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Correspondance Maurice Barrès-Anna de Noailles

Lecture de lettres conservées à la Bibliothèque de l’Institut
C’est une correspondance méconnue que celle qu’échangèrent deux personnages emblématiques de la Belle Époque, deux esprits forts et controversés aussi : la belle Anna de Noailles et le déroutant Maurice Barrès, de l’Académie française. La passion platonique et l’admiration mutuelle entre les deux écrivains donna lieu à des lettres superbes, dans la tradition toute française de la correspondance amoureuse. Le comédien Fernand Guiot et le directeur-conservateur de la Bibliothèque de l’Institut Mireille Pastoureau se font ici les voix des deux épistoliers.


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Référence : voi568
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Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida458-Correspondance-Maurice-Barres-Anna-de-Noailles.html
Date de mise en ligne : 27 août 2010

Anna-Élisabeth de Noailles écrivit 539 lettres à Maurice Barrès ; Barrès envoya 392 lettres à la comtesse. Par cette imposante correspondance, dont les manuscrits sont conservés à la Bibliothèque de l’Institut de France, les deux géants de la Belle-Époque nourrirent une passion platonique durant de nombreuses années. La figure de proue du nationalisme français était de dix ans l’aîné de la jeune princesse roumaine ; ils s’écrivirent de 1901 à 1923, avec une interruption de sept années de silence.

Leurs lettres, riches de sentiments et de détails sur la vie du début du XXe siècle, ont été confiées à Canal Académie par Mireille Pastoureau, directeur-conservateur de la Bibliothèque.

Cette dernière incarne pour nous Anna de Noailles, tandis le comédien Fernand Guiot se fait la voix de Maurice Barrès.

Extraits

1 - Lettre du 11 octobre 1905, Anna de Noailles parle de la future élection de son ami à l’Académie française.

« Jurez que vous serez élu ! Nous ne voulons plus d’émotion comme la dernière fois. Oui, mon ami, on n’a que soi dans notre divin métier. L’enthousiasme des autres s’arrête, se bute à des intérêts, des amitiés. »

2 - Lettre du 21 octobre 1905, Anna de Noailles songe à un voyage en Espagne… qu’elle ne fera qu’en rêve.

«  […] l’Espagne que je devine, et que je comprends déjà comme si elle répondait à tout mon sang oriental. Je sais que j’en goûterai avec intelligence – je veux dire une totale sensibilité – l’ardeur, la pompe, la folie, le prétentieux tragique, les fastes funèbres. »

3 - Lettre du 30 novembre 1905 : Anna de Noailles raconte sa visite chez le sculpteur Rodin

4 - Lettre du 25 janvier 1906 : Réaction d’Anna de Noailles à l’élection de Barrès à l’Académie française.

« Je suis comme ces gens qui, quand un bonheur arrive, s’effraient ; parce qu’ils étaient heureux avant, et qu’un changement trouble le cœur. »

5 - Les deux amis n’étaient cependant pas à l’abri des querelles. Témoin cette lettre du 13 mai 1906 signée Barrès, où l’écrivain regrette l’apparition d’une fâcherie.

« J’aime l’ancienne Madame de Noailles et je voudrais quitter Paris une huitaine de jours afin de me promener avec cette morte, ma sœur, que seul aujourd’hui je recueille. Ressuscitez, mon amie. Analysez ce que vous me reprochez et dites-le moi. Si j’ai tort, je le reconnaîtrai et j’y remédierai. Il y a d’une manière constante un ferment de querelle entre nous et beaucoup des interprétations que vous faites de mes actes m’ont blessé. Je garde dans ma mémoire comme une raie sur la cire du phonographe telles de vos intonations détestables, mais je garde par milliers vos plus aimables accents dont je vous suis de tout mon cœur reconnaissant. Ainsi, rien n’est compromis. Mon amitié est jeune, neuve, avide, mais vous êtes une lionne fatiguée, qui bâille, chasse des moustiques invisibles, ô tracassière ! »

6 - Lettre du 25 juillet 1906, Barrès

« Hélas, mon amie, que le monde m’est indifférent ! Je ne suis sensible qu’à la poésie dont vous êtes la chair vivante, et me jette à travers vous dans le désir de périr. »

7 - Lettre du 8 janvier 1907, Anna de Noailles

« Demeurez donc éloignée de votre amie vivante, abondante, humaine ! Vivez avec les objets qui ne souffrent pas et ne font pas souffrir, qui n’existent ni ne donnent, qui vous seront de doux prétextes à des chants suaves et mélancoliques. Moi qui chante la vie dans mon livre, éperdument, j’aime plus que vous la mort. J’en ai plus besoin que vous, moi qui ne connais pas ces demi-morts qui font vos loisirs, vos recueillements. Comment sauriez-vous, cher génie morne et cadencé, ce que sont mes battements de cœur, cet éternel déchirement des veines, ces fontaines toujours jaillissantes ? J’en meurs, mon ami. Je n’ai pas autre chose à dire. »

C’est alors qu’une rupture de 7 ans interrompt leur correspondance ; leurs échanges reprendront après la guerre.

8 - Lettre du 2 septembre 1921, deux ans avant la mort de Maurice Barrès.

« Madame, que devenez-vous ? Je suis mal portant, perdu dans mes brumes, dans un effroyable sentiment de solitude et de votre manque de profondeur, ou plutôt instabilité en amour. Je sais bien que vous vous enivrez même de profondeur et de stabilité et que personne plus que vous n’a ressenti ce dont je souffre par vous, mais n’êtes-vous pas une nature double, triple, innombrable ? Dans le moment où j’ai vos mains dans mes mains, où sont votre regard, votre imagination, votre appel ? Ne cherchez donc pas ailleurs ! Nulle part vous n’êtes plus glorieuse, plus jeune, plus immortelle, que dans mon cœur si sec, si méchant, si naïf. »

9 - Lettre du 3 septembre 1921, réponse d’Anna de Noailles

Maurice Barrès meurt en 1923, à 61 ans, foudroyé par une crise cardiaque. Sa correspondance avec Anna de Noailles se verra rajouter une dernière pierre par la comtesse, puisque celle-ci lui adressera un poème en guise d’ultime adieu, en 1927 :

Je n’avais jamais rien à dire

Qu’à toi. Aux autres, je parlais

Comme l’on se meut ou respire,

Mais jamais mon cœur ne mêlait

Son trésor à leur existence.

Nous seuls n’avions pas de distances.

Sûrs d’un familier infini

Nous étions pressés, réunis

Dans l’étroitesse ou dans l’espace.

En toi seul j’étais à ma place.

Que veux-tu que la gloire soit,

Si ce n’est l’image de soi

Dans l’âme que l’on a choisie ?

L’offrande de la poésie,

Je la faisais à ton regard.

Ce n’était que dans ta prunelle

Que j’étais juste et naturelle.

Désormais sans vœux, sans égards,

Je suis cette errante hirondelle

Dont on voit sur l’azur hagard

Se déchirer les noirs coups d’ailes…

En savoir plus :

Fiche de Maurice Barrès sur le site de l’Académie française






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