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Les sciences humaines et sociales ont-elles un avenir dans l’édition ?

par Michel Prigent, une communication devant l’Académie des sciences morales et politiques
Michel Prigent, président du directoire des éditions PUF, a dressé un panorama de la situation de l’édition française en sciences humaines et sociales, le lundi 31 mai 2010, devant les membres de l’Académie des sciences morales et politiques réunis en séance.


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Référence : ES583
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/es583.mp3
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Date de mise en ligne : 15 août 2010

L’intervenant qui a occupé plusieurs fonctions importantes dans la sphère de l’édition, a choisi de donner une rétrospective historique en soulignant les 4 périodes connues par les sciences humaines et sociales :
- la période des pionniers, entre 1945 et 1950
- la période de la conquête du marché, entre 50 et 67
- la période des doutes déconstructeurs, entre 78 et 86
- la période actuelles des périls et des remises en cause

1 - Pour décrire la première période, il n’a eu qu’à citer quelques grands noms, d’auteurs, de revues, d’institutions qui se sont mises en place : Création de la revue des Temps modernes de Sartre, de celle des Annales, création des éditions du Seuil, lancement du Lagarde et Michard, lancement aussi du Nouvel Observateur, et ouverture de la VI è section de l’Ecole pratique des hautes études.

2 - la période de la conquête est celle d’un mouvement social et démographique qui crée les bases d’un grand marché (la démographie universitaire notamment a explosé avec un accroissement des étudiants et des professeurs, premiers consommateurs de livres de sciences humaines et sociales). On voit apparaître une démocratisation notamment avec les livres de poche (collection "Que sais-je ?" par exemple). La collection "Idées" chez Gallimard lance en premiers titres Sartre, Camus et Freud. La "Petite Bibliothèque Payot" propose les grands auteurs. Les textes majeurs sont disponibles au grand public. On entre alors dans une période de massification. Les structures sont désormais en place pour une diffusion massive du livre. Les revues sont en hausse. Les débats des sciences humaines sont portés à la connaissance du grand public. Le Magazine Littéraire par exemple n’hésite pas à les véhiculer.

3 - Mais vient le temps des doutes. C’est l’époque de la chute du Mur et avec lui, la chute des grandes illusions. Aron et Casanova créent la revue "Commentaires". Le premier salon du livre ouvre ses portes. Et, en 81, est promulguée la loi sur le prix unique du livre. L’année 82 est déterminante : tous les éditeurs se mettent à penser en dictionnaires ! Comme s’il fallait remettre de l’ordre et du classement dans les sciences humaines. Partout, on sent des craquements, des fissures...Et en 85, Marcel Gauchet peut parler d’un "désenchantement du monde".

4 - Ces trois périodes ne pouvaient que conduire à une décennie "épouvantable" pour l’édition : chiffres d’affaires en baisse, nombre de titres publiés en forte hausse, marges bénéficiaires réduites et concentrations capitalistiques de plus en plus fréquentes. C’est alors le début de la révolution numérique.

Jusqu’alors, tout était clair : l’édition était composée de textes, d’auteurs, d’éditeurs et de lecteurs. Soudain, elle s’appelle Amazon, Google, e-pod, androïde, windows... bref, il n’y a plus de nom d’éditeurs ni d’auteurs. S’ouvre l’ère de la dématérialisation et de la numérisation. Le vocabulaire lui-même traduit ce changement, il devient quasi religieux : on parle de "conversion " au numérique.

Michel Prigent pose la question de savoir si cette conversion peut être une chance pour l’édition en sciences humaines et souligne les problèmes qui sont de retour : le droit d’auteur (dans un monde prétendument de gratuité) et surtout, le repérage des sources : quand tout est en ligne, quand tout se vaut, quand on ne sait plus qui écrit quoi, comment évaluer ?

Les éditeurs en sciences humaines vont donc être amenés à reconstruire : on avait annoncé la mort de Dieu, en édition, il ne s’est jamais si bien porté ! On avait prédit un moindre intérêt pour l’Histoire : en édition, on vient de republier Michelet (17 volumes) et même Lavisse (27 volumes) ! La psychanalyse était annoncée moribonde, et voilà que Freud est relu dans de nouvelles traductions... L’éthique revient au premier plan.

Michel Prigent refuse le déclinisme et le pessimisme. L’édition reste une aventure, celle du numérique. Et elle a toujours des racines : les auteurs et les textes.

En savoir plus sur l’intervenant :

http://www.puf.com/wiki/Auteur :Michel_Prigent

A écouter aussi sur Canal Académie :
- Michel Prigent : Quel avenir pour l’édition en France ?
- Histoire de la France littéraire






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