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Le mythe du Bon Roi Henri : entre histoire et légende au fil des siècles
Avec Jacques Perot, Président de la Société Henri IV
Retour sur le mythe du « bon roi Henri » à travers l’image d’Henri IV véhiculée par l’histoire et la légende au cours des quatre siècles qui nous séparent de sa mort. Pourquoi et comment Henri IV demeure-il présent dans nos mémoires ? Jacques Perot revient sur les oraisons funèbres, les œuvres des mémorialistes et les ouvrages des historiens qui ont contribué à installer la légende du roi.
Le temps de l’émotion : déplorations et mémoires
- Les premiers témoignages sur la vie du roi furent les déplorations, comme les nombreuses oraisons funèbres. On en connaît au moins trente-huit, dues à des prédicateurs souvent provinciaux. G. du Peyrat, aumônier du roi, en a publié trente-deux en un volume édité en 1611. Les titres sont de circonstance : Déplorations, Discours lamentables, Larmes et sanglots de la désolée France, Recueil de vers lugubres, La Chemise sanglante. Ces oraisons funèbres, prononcées devant des publics nombreux ont contribué à « établir la tradition orale du mythe d’Henri IV » (J. Hennequin, Henri IV dans ses oraisons funèbres ou la naissance d’une légende, 1977). Prononcés par des ecclésiastiques, ces discours montrent un roi pieux et dévot qui est soutenu par la volonté divine, mais aussi un roi vainqueur, père du peuple et clément.
- Après les oraisons funèbres vient l’œuvre des mémorialistes ; elle est capitale. Acteurs et témoins du règne, leur témoignage est de première main. Tel est le cas d’Agrippa d’Aubigné qui fut un acteur huguenot de la geste henricienne, ayant passé de longues années à chevaucher auprès du roi de Navarre. Homme de conviction, il fut un témoin privilégié, ce qui n’exclut pas une certaine partialité.
L’autre témoignage majeur est celui de Sully avec ces Mémoires des sages et royales œconomies d'Estat... de Henry le Grand,... et des servitudes utiles, obéissances convenables et administrations loyales de Maximilian de Béthune,... dont la première édition date de 1638 et fut publiée clandestinement au château de Sully. La forme même de ces mémoires est originale : rédigés à la deuxième personne, Sully s’y fait raconter sa vie par ses secrétaires. Il peut ainsi s'adresser des éloges ou au contraire passer d’autres faits sous silence. S’il faut se servir avec précaution des Œconomies royales, ces mémoires n'en gardent pas moins, en raison de la personnalité de l'auteur, une valeur historique de premier ordre. Au temps des mémorialistes succède celui de(...)
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