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Les contes de Canterbury et autres premiers grands textes en langue anglaise, avec l’académicien André Crépin

Les œuvres complètes de Geoffrey Chaucer, une édition d’André Crépin, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres
André Crépin a dirigé l’édition critique des œuvres complètes de Geoffrey Chaucer. L’écrivain d’Angleterre, le plus célèbre après Shakespeare, a donné toutes ses lettres de noblesse à la langue anglaise au XIVe siècle : retour sur la naissance de l’anglais à travers les œuvres complètes de Chaucer, l’auteur des fameux contes de Canterbury et de tant d’autres. Un angle rare pour lire les textes d’humour, parodiques ou très sérieux de ce "Socrate chrétien" d’outre-Manche.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : PAG809
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pag809.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 19 septembre 2010

Quel fut l’apport de l’œuvre, son originalité ? Comment expliquer son succès au fil des siècles ? Féministe, Chaucer ? Découvrez dans cette émission avec André Crépin, la vision chrétienne sur l’antiquité païenne de cet écrivain anglais : un message nuancé pour ce pionnier en Angleterre, qui avait l’hypocrisie sociale en détestation. Découvrez parmi ses écrits moins connus : Troïlus et Criseyde, une histoire originale de Mars et Vénus, Le conte des trois loubards, Le conte du vendeur d’Indulgences.


Les Éditions Robert Laffont, publient en 2010, dans la collection Bouquins, une édition des œuvres complètes de Geoffrey Chaucer, pour la première fois réunies, en français. Le poète anglais le plus célèbre après Shakespeare bénéficie de la dernière moisson scientifique des plus grands spécialistes francophones. De nouvelles traductions et une édition critique, sont ici rassemblées sous la direction d’André Crépin, l’un des meilleurs anglicistes français. Linguiste et médiéviste, il est membre de l’Académie de inscriptions et belles-lettres.

Il est des monuments de la littérature dont on se demande comment éditeurs, écrivains et chercheurs arrivent à bout. C’est probablement le secret de la force des œuvres à caractères universel à travers le temps, dont les adeptes, universitaires ou simples lecteurs, ne se fatiguent jamais. Sont donc ici réunis en un même volume : Les contes de Canterbury, des extraits de la traduction du Roman de la Rose, prêtée à Chaucer, une œuvre littéraire qui imprègne toute son œuvre de poète. On y trouve aussi des poèmes en français attribuables à Chaucer, Le livre de la duchesse, Le palais de la renommée, Anélide et Le traître Arcite, Le parlement des oiseaux, un Boèce, Troïlus et Criseyde, La légende des dames vertueuses, Poésies diverses, Traité de l’astrolabe, et Le traité de l’équatoire des planètes. Des titres enchanteurs qui font la part grande à des thèmes classiques comme l’amour ou la mort mais montrent aussi la volonté de cet humaniste du XIVe siècle de chercher à traduire en sa langue, avec la même passion, les avancées scientifiques de son temps au même titre que la poésie et les grandes œuvres qu’il admirait.


André Crépin à l’âge de 82 ans propose un regard moderne et subtil du grand poète Geoffrey Chaucer (1343-1400), écrivain, poète, soldat, diplomate anglais, aux vies multiples, connu surtout pour être l’auteur des Contes de Canterbury, inspiré du Décaméron de Boccace qu’il admirait et dont le poète était contemporain. L’œuvre inachevée comporte 21 contes dont les narrateurs sont des pèlerins en route vers la cathédrale de Canterbury. La plus célèbre des églises d’Angleterre, cœur de l’Église anglicane, également connue pour le meurtre de Thomas Becket, l’un de ses 4 archevêques assassinés dans son enceinte, au cours du versant noir de l’histoire de la cathédrale. De toute l’Angleterre, les pèlerins accouraient pour se recueillir devant le tombeau du prélat assassiné sur lequel se produisaient, disait-on, des miracles. L’œuvre ne fut éditée pour la première fois dans sa totalité qu’en 1478, soit, près de 70 ans après la mort du poète.

Geoffrey Chaucer, chevalier au service d’Édouard III, ayant occupé plusieurs postes à la cour, est considéré comme le père de la poésie anglaise. Une position légitime acquise officiellement à la fin du XVIIe siècle pour ce poète qui commença à écrire tardivement, à l’âge de 31 ans, dans une langue que les spécialistes classifient dans la rubrique « vieil anglais ».

En découvrant l’œuvre de Chaucer plus en détails, grâce à cette publication, on mesure la profondeur, la variété et l’originalité de l’œuvre. La profusion de ses écrits en prose et en vers a nourri la liste des œuvres qu’on lui attribue. Le poète, traducteur du Roman de la Rose a probablement laissé des poèmes en français. Il est venu plusieurs fois en France et porte d’ailleurs un nom français, « chaussier ». A leur tour, les traducteurs réunis par André Crépin ont jugé bon d’offrir en français des poèmes qui pourraient être de Chaucer. Ainsi, les lecteurs du XXIe siècle découvrent-ils le visage original de ce classique anglais, proche cousin de la littérature médiévale française. Ce voyage dans les racines européennes de la littérature débarrasse l’œuvre de Chaucer d’une série de préjugés bien ancrés. Tout d’abord son œuvre ne se limite pas aux seuls Contes de Canterbury, ni à des écrits scabreux. L’œuvre est à la fois joyeuse et sérieuse, faite « de réflexions sur la joie et les peines de l’amour, la liberté humaine et le déterminisme de la nature, sur les démarches de la science, sur les maux de la société, sur la responsabilité et l’art de l’écrivain », dit André Crépin.

Comme Dante, dont il a voulu suivre l’exemple, Chaucer a privilégié « sa langue nationale », l’anglais commun, abandonnant le latin des savants et le français, à l’époque, sorte de seconde langue officielle de l’Angleterre et alors langue de culture internationale. Les Français et même le très honorable Voltaire semblent avoir joué à cache-cache avec Chaucer, oublié, mal connu, ignoré.

Par la fréquentation des grands de son temps, il fait songer à La Fontaine mais le dépasse, comme le rappelle André Crépin dans sa très belle introduction qui manie sérieux et ironie joyeuse chère à l’auteur auquel il a consacré l’essentiel de ses travaux. Chaucer diffère de notre fameux fabuliste. Son but ultime est de plaire et d’instruire, mais il se garde de conclure. Il instruit à la manière de Socrate, en obligeant à réfléchir. Dans ce Moyen Âge où les hommes dominent en tout, c’est aux femmes que Chaucer s’adresse. Un regard bien moderne et audacieux qu’André Crépin nous révèle, le regard d’un auteur qui doute, qui questionne et qui met l’art en question. Selon la très belle formule d’André Crépin, les présentes traductions rassemblées dans ce volume des éditions Bouquins vous feront découvrir Chaucer, « un Socrate chrétien ».

En savoir plus

- André Crépin est membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

André Crépin, membre de l'Institut, académie des Inscriptions et belles-lettres, 25 juin 2010
André Crépin, membre de l’Institut, académie des Inscriptions et belles-lettres, 25 juin 2010
© Canal Académie

André Crépin (né en 1928) a été élu en 2002 à l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Ce philologue, spécialiste de la littérature anglaise médiévale, très exactement de la poétique-vieil anglais, connaît tout de l’histoire de la langue anglaise, de Geoffrey Chaucer et du poème épique de Beowulf.







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