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Auschwitz passé commun

la chronique de Geneviève Guicheney

Geneviève Guicheney, Correspondant de l’Institut, s’est rendue à Auschwitz au moment du soixantième anniversaire de l’ouverture des camps de concentration. . Elle en fut bouleversée. Elle relit pour nous l’éditorial qu’elle a écrit pour la Revue Positions et Médias.


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Voici le texte de l'édito de Geneviève Guicheney :

Le 60ème anniversaire de l'ouverture des camps de concentration ( janvier 1945) a libéré la parole, parole de celles et ceux qui ont pu raconter, parole de celles et ceux qui ont eu envie de comprendre, parfois d'apprendre. Les jeunes générations d'aujourd'hui semblent avoir franchi un pas dans la prise de conscience de la déportation et de l'extermination d'hommes, de femmes et d'enfants, littéralement éliminés pour la seule raison qu'ils étaient ce qu'ils étaient. Tout à la fois ils comprennent et ne comprennent pas l'ampleur du malheur. Car rien ne peut justifier-quelques raisons que l'on est bien obligé de donner pour expliquer les faits, rendre compte d'une réalité-cette horreur au-delà des mots.

C'est toute la difficulté. Comment dire cela sans trahir à nouveau ces personnes, sans les meurtrir encore ? Dire que cela est inhumain pour indiquer à quel point c'est insupportable, est faux, car c'est précisément parce que ce sont des humains qui ont fait cela à d'autres humains que cela nous pose un problème encore insupportable.
Les rescapés eux-mêmes ont dit combien ils avaient eu du mal à en parler à leur retour et depuis, parce qu'on ne "les croirait pas, parce que personne ne voulait en entendre parler". Alors, cette fois, pour cet anniversaire-ci, ils ont fait l'effort de laisser les mots passer, pour tenter de rendre l'horreur à sa réalité pour partie incommunicable. Le temps passant, il était urgent qu'ils arrivent à parler, à témoigner. Un rescapé a bien expliqué dans l'émission Mots croisés sur France 2 qu'il ne pouvait que livrer son témoignage, qu'ensuite seulement cela deviendrait de l'histoire et qu'il ne savait pas ce qu'il en serait fait. Ce fut, de ce point de vue, un moment paradoxal, où dans le même temps s'exprimaient des témoins et des historiens .

Ce que tous ont permis c'est qu'ils ont donné corps, par leur parole, au passé commun des générations d'après guerre. Car, tous, nolens volens, nous avons hérité de ce lourd et douloureux passé. Recouvert ou non d'un silence complexe, il est là, pesant d'un poids qui reste à mesurer.

Dans la même émission, le philosophe Heinz Wisman, a dit combien les enfants de la guerre et de l'après-guerre en Allemagne n'en finissaient pas de souffrir du passé de leur pays et de leurs parents, tous soumis à l'interrogation terrible de leur implication. Il n'y avait pour ceux que deux(...)


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