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Raymond Boudon : Que signifie donner le pouvoir au peuple ?

Une communication lue en séance à l’Académie des sciences morales et politiques en 2010
Raymond Boudon développe la notion de "spectateur impartial" dans une démocratie représentative et un commentaire sur l’effet Schumpeter. L’une des questions cruciales de notre démocratie reste la place et l’importance des groupes d’influence, la tyrannie des minorités actives, par rapport à l’opinion publique et à la majorité silencieuse. La démocratie représentative reste donc toujours à améliorer...


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Cette communication, rédigée par Raymond Boudon, mais empêché au dernier moment, a été lue par son confrère Jean Baechler. Elle s’inscrit dans le programme de l’année 2010 dont le thème choisi par le président Jean Mesnard est "la démocratie". Le texte ci-dessous offre un résumé de cette communication. On peut lire l’intégralité du texte de R. Boudon sur le site de l’Académie http://www.asmp.fr/travaux/communications/2010_09_27_boudon.htm

Raymond Boudon s’est d’abord appliqué à définir la notion du "spectateur impartial", appellation dûe à Adam Smith : "Elle est un outil indispensable à l’explication d’innombrables phénomèns politiques et sociaux... elle me paraît fournir la clé de la solidité de la démocratie représentative".

Qu’est-ce que le spectateur impartial ? Raymond Boudon en donne ici une explication simple : c’est le citoyen quelconque dont on peut supposer que, sur telle ou telle question, il échappe à ses passions et à ses intérêts. Or, sur bien des sujet émaillant la vie de la Cité, le citoyen quelconque est effectivement dans la position du spectateur impartial. D’autre part, bien des sujets n’impliquent pas la maîtrise de connaissances particulières. On peut donc supposer que, si l’on consulte le public sur ces sujets, nombre d’individus tendront à donner une réponse inspirée par le bon sens.

Et Raymond Boudon, après avoir précisé cette notion de bon sens, et rappelé que le spectateur n’est pas un acteur, conclut : "La notion de spectateur impartial implique que, dans une démocratie représentative, le pouvoir appartient bien au peuple, puisque l’opinion publique y joue sur le moyen et le long terme un rôle crucial dans la sélection des idées, des mesures ou des institutions nouvelles qui lui sont proposées et que sur bien des sujets elle a la capacité de faire preuve de bon sens."

Mais ce modèle du spectateur impartial est-il réaliste ? Ecoutez la réponse proposée par R. Boudon qui cite alors plusieurs exemples : le cas Polanski, le procès du sang contaminé, l’opinion publique sur les inégalités et les privilèges (parachutes dorés ou bouclier fiscal).

La volonté générale est-elle toujours la volonté de tous ? Raymond Boudon revient sur l’objection de Schumpeter selon laquelle la théorie du spectateur impartial produirait une vision trop optimiste de la vie démocartique.

Puis Raymond Boudon aborde une question sociologique cruciale : celle de la tyrannie de la majorité, pour faire remarquer immédiatement qu’il faudrait plutôt craindre celle des minorités agissantes. Il rappelle qu’un économiste et sociologue américain, Mancur Olson, a démontré que lorsqu’un petit groupe organisé cherche à imposer ses intérêtes ou ses idées à un grand groupe non organisé, il a de bonnes chances d’y parvenir... "Bien des gouvernements se montrent sensibles aux exigences des groupes d’influence et imposent en bien des cas au public des vues que celui-ci ne partage pas... "

En conclusion, Raymond Boudon affirme qu’il n’y a pas lieu de chercher à substituer à la démocratie représentative des formes de démocratie supposées supérieures (démocratie délibérative ou participative). Mais que l’on peut toujours chercher à l’améliorer. "La médecine la plus efficace contre la tyrannie des groupes d’influence consiste en une application exigeante des principes fondamentaux du libéralisme politique : notamment le principe de la séparation des pouvoirs . "

"Malheureusement, une autre exception française, le pouvoir attribué par le monde politique français à la com, une notion qui intronise une redoutable confusion entre persuader et convaincre,... jette des doutes sur la considération qu’il accorde au spectateur impartial, puisque cette notion -la com- est porteuse d’une représentation aussi méprisante qu’erronée du citoyen, représentation selon laquelle celui-ci serait manipulable à merci."

Ecouter d’autres émissions avec Raymond Boudon :

- Raymond Boudon, lauréat du Prix Tocqueville 2008
- Le spectateur impartial, expliqué par Raymond Boudon
- Boudon : discrimination positive et égalité des droits
- Raymond Boudon face à lui-même
- Raymond Boudon pourfend la démocratie participative
- 4 moments de la vie de Raymond Boudon (1/4)

A lire :

- l’ouvrage de Raymond Boudon "La sociologie comme science" paru, dans la collection Repères aux éditions La Découverte, 2010.






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