Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

Quand la Russie, l’Autriche, la Prusse signaient la Sainte-Alliance en 1815...

L’oeuvre politique et religieuse d’Alexandre Stourdza (1791-1854), un livre de Stella Ghervas, prix Guizot 2009 de l’Académe française

Stella Ghervas présente la pensée politique et religieuse d’Alexandre Stourdza. Personnage malheureusement oublié dans l’Histoire des idées, il fut cependant l’inspirateur de la Sainte-Alliance, pilier de la politique d’Alexandre Ier de Russie, mais aussi un fervent défenseur de l’orthodoxie. Son œuvre foisonnante et paradoxale est révélatrice de la volonté russe de réinventer une tradition ébranlée par l’héritage des Lumières. Pour le livre qu’elle lui a consacré, Stella Ghervas a obtenu la médaille d’argent du Prix Guizot 2009 de l’Académie française.


Bookmark and Share

Évoquer l'œuvre d'Alexandre Stourdza, comme le fait Stella Ghervas dans son livre Réinventer la tradition (Éditions Honoré Champion), nous oblige tout d'abord à nous situer dans un contexte : celui de cette Russie qui, dans un élan patriotique et religieux, résiste à l'expansion napoléonienne. Par ailleurs, nous ne pouvons guère comprendre cette vie complexe en gardant à l'esprit une vision nationale de l'Europe. En effet, né dans la principauté de Moldavie d'une mère grecque et d'un père moldave, Alexandre Stourdza (1791–1854) vit dans un milieu véritablement cosmopolite et multiculturel. « Diplomate au service du tsar Alexandre Ier à partir de 1809, il est surtout connu comme un des rédacteurs du projet de la Sainte-Alliance, mais son intérêt historique tient aussi au témoignage qu’il apporte sur l’identité européenne au début du XIXe siècle et sur les différents clivages qui la traversent ». Il incarne donc « cette Europe sans frontières dont le Congrès de Vienne a ratifié la fin ».

Ce serait une erreur cependant de considérer son œuvre et son influence politique comme réactionnaire et uniquement mystique. Certes d'inspiration religieuse, la Sainte-Alliance professe une forme d'œcuménisme avant la lettre, fondée toutefois sur l'expérience et l'empirisme politique. Il faut tirer du travail de Stella Ghervas la même leçon que donnait Georges-Henri Soutou à propos d'une Europe qui serait née après 1945. La politique des tsars, mais aussi des chefs d'État qui signèrent la Sainte-Alliance, témoignent de la volonté de créer un ordre européen dont les racines remontent aux Traités de Westphalie et peut-être bien au-delà. Elle révèle aussi enfin la volonté d'inscrire cet ordre sous le regard du divin, ce qui constitue à l'époque un véritable choix de civilisation. En 1847, Stourza écrit dans son Journal d'un voyageur sans désir : « L'industrie, avec un cœur de glace et avec une tête dure, tend la main et montre le chemin aux enfants frivoles du XIXe siècle. Elle se tait, car les chiffres lui tiennent lieu de parole humaine, car l'homme est pour elle un consommateur ou un tas de marchandises ». En cette période de crise et(...)


© Canal Académie - Tous droits réservés

Notez cette émission :

Pour poursuivre la lecture de cet article et écouter cette émission,
devenez membre du Club pour 23€, soit moins de 2€ par mois. abonnez-vous ici Déjà abonné ? identifiez-vous

Commentaires