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L’Essentiel avec... Marc Fumaroli, de l’Académie française et de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres

L’essayiste et historien va à l’essentiel avec Jacques Paugam
Marc Fumaroli, membre de l’Académie française depuis 1995, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres depuis 1998 et professeur au Collège de France, semble estimer que c’est presque par hasard qu’il est parvenu au sommet des distinctions intellectuelles françaises. Mais le destin est souvent facilité par le talent et la curiosité ; des vertus qui trouvent à nouveau leur preuve dans cet entretien avec Jacques Paugam, dans le cadre de sa rubrique « L’Essentiel avec... »


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Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : HAB596
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/hab596.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 19 septembre 2010

1 - Dans votre itinéraire, votre carrière, quel a été à vos yeux le moment essentiel ?

Marc Fumaroli dit ne pas vouloir affubler du terme de "carrière" ce qu’il présente humblement comme une suite de hasards saisis au fil de sa passion, l’enseignement.

« Étant un naïf, j’ai suivi ma vocation. J’ai fait ce qu’il fallait pour enseigner, pour changer de lieu au moment où les choses se décidaient ainsi, je me suis fait connaître sans le chercher, j’ai publié, et de fil en aiguille je me suis retrouvé, à ma grande stupeur, d’abord à la Sorbonne, puis au Collège de France. Quant à l’Académie française c’était encore plus stupéfiant. Il faut croire qu’à force d’avoir des modèles et de les imiter, on finit par leur ressembler ! »

La porte de Bab Bou Jeloud, à Fès (Maroc)
La porte de Bab Bou Jeloud, à Fès (Maroc)

Élevé à Fès, Marc Fumaroli était un enfant inhabituel, qui à 12 ans riait en lisant Molière et était volontiers bouleversé par Corneille. Ces lectures développent très tôt chez lui une passion pour les XVIe-XVIIe siècles. Une capacité à vivre mentalement dans plusieurs époques à la fois qu’il n’a eu de cesse de cultiver, entretenant du même coup un salvateur recul et une forme de sagesse sans que la modernité le rebute.

« C’est plutôt la confusion faite entre "moderne" et "contemporain" [qui me gêne]. Je comprends qu’on soit moderne, c’est-à-dire en conflit contre les conventions, contre ce qui est desséché ; le moderne, c’est la volonté de surprendre, de découvrir quelque chose d’inédit. Mais de là à confondre, de là à prétendre que les choses contemporaines ont par définition une valeur, c’est supprimer tout jugement de valeur et renoncer d’avance à établir une hiérarchie entre ce qui vaut la peine et ce qui n’en vaut pas, ce qui est nourrissant ou desséchant. »

Venise au XVIIe siècle
Venise au XVIIe siècle

2 - Dans le domaine d’activité qui est le vôtre, qu’est-ce qui vous paraît essentiel à dire ?

« Le XVIIe siècle mène à tout, à condition d’en sortir ».

Une rare modestie

« Je me suis déjà dit que je pourrais raconter ma vie dans des mémoires, écrire des fragments autobiographiques, je m’y suis même engagé à deux ou trois reprises. Et puis… Ça m’a ennuyé considérablement ! Quoi, je vis tous les jours avec ce personnage, et il faudrait encore par-dessus le marché que je fasse sa publicité, que je le farde, que je le coiffe, que je le dorlote ? Non, alors qu’il y a encore tellement de gens inconnus à découvrir, je n’ai pas envie de m’enfoncer dans mon propre personnage ».

Et d’expliquer pourquoi il compare la langue française à une femme…

3 - Dans notre société aujourd’hui, qu’est-ce qui vous paraît essentiel à dire ?

Marc Fumaroli s’étonne : à une époque où l’on a tous les moyens d’être plus heureux que nos prédécesseurs, nous cultivons une tonalité générale sinistre. La noirceur, l’ironie « méphitique » règnent en maître alors que tout, dans notre époque de paix, appelle à une ouverture des esprits et à une facilité de vie. « Chaque fois qu’il y a eu un moment de répit dans l’histoire de l’homme, il a été comme troublé par une sorte de remords, de gêne à bénéficier de cet avantage. Il y a peut-être une incapacité humaine à être heureux. Quand les conditions matérielles du bonheur existent, on s’arrange pour le ronger et le gâcher. »

4 - La plus grande hypocrisie de notre temps ?

« Prétendre que l’État puisse être le grand régulateur culturel de notre société. » Néanmoins, il convient qu’il soit normal d’attendre de l’État qu’il remplisse certains devoirs envers l’éducation des citoyens, le patrimoine, les différents arts ; l’État doit suggérer des critères de qualité.

5 - L’événement ou la tendance de ces dernières années qui vous laisse le plus d’espoir ?

« Ce qui me paraît le plus réconfortant, c’est que ces nouvelles générations me semblent très sympathiques. Elles ne sont peut-être pas magnifiquement formées, mais elles ont tous les éléments pour devenir moins compliquées, moins farcies d’idéologies, de préjugés, de politiquement correct que les générations précédentes, héritières de ces terribles périodes de guerre. »

6 - Quel a été le plus grand échec de votre vie et comment avez-vous tenté de le surmonter ?

« J’ai eu de la chance de ne pas connaître d’échec qui m’ait brisé. La ‘’Fortuna’’ a veillé sur moi et m’a empêché de connaître ce genre d’impasses. Les seuls événements très graves que j’aie connus se sont retournés en excellentes occasions. J’ai eu plusieurs accidents de voiture qui auraient dû me tuer, dont je me suis tiré sans égratignures ; et chaque fois il m’a semblé nouer un nouveau contrat : que tout ce temps qui m’était donné était un luxe, avec lequel je pouvais me déployer avec infiniment plus de liberté. Ces accidents m’ont donné le rebond nécessaire. »

7 - Aujourd’hui, quelle est votre motivation essentielle dans la vie ?

« Faire très bien ce que j’ai encore la force de faire… »

La force de l’érudition, c’est qu’elle permet de s’élever au-dessus de la tempête permanente d’une actualité aveugle sur elle-même. Condition nécessaire, mais non suffisante au bonheur : « J’ai essayé de ne pas être un pur et simple savant, érudit, professeur, et de m’appuyer sur toutes ces activités pour mûrir intérieurement », résume Fumaroli. « Je ne sais pas si j’ai réussi, mais en tout cas ça ne m’a pas rendu trop malheureux. »

Un éloge de la beauté et de l’érudition, par un modèle d’humilité et de culture.

En savoir plus :

Fiche de Marc Fumaroli sur le site de l’Académie française

Fiche sur le site de l’Académie des inscriptions et belles-lettres

Les dernières œuvres de Marc Fumaroli :

Peinture et Pouvoirs aux XVIIe et XVIIIe siècles : de Rome à Paris, Faton, 2007.

Paris-New York et retour, Voyage dans les arts et les images Journal 2007-2008, Fayard, 2009.

Chateaubriand et Rousseau, Conférence au Collège de France 1995, CD audio, Ed. Le Livre Qui Parle, 2009.

Discours de réception de Jean Clair à l’Académie Française et réponse de Marc Fumaroli, Gallimard, 2009.

Le Big bang et après ?, avec Alexandre Adler, Blandine Kriegel et Trinh Xuan Thuan, Albin Michel, 2010.






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