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Journal d’une saison sans mémoire de Silvia Baron Supervielle

La chronique de Jean Mauduit sur les femmes écrivains

Jean Mauduit a lu Journal d’une saison sans mémoire de l’écrivain, poète et traductrice d’origine argentine, Silvia Baron Supervielle. Elle écrit le présent, s’interdisant toute allusion au passé, et ce pari littéraire produit un texte d’une singulière beauté. Un livre dense à déguster par petites gorgées.


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L’auteur (e) se livre à ce que l’on pourrait appeler un exercice de style si le contenu de ce « Journal » n’était aussi riche. Silvia Baron Supervielle écrit en effet en s’interdisant toute référence au passé, c'est-à-dire aux souvenirs, les siens propres aussi bien que ceux qui relèvent de la mémoire collective. Elle écrit donc au présent et au sens plein du mot. Plus exactement elle écrit le présent : ses émotions, ses angoisses, le temps qu’il fait, la nature, le vol des oiseaux, la beauté des fleurs, et surtout, ses réflexions sur la vie, la mort, l’amour, elle-même.
Cette introspection produit de singulières beautés. Bien sûr, ce n’est pas « Splendeur et misère des courtisanes ». Des forçats évadés n’y sont pas traqués par des policiers presque aussi ténébreux qu’eux, et l’action ne rebondit pas de coup de théâtre en coup de théâtre, avec tout le respect et l’admiration que je porte à Balzac. Ce « Journal d’une saison sans mémoire » est un livre dense, à déguster par petites gorgées. Un livre à lire à et relire. En fait, ce « Journal » où les jours ont disparu et dont les chapitres ne se distinguent que par leur numération – première version, deuxième version, troisième version... il y en a sept comme les jours de la semaine – est un essai, de fibre philosophique et poétique. Et c’est beau.

Pourquoi cette volonté de l’auteur de s’interdire toute allusion au passé ? Parce que le passé ne peut-être que nostalgie ou remords. Il nous divise contre nous-mêmes. De toute façon il nous échappe ; nous le vivons au présent ; autrement dit nous le réinterprétons en fonction de nos affects de l’ « ici et maintenant ». Par définition, le présent est insaisissable. « Panta rhei », tout s’écoule, disait Héraclite d’Ephèse, pour qui les hommes sont emportés dans un changement incessant.

Silvia Baron confesse les difficultés que lui vaut son pari littéraire et philosophique : « Quelle est la durée du présent ? demande-t-elle. Celle de la concentration qu’il exige ? J’en ai la volonté mais je n’arrive pas à le faire durer plus d’une seconde ». Il est vrai que Bergson, cité par notre auteur, affirme que « Rien ne nous empêche de reporter aussi loin que possible en arrière la ligne de séparation entre notre présent(...)


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