlgemuth et Wilhelm Pleydenwurff, et enluminées. Don du Musée Marmottan, 2008.

Ce célèbre incunable est une chronique universelle, relatant l’histoire du Monde, depuis la création jusqu’aux années 1490. Il contient 1809 gravures, tirées de 645 bois la plupart d’une réelle valeur topographique, d’autres purement fantaisistes. Le don du Musée Marmottan, qui se composait de 18 ouvrages anciens, comportait aussi la Flandria illustrata d’Antoon Sanderus (Cologne, 1637) et l’atlas Théâtre du monde en six volumes de Willem et Jan Blaeu (Amsterdam, 1643-1655).

Elle mentionne également un manuscrit récemment acheté qu’elle décrit ainsi :

- Philippe de LA HIRE (1640-1718). Cours d’architecture enseigné au Louvre dans l’Académie royalle par Monsieur de La Hire professeur de matématiques du Collège royal à Paris [sic], vers 1698. Manuscrit à l’encre sur papier. 256 feuillets.156 figures, sur 36 planches. Reliure de l’époque en parchemin.

Philippe de La Hire, astronome et mathématicien, professeur de mathématiques au Collège royal, était membre de l’Académie royale des sciences et de l’Académie royale d’architecture. Ce texte est la mise en forme des cours d’architecture qu’il professa aux élèves de l’Académie royale d’architecture entre 1687 et 1696. La Hire en fit la lecture devant cette Académie en 1698-1699. Ce cours inédit est de la main d’un copiste. Un autre exemplaire est conservé à Londres au Royal Institute of British Architects (RIBA). La Bibliothèque de l’Institut a acquis ce manuscrit car elle possédait déjà un autre cours manuscrit de Philippe de La Hire, professé à l’Académie, le Traité de la coupe des pierres ; elle conserve aussi une partie de la bibliothèque de l’Académie royale d’architecture.

Anecdote amusante : l’anonymat de Stendhal décrypté !

- STENDHAL, Histoire de la peinture en Italie. Par M. B. A. A [= Monsieur Beyle Ancien Auditeur au Conseil d’Etat]. Paris : P. Didot, l’ainé, 1817. Edition originale. 2 volumes. Don du Musée Marmottan, 2008.

Stendhal publia anonymement cet ouvrage. La page de titre du tome II porte cette dédicace« To the Happy Few » et la page d’errata du tome I commence ainsi : « L’auteur étant à quatre cents lieues de son imprimeur, il s’est glissé des fautes si nombreuses, qu’on est prié de les faire corriger d’avance, si l’on ne veut être arrêté par les non-senses les plus ridicules. »

Lettre d'Alexis Léger (Saint-John Perse) à André Maurois, 1959
Lettre d’Alexis Léger (Saint-John Perse) à André Maurois, 1959

Elle expose aussi la donation du fonds Madeleine et Françis Ambrière. Deuxième donation, en complément du fonds créé par Madame M. Ambrière en 2002. Il s’agit d’un important ensemble de documents originaux des 19 et 20 siècles, ayant trait à l’histoire de la littérature, du théâtre, de la presse et de l’édition. Les documents originaux sont principalement des autographes ayant trait à l’histoire littéraire et théâtrale du 19e siècle et des archives de Francis Ambrière (guerre de 39-45 et captivité en Allemagne, l’université des Annales, son activité comme éditeur des Guides bleus et de la correspondance reçue).

Parmi les documents intéressants, elle mentionne :
- une lettre de Maxime DU CAMP (1822-1894) à H. COMTE, 4 mars 1873. « J’ai lu tout ce que les sourds-muets ont écrit, j’ai vu ce qu’ils ont peint et je n’ai rien trouvé qui dépassât une moyenne fort ordinaire. C’est précisément parce que je crois ces infirmes absolument dénués d’imagination que je voudrais qu’on les mît en présence de très beaux modèles de dessins, afin qu’ils puissent voir ce qu’ils sont impuissants à figurer. Ce sentiment de pitié dont vous me parlez, je l’ai très vivement éprouvé et si je ne l’ai pas exprimé,- ce qui est facile – c’est pour ne pas accuser le côté morbide qui m’a tant frappé. »

- des documents relatifs à la compagnie d’études dramatiques Le Bélier, 1934-1941. 2 lettres, 1 affiche et 1 invitation. Le Bélier a succédé à la compagnie du Cerceau, fondée par Francis Ambrière et André Villiers en 1934 et qui dut quitter ce nom revendiqué par une autre compagnie. Francis Ambrière écrit : « J’ai fait la connaissance d’André Villiers à l’Université de Dijon en 1926. Il avait vingt ans, moi dix-huit. Il était « carabin » et moi « littéraire », mais nous aimions tous deux passionnément le théâtre, et nous suivions ensemble les cours dramatiques du Conservatoire National Dijonnais, où nous avions pour camarade un peu lointaine …celle qui devait s’appeler plus tard Edwige Feuillère… »

- Autre don intéressant : celui de M. Jean Le Chatelier et de la famille Le Chatelier, 2006 et 2009. Alfred Le Chatelier est un officier français qui effectua de nombreuses missions en Afrique et devint en 1902 professeur de sociographie musulmane au Collège de France.

- Quant au fonds Maurois-Caillavet-Pouquet, il mérite que l’on s’y attarde un instant avec les explications de Mireille Pastoureau :

- Ce fonds d’une richesse et d’un intérêt exceptionnels contient les archives d’André Maurois (1885-1967)8, membre de l’Académie

Lettre de Marguerite Yourcenar à André Maurois, 1932
Lettre de Marguerite Yourcenar à André Maurois, 1932

française, de sa première épouse Janine de Szymkiewicz (1892-1923) et de sa deuxième épouse Simone de Caillavet (1894-1968), épousée en 1926. Celle-ci avait hérité d’archives familiales remontant à plusieurs générations et avait conservé son abondante correspondance, presque quotidienne, avec sa mère Jeanne Pouquet, épouse en premières noces de l’auteur dramatique Gaston Arman de Caillavet. La transmission de ce fonds volumineux doit beaucoup à Michelle Maurois (1914-1994), fille d’André Maurois, à qui son père et sa belle-mère - qui l’adopta - confièrent ces papiers de famille. Étant elle-même écrivain, elle en tira une trilogie dans laquelle de nombreux documents du fonds sont cités ou reproduits. Dans un livre de souvenirs, elle raconte : « Après la mort de mon père et, un an plus tard, la disparition de Simone, ma belle-mère, me voici devant un terrifiant amoncellement de dossiers.

André Maurois et François Mauriac
André Maurois et François Mauriac

On n’a jeté ni un papier ni une photographie depuis la dernière guerre. En Dordogne, dans la maison qu’il a fallu vider rapidement, tout avait été conservé depuis deux siècles. Les documents de Paris concernent surtout mon père, son oeuvre, ses recherches ; ceux d’Essendiéras, soixante-dix caisses débordant de livres et de paperasses, appartiennent à la famille de Simone, à sa mère, à ses grands-parents, avec leurs archives, leurs livres de comptes, remontant à 1830. Il y a là, aussi, des souvenirs du père de Simone, Gaston de Caillavet et de sa grand-mère paternelle, Mme Arman de Caillavet, l’égérie d’Anatole France. » C’est un don à l’Académie française, pour la Bibliothèque de l’Institut, commencé par le Professeur Robert Naquet (1923-2005), correspondant de l’Académie des Sciences, veuf de Michelle Maurois, et décédé subitement en décembre 2005. Sur le conseil de M. Maurice Druon, secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie française, Mme Anne-Mary Charrier, soeur du Professeur Robert Naquet, a achevé en 2006 le don commencé par son frère, perpétuant ainsi le souci de conservation des documents qui animait la famille Caillavet-Pouquet-Maurois, « famille exceptionnelle qui conservait tout depuis deux cents ans ».
- Grâce à ce don, on pourra lire des lettres échangées entre André Maurois et Céline, Marguerite Yourcenar, Alexis Léger (Saint-John Perse)...

André Maurois et Jean Cocteau
André Maurois et Jean Cocteau

On comprend ainsi que la Bibliothèque ne reçoit pas seulement des manucrits ou des livres, mais aussi des dessins, des photos, des lettres, des maquettes de médaille, des inédits, des revues, et même des épées !

Il convient également de dire un mot des Livres d’artiste, qui, loin d’être des livres rédigés par des artistes, sont plutôt des oeuvres d’art... Les grands noms de l’Académie des beaux-arts, peintres, sculpteurs, graveurs, architecte et photographe, sont présents de cette manière (Jean Cortot, Lucien Clergue, Guy de Rougement, Louis-René Berge, Claude Parent, René-Marie Quillivic, etc... )

Mireille Pastoureau s’est aussi réjouie de recevoir, des enfants de l’académicien, les lettres de Bertrand Poirot-Delpech (1929-2006), de l’Académie française, qu’elle présente ainsi :

Ce fonds très riche et très complet, contient les archives littéraires - manuscrits d’oeuvres, documents préparatoires, correspondances, articles imprimés, réception de ses oeuvres - de Bertrand Poirot-Delpech (1929-2006). Journaliste, essayiste et romancier, auteur de plus de vingt-cinq ouvrages, Bertand Poirot-Delpech entra au journal Le Monde à vingt-deux ans. Il y assura successivement la rubrique universitaire, la chronique des grands procès, la critique théâtrale. En 1972, il devint feuilletoniste du Monde des Livres et à partir de 1989 tint, dans le même journal, une libre chronique hebdomadaire. Élu à l’Académie française en 1986 - en étant persuadé qu’ « on n’est élu à l’Académie que s’il existe de fortes raisons de ne pas l’être. Les petits griefs font les petits scores » - il y fut très assidu et reçut le commandant Cousteau, Michel Serres, Érik Orsenna et René de Obaldia.

Des revues et même des médailles !

Côté revues, Mireille Pastoureau a reçu de la part de Frédéric Vitoux, de l’Académie française, 452 exemplaires de la revue "Positif" à laquelle il collaborait et, de la part de l’épouse de Louis Pauwels (académie des beaux-arts) la collection de la revue Planète et du Nouveau Planète ainsi que l’épée d’académicien, oeuvre de Pierre-Yves Trémois, graveur de l’Académie des beaux-arts.

Pour terminer, notre invitée rappelle l’importance des médailles, notamment grâce au don d’Edouard Bonnefous, homme politique, qui fut élu membre libre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1958 ; il devint Chancelier de l’Institut de France de 1978 à 1993, puis Chancelier honoraire. Plus de 350 médailles, médaillons, jetons, décorations et plaques reçus par le Chancelier Bonnefous et son père (Georges Bonnefous) au cours de leur carrière composent ce médaillier exceptionnel. http://site.bif.fidesio.com/archives/precedentes/MedaillierBonnefous.pdf

Pour plus d’informations :

Vous pouvez télécharger le document catalogue des enrichissements de la bibliothèque : http://www.bibliotheque-institutdefrance.fr/collections/objets






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