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Andromaque et Racine, le choix de Muriel Mayette pour la Comédie française

L’administrateur de la Comédie française évoque avec passion ce chef d’oeuvre ; entretien avec Jacques Paugam

Pour évoquer Andromaque, chef d’œuvre de Racine actuellement joué à la Comédie française, Jacques Paugam reçoit Muriel Mayette, première femme administrateur de la prestigieuse institution, qui nous livre les raisons pour lesquelles elle a choisi cette pièce : œuvre intemporelle dotée d’une grande poésie, et d’une impressionnante actualité. « Dans ces périodes d’inquiétude et de mutation de nos sociétés nous avons besoin d’un rendez-vous avec les grands poètes et Racine est l’un des plus grands dramaturges de langue française. »


J.P. : Pourquoi avoir décidé de monter à nouveau "Andromaque", la pièce de Racine la plus représentée dans l’histoire de la Comédie française ?

M.M. : Pour mille raisons, d’abord parce que cela fait très longtemps que l’on ne l’a pas donnée à la Comédie française. Mais essentiellement parce que c’est une pièce d’après guerre et que la problématique est posée entre le pouvoir et le cœur. Cette grande contradiction, cette difficile cohabitation des sentiments est, de tous temps, mais plus que jamais aujourd’hui, d’une actualité impressionnante. Dans ces périodes d’inquiétude et de mutation de nos sociétés nous avons besoin d’avoir rendez vous avec les grands poètes et Racine est l’un des plus grands dramaturges de langue française. Parce que la poésie dit ce que la raison ou les grands discours ne savent qu’effleurer. Et Racine nous donne accès à la contradiction de nos âmes. C’est aussi, étrangement, une pièce extrêmement politique.




J.P. : Vous parliez de guerre et actuellement il y a à l’affiche au théâtre Dejazet le spectacle de Jérôme Savary sur Boris Vian. Quand on voit ces deux pièces à quelques jours d’intervalle, on s'aperçoit que Racine rend compte de l’horreur de la guerre. La guerre rend barbare. Il l'a dit bien avant l'auteur du "Déserteur".

M.M. : Andromaque se situe une année après la guerre de Troie. Les Troyens sont décimés. Pyrrhus sort victorieux de cette guerre épouvantable traumatisante dont les héros se battent à mains nues. Lui ne se remet pas du chaos qu’il a créé, dont il est le héros, et tombe amoureux, comme par hasard, de la seule rescapée de ce peuple qu’il a lui-même décimé, Andromaque, la femme d’Hector, la reine de Troie, dans une volonté d’effacer l’horreur qu’il a fait subir aux Troyens, dans l’espoir fou de tourner la page et d’acquérir le pardon. Mais personne ne le lui accorde, à commencer par Andromaque qui reste accrochée à son peuple, à son passé et à son mari mort, Hector. Pyrrhus est un héros broyé. Il revisite les cadavres dont il est responsable et ne cesse de ressasser la violence dont il a été le maître.

J.P. : Paradoxalement il en devient touchant...


M.M. : C’est(...)


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