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"Musique, que me veux-tu ?" : Jean-Sébastien Bach, l’angoisse et le doute

La chronique musicale de Gilles Cantagrel, correspondant de l’Académie des Beaux-Arts

Partagez un moment de plaisir musical grâce à Gilles Cantagrel : "Le problème est là tout entier : on ne sait rien pratiquement de la vie de Jean-Sébastien Bach, très peu d’anecdotes nous sont parvenues, mais il faut dire que nous disposons de l’essentiel puisque nous avons sa musique, d’où cette question que je ne cesse de me poser depuis des décennies : Musique, que me veux-tu ? Que va m’apprendre la musique sur l’homme ? Ensuite, je peux extrapoler, faire de la grammaire générative et poser la question essentielle, fondamentale : l’homme étant ce que sa musique décrit, quelle est cette fracture au fond de lui ?


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Il est tout à fait étrange de parler d’angoisse et de doute lorsque l’on garde en mémoire le portrait officiel de Jean-Sébastien Bach vieillissant à Leipzig, engoncé dans son habit noir, le visage envahi par la couperose, nous tendant d’un air rogue un petit canon d’un air énigmatique, tel un rébus qu’il nous demanderait de déchiffrer…
C’est avant tout cette représentation du musicien alourdi par l’âge, entouré de toute sa progéniture créant des cantates et des concertos comme un bon vieux pommier donne des pommes, se levant le matin avec une bonne foi du charbonnier bien installée, complètement étrangère à tout doute métaphysique, qui nous vient à l’esprit à l’évocation du seul nom de Jean-Sébastien Bach…
Ceci est donc l’image véhiculée en grande partie par ce portrait officiel et que l’on s’est faite du personnage au cours des siècles, parce que sa musique semble affirmer une foi et une existence sereines, paisibles, robustes…
Et d’ailleurs, il suffirait pour s’en rendre compte, d’écouter cette affirmation de la foi « Je crois en un seul Dieu » qui est le début du Credo de sa Messe en si mineur.


Mais il y a aussi dans cette même œuvre le « Et expecto » de la fin du Credo de cette même Messe en si mineur qui est un passage sombre, une sorte de tunnel sans issue ou de puits sans fond, qui nous plonge dans le noir total ; c’est le voyage de l’âme au bout de la nuit ; au début du Credo, nous avions une affirmation de foi et au moment où Bach écrit « j’attends la résurrection des morts » à la fin de ce même Credo, la terrible question se pose : ma foi ne reposerait-t-elle pas sur du sable ?


Je pense que la première rupture psychique que l’on peut détecter chez Jean-Sébastien Bach fut causée par la mort de sa mère. Le jeune Bach vit ce drame à l’âge de 9 ans ; il est le petit dernier de la famille, les frères et sœurs aînés sont déjà partis, il ne reste que deux frères au foyer. Il voit sa mère mourir sous ses yeux…
Son père se remarie, c’était la triste réalité de l’époque, il fallait assurer la survie de l’espèce, mais ce dernier va mourir à son tour moins d’un an après la mort de son épouse !
Le petit Jean-Sébastien n’a pas encore 10 ans et voilà le petit dernier de cette lignée Bach, orphelin de mère et de(...)


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