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Hervé Le Treut : face au changement climatique, à quelles valeurs tenons-nous ?

L’Essentiel... avec Hervé Le Treut, climatologue, de l’Académie des sciences, proposé par Jacques Paugam
Hervé Le Treut, climatologue, répond à sept questions essentielles concernant son parcours et ses convictions. Il y est évidemment question du réchauffement climatique mais aussi de la responsabilité de la science dans l’information rigoureuse des changements déjà amorcés et des valeurs auxquelles nous tenons pour traverser les crises futures. Il est l’invité de Jacques Paugam.


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Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : HAB561
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/hab561.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 15 novembre 2009

Spécialiste de la modélisation du climat, élu à l’Académie des sciences en 2005, docteur ès sciences, professeur à Polytechnique, Hervé Le Treut dirige l’Institut Pierre Simon Laplace qui fédère six laboratoires de recherches. Il est membre du GIEC, et compte parmi les personnalités qui étudient les questions liées au réchauffement climatique. Il a publié, en novembre 2009, un ouvrage Nouveau Climat sur la terre. Comprendre, prédire, réagir : Estimant que le temps de l’alerte est désormais derrière nous, il nous faut vivre dans un monde qui va connaître de profonds changements (climatiques mais d’autres ordres aussi).

Hervé Le Treut, climatologue, membre de l’Académie de sciences dans la section Sciences de l’univers.
Hervé Le Treut, climatologue, membre de l’Académie de sciences dans la section Sciences de l’univers.

Cette nouvelle rubrique, l’Essentiel, proposée par Jacques Paugam adopte le principe de poser sept questions essentielles, toujours les mêmes, pour chaque académicien.

1 - Dans votre carrrière, quel fut le moment essentiel ?

R : Peut-être une conférence en Sicile, en 1986, avec John Mitchell ; c’était la première fois que le sujet du réchauffement climatique s’imposait à moi. Ce n’est que progressivement que j’ai pris conscience du rôle que je pourrais jouer dans cette question. A l’époque, les modèles d’étude des climats futurs étaient "fragiles". Nous étions dans une phase d’alerte qui a duré une bonne dizaine d’années. Mais je me suis aussi senti "petit" parce que j’étais confronté à des problèmes de grande envergure.

2 - Aujourd’hui, dans votre propre activité, quel est l’essentiel à vos yeux ?

R : Conserver, dans tous ces débats, un esprit de sérieux et de précision. La science a un rôle à jouer, elle doit informer de manière rigoureuse. Il faut, certes, s’engager, mais en distinguant ce que nous savons de ce que nous ignorons. Elle est finie la tour d’ivoire des scientifiques. Il y a un devoir d’information et de formation.

3 - Plus généralement, dans ce domaine d’activité qui est le vôtre, la climatologie, qu’est-ce qui vous semble essentiel ?

R : La difficulté majeure est de partager des savoirs de nature différente (biologie, chimie, sociologie...) sans perdre la précision de chaque discipline. Aujourd’hui la communauté des climatologues s’accorde sur quelques points, notamment que les changements climatiques qui ont commencé, vont se mélanger à des fluctuations naturelles, et que, si on laisse faire, en 2050, le climat sera fortement altéré. Il faut donc agir dès maintenant. Le changement est comme un gros paquebot : on ne pourra pas l’arrêter d’un seul coup.

4 - Du point de vue de l’évolution du monde et de la société, quelles questions vous paraissent essentielles ?

R. Il faut savoir, quand on traverse des crises importantes, à quelles valeurs on tient. La vie sur terre n’est pas menacée par le changement climatique mais celui-ci risque de créer des tensions de plus en plus fortes. Or, il nous faudra traverser les futures crises dans le respect des valeurs d’humanisme, de droits de l’homme, de démocratie, etc. L’une de ces tensions pourra s’exercer par une confrontation entre le Sud et le Nord.

5 - Pour vous, quelle est la plus grande hypocrisie de notre temps ?

R. Je ne voudrais pas trop stigmatiser... Je pense qu’il existe une certaine forme d’inconscience de ce qu’est le temps dans ces questions de changement climatique. Ce qui est important ce n’est pas tant ce qui est déjà arrivé mais ce qui va se produire dans le futur. Je crains une certaine volonté de vivre au jour le jour, en refusant un regard lucide sur l’avenir, une sorte de politique de l’autruche...

6 - Quelle est l’événement ou la tendance apparue durant ces dernières années qui vous laisse le plus d’espoir ?

Le fait que la discussion sur ces questions existe fait partie des raisons d’espérer. Certes, les sommets tels que Kyoto ou Copenhague sont imparfaits mais au moins ce sont des lieux d’échange d’idées, de partage, de concertation. Nous assistons aux débuts d’une "diplomatie climatique". Cependant, il est bien évident qu’il n’existe en ce domaine climatique aucune solution idéale, et que nous serons obligés de gérer, de négocier des solutions imparfaites. Toutes les énergies de substitution, que nous devrons adopter comportent aussi des défauts, des inconvénients et posent des problèmes complexes. Il nous faudra les affronter lucidement.

7 - quelle est votre motivation essentielle dans la vie ?

R. Je n’ai pas de réponse simple à cette question... Je souhaite continuer à fonctionner en me confrontant aux surprises que la vie me réserve, garder un esprit de curiosité, ouvert à tout ce qui peut survenir.

Hervé Le Treut est spécialiste de la modélisation du climat, membre de l’Académie des sciences, directeur de l’Institut Pierre Simon Laplace, membre du GIEC.

Hervé Le Treut, Nouveau climat sur la Terre : Comprendre, prédire, réagir, éditions Flammarion, 2009.






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