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Titien, le chant du cygne par Philippe Beaussant, de l’Académie française

Entretien avec l’auteur sur les ultimes tableaux de Titien
Philippe Beaussant, de l’Académie française, admire tellement Titien qu’il consacre un ouvrage entier aux derniers tableaux du maître. Dans cette interview, il nous en offre un commentaire passionné, et nous fait comprendre pourquoi Titien modifie notre manière de regarder les portraits : "il a inventé le mystère des yeux" explique-t-il !


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : PAG716
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pag716.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 24 janvier 2010
Philippe Beaussant, élu à l'Académie française, le 15 novembre 2007
Philippe Beaussant, élu à l’Académie française, le 15 novembre 2007

Dans cette émission, allons-nous ensemble feuilleter un livre ou admirer des tableaux ? Avec Philippe Beaussant, de l’Académie française, il nous arrive toujours la même impression : on se croit dans un livre et voilà qu’on est aussi entraînés à écouter de la musique et à admirer de la peinture !

'Autoportrait' du Titien, vers 1562, huile sur toile, Staatliche Museen, Berlin
’Autoportrait’ du Titien, vers 1562, huile sur toile, Staatliche Museen, Berlin

Il nous avait déjà proposé ce même déroutant et fascinant tourbillon de l’histoire des arts, dans son inoubliable ouvrage Passages, de la Renaissance au Baroque. Le voici qui réitère avec ce nouvel ouvrage intitulé Titien ou le chant du cygne (paru chez Fayard fin 2009).

Philippe Beaussant raconte tout d’abord comment lui est venue cette idée de traiter des chants du cygne d’artistes qu’il aime : Bach, Strauss, Rembrandt et bien sûr, Titien. Il affirme avoir découvert "le chant du cygne" de Titien, par hasard, et ce fut « l’une des plus troublantes rencontres que j’aie jamais faites avec ce que l’on appelle une œuvre d’art ».

Histoire d’un tableau terrifiant

Le Supplice de Marsyas, 1575-76, musée national de Kromeriz,
Le Supplice de Marsyas, 1575-76, musée national de Kromeriz,

Le supplice de Marsyas, il l’a découvert dans un pays dont il ignorait tout, la Moravie. Quand Titien peint ce tableau il a 85 ans, en 1571 (il est mort en 1576). On y voit Apollon écorcher lui-même le pauvre satyre la tête en bas. Mais il est un personnage qui a fasciné Beaussant : le roi Midas à la fine couronne (le détail sert de couverture à son livre). Mais le plus extraordinaire, c’est que Midas, c’est Titien ! « Quel peintre à 85 ans, a jamais osé représenter son propre visage à l’instant où sont en train de lui pousser des oreilles d’âne » ?

Titien et l’art du portrait

Puis Philippe Beaussant nous fait comprendre comment Titien a révolutionné l’art du portrait : « l’art du portrait, Titien est en train de le transfigurer ; il réside d’abord dans le pouvoir de multiplier le mystère du regard. Titien invente le mystère des yeux. Il nous oblige à regarder d’une manière différente tout visage peint par lui ».

Et dans son livre, on lit à ce sujet :

Détail du portrait de Jacopo Strada , 1567 - 1568, Vienne, Kunsthistorisches Museum
Détail du portrait de Jacopo Strada , 1567 - 1568, Vienne, Kunsthistorisches Museum

« Comment se fait-il que des yeux peints par Titien nous obligent à nous interroger sur ce qu’a été, de son vivant, cette personne ? » et plus loin, « Pourquoi sommes-nous contraints par le pinceau de Titien à nous demander qui est cet homme-là ? Comment fait-il pour nous pénétrer nous-mêmes, simples visiteurs de musée, du trouble de ce personnage, au lieu de se contenter de nous laisser admirer la science de son pinceau ? »

Parmi les réponses de Philippe Beaussant, on trouve :
- « Ce peintre a un regard qui transperce tout ».
- « Représenter par des formes et des couleurs, ce qui, par définition ne se voit pas »
- « Titien ne montre plus, ne désigne plus, il suggère".

Quant à son ultime tableau, la piéta qui est dans l’église des jésuites à Venise (que Titien peint alors que la peste sévit dans la Sérénissime), Philippe Beaussant nous explique que l’artiste avait prévu cette oeuvre pour sa propre tombe et nous fait partager l’émotion qu’elle dégage.

La musique ? le Et expecto de Bach !






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