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Péniches de Conflans-Sainte-Honorine et confluent

Mot pour mot, la rubrique de Jean Pruvost
Dans sa rubrique Mot pour mot, Jean Pruvost s’intéresse à l’étymologie du mot confluent après avoir expliqué l’origine de la péniche. Lesquelles péniches sont bien souvent associées à la ville de Conflans-Sainte-Honorine puisque la sainte ci-nommée protège les mariniers. Au fait, savez-vous depuis quand le mot péniche est entré dans le Dictionnaire de l’Académie ?


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Émission proposée par : Jean Pruvost
Référence : mots549
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/mots549.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida4873-Peniches-de-Conflans-Sainte-Honorine-et-confluent.html
Date de mise en ligne : 1er novembre 2009

Qui s’intéresse aux péniches s’intéresse forcément à Conflans-Sainte-Honorine, ville protégée comme son nom l’indique par Sainte-Honorine, la patronne des mariniers. On y parvient fluvialement par l’Oise ou la Seine et c’est de fait à leur confluent que l’on doit le nom de la ville : « conflans ». Quant à la châsse de Sainte-Honorine, elle se trouve comme il se doit dans l’église Saint-Maclou construite au point culminant du confluent des deux fleuves.

Les reliques de la sainte avaient été en effet transférées à Conflans au IXe siècle depuis l’Abbaye de Graville, afin de les soustraire aux Normands. Souvenons-nous que les Vikings, à bord de leurs fiers drakkars, remontaient la Seine pour piller allègrement toutes les richesses environnantes.

On ne trouvera pas de drakkars à Conflans-Sainte-Honorine, mais cependant les bateaux à fond plat y sont très à l’honneur et l’on pense tout naturellement aux péniches, dont le Nouveau Larousse illustré de 1898 nous donne une illustration éloquente. En réalité, il n’y a pas très longtemps que la péniche est entrée dans le Dictionnaire de l’Académie, ce n’est en effet que dans la sixième édition, en 1835, que le mot s’y installe avec un sens assez éloigné de celui qu’il a aujourd’hui. « Péniche : s. f. Terme de Marine. Petite embarcation de guerre. Les péniches sont des canots armés. » Même définition en 1878, pour la 7e édition. En revanche, pour la 8e édition, en 1935, la définition change du tout au tout, la péniche y prend effectivement son sens moderne, « Terme de Marine. Bateau plat servant au transport des marchandises sur les rivières et les canaux. »

En fait, tout remonte à un mot espagnol, pinaza, qui désignait un vaisseau construit en bois de pin, du latin pinus, pin. Ce mot espagnol avait été emprunté par les Français aux alentours du XVe siècle, et comme les mots voyagent, ce sont les Anglais qui nous l’ont alors pris au XVIe siècle. Mais nous leur avons repris au début du XIXe siècle, à l’occasion des différents combats maritimes, en tant qu’« embarcation légère utilisée dans l’appui au débarquement en Angleterre », dixit Napoléon dans l’une de ses correspondances. Mais l’accent anglais était probablement passé par là et la pinasse prononcée à l’anglaise était devenue la péniche.

Dès 1898, selon l’excellent article du bien nommé Nouveau Larousse illustré, les péniches peuvent déjà faire 30 mètres de long et atteindre 200 tonnes. Conflans-Sainte-Honorine devient alors la grande capitale de ce type de bateau, leur lieu privilégié de rassemblement. Évidemment, la forme même de ce bateau ne pouvait que pousser à des images dans la langue argotique, qui en a fait le type de chaussures un peu trop grandes. En 1916, Henri Barbusse, dans le Feu, laisse dire par exemple à un de ses personnages qui contemple ses pieds boursouflés et racornis : « Y a pas d’erreur. I-m’faut des péniches… », c’est-à-dire des chaussures où ils puissent flotter ! Sachons retomber sur nos pieds, parce qu’après tout, même sur une péniche, il faut avoir le pied marin. Et on laissera le dernier mot aux habitants de Conflans-Sainte-Honorine, les conflanaises et les conflanais qui, sur ce chapitre, peuvent nous en remontrer : ils disposent en effet du plus beau musée de la batellerie qui soit. Au confluent du rêve et de l’histoire.

D’un confluent à l’autre

Si l’on s’intéresse aux rivières, on repère forcément les confluents et on fait assez vite référence à la toponymie, c’est-à-dire le domaine de la linguistique qui a pour objet les noms de lieux. D’emblée, on pensera alors au confluent de deux grandes rivières de la région parisienne, l’Oise et la Seine, avec justement Conflans-Sainte-Honorine.

« Conflans » vient en effet du latin confluens, construit à partir de cum, con, « avec », et de « fluere », couler, comme un cours d’eau. Il est fréquent que le nom d’une ville soit construit à partir d’une caractéristique géographique, et quand il s’agit de rivière, le latin fons qui a donné fontaine, peut désigner la localité où naît le cours d’eau. Par exemple Fonsommes dans l’Aisne, Fontvannes dans l’Aube. C’est parfois aussi le relief où prend naissance le cours d’eau qui est mis en avant, en partant par exemple du latin summus qui désigne le sommet, le point le plus élevé de la rivière : Somloire dans le Maine-et-Loire, Sommevoire dans la Haute-Marne.

Villefranche de Conflent
Villefranche de Conflent

On ne sera donc pas étonné que d’autres villes, à la confluence de deux cours d’eau, soient aussi nommées Conflans : dans l’Ain, la Drôme, le Loiret, la Marne, la Meurthe-et-Moselle, la Haute-Saône, la Sarthe, etc., et encore se limite-t-on à l’orthographe C O N F L A N S.

Parce qu’il faudrait aussi citer Confolens avec un s en Charente et Haute-Vienne, Confolent avec un t dans le Cantal, la Corrèze, la Haute-Loire, le Puy-de-Dôme, ou encore Couffoulens dans l’Aude, Couffouleux dans l’Aveyron. La liste complète serait longue !

Il suffit de consulter l’Encyclopédie Universelle du XXe siècle, un dictionnaire en dix volumes munis de superbes couvertures, pour repérer déjà huit Conflans, orthographiés c o n f l a n s. Le plus connu, Conflans-Sainte-Honorine, est présenté par Larousse comme un « Bourg de France, dit poétiquement le lexicographe, situé sur la rive droite de la Seine et (sur) le chemin de fer de Paris à Dieppe. Culture du chasselas. Carrières de pierre de taille. Beau château. Église du XIIIe siècle renfermant les reliques de sainte Honorine. »

On le sait, sainte Honorine est la patronne des mariniers, mariniers que notre premier dictionnaire français, en 1680, celui de Pierre Richelet, définit comme « des voituriers par eau », en rappelant qu’il est difficile d’« être bon marinier ».

On ose à peine évoquer une autre acception du mont conflant ou confluent citée par l’Abbé Féraud dans son Diction(n)aire critique de la langue française de 1787, dictionnaire révolutionnaire avant l’heure et d’ailleurs tellement critique qu’il choisit une nouvelle orthographe, avec un seul n pour le mot diction(n)aire. Le confluent ou conflant, adjectivé, « se dit » rappelle-t-il, « d’une petite vérole abondante, et dont les grains se touchent ». Diable ! De quoi choquer tous les habitants d’une ville ayant tiré son nom de la topographie, en l’occurrence un confluent. Heureusement sainte Honorine veille sur les mariniers qui ancrent leur bateau à un confluent.

En savoir plus :

Jean Pruvost est professeur des universités à l’Université de Cergy-Pontoise, où il enseigne la linguistique et notamment la lexicologie et la lexicographie. Il y dirige aussi un laboratoire CNRS/Université de Cergy-Pontoise (Métadif, UMR 8127) consacré aux dictionnaires et à leur histoire. Il est également le directeur éditorial Les honorables éditions Honoré Champion !

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