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Paris en toutes lettres : Six académiciens de l’Académie française lisent pour vous...

Avec Florence Delay, Angelo Rinaldi, Frédéric Vitoux, Philippe Beaussant, Pierre Nora et Gabriel de Broglie, de l’Académie française
Six académiciens de l’Académie française vous proposent un moment littéraire et poétique sous la Coupole de l’Institut de France, dans le cadre du premier festival "Paris en toutes lettres" du 4 au 8 juin 2009. Sur les thèmes de Paris, de l’amour, de la jeunesse, écoutez ces mots qui nous font rêver...


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Référence : VOI538
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/voi538.mp3
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Date de mise en ligne : 7 juin 2009

Florence Delay est élue en 2000 à l’Académie française au fauteuil de Jean Guitton (10e fauteuil). Elle nous fait voyager dans Paris avec des passages issus du livre La forme d’une ville change plus vite, hélas, que le coeur des humains de Jacques Roubaud.



Paris

“Le Paris où nous marchons
N’est pas celui où nous marchâmes
Et nous avançons sans flamme
Vers celui que nous laisserons.”
D’après Raymond Queneau

Rue Volta

[...] mais en revanche
devant la porte du
restaurant vietnamien
au 7
discutent avec le patron
deux assez prospères
peut-être ressortissants
de ce pays qui se nommait
autrefois Haute-Volta [...]

Vigipirate 1996

(Gare Saint-Lazare, par haut parleur) “Les voyageurs sont invités à ne pas laisser leurs enfants et leurs vieux parents sans surveillance ; ils pourraient être détruits par les services de sécurité”



Angelo Rinaldi est élu à l’Académie française, le 21 juin 2001, au fauteuil de José Cabanis (20e fauteuil). Il a choisi le thème de l’amour rêvé avec un poème issu de Les fleurs du mal de Baudelaire et un extrait de son dernier ouvrage Résidence des étoiles




A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

extraits de Résidence des Etoiles pages 319 à 321

[...] [A travers les barreaux de la grille qu’elle ne franchirait pas, déjà dans le champ de surveillance de la caméra, elle désigna la maison en face, tandis que le chauffeur, familier sans doute de ses retards, descendait de voiture, un paquet de cigarettes à la main, pour s’en allumer une dans le caniveau où Gunther aimait se rafraîchir les extrémités dans l’eau des vannes de la voirie.[...]

[...] Il souleva la languette qui commandait la vitre, et au démarrage de la voiture dont le chauffeur avait réclamé de finir sa cigarette au volant, la tête penchée à la portière, Marc-Antoine, qui détestait sa voix dans ce registre encore plus que dans un autre, vociféra : "Oui, à bientôt, Yvette !" Et il agita lui aussi la main, dans l’au revoir qui allait retentir le long du boulevard où personne n’avait encore ramassé, sur un trottoir, le bouquin jaune oublié par Gunther.
Mais on sait, parfois, lorsque c’est la dernière fois [...]




Frédéric Vitoux est élu à l’Académie française le 13 décembre 2001, au fauteuil de Jacques Laurent (15e fauteuil). Il a choisi de nous conter Paris à travers un extrait de Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline.





[...] Cependant vers la rue Bonaparte, la réflexion me revint, la triste. C’est une rue pourtant qui donnerait plutôt du plaisir au passant. Il en est peu d’aussi bienveillantes et gracieuses. Mais, en m’approchant des quais, je devenais tout de même craintif. Je rôdais. Je ne pouvais me résoudre à franchir la Seine. Tout le monde n’est pas César ! De l’autre côté, sur l’autre rive, commençaient mes ennuis. Je me réservai d’attendre ainsi de ce côté gauche jusqu’à la nuit. C’est toujours quelques heures de soleil de gagnées, que je me disais.[...]

[...] Sous le pont, l’eau était devenue toute lourde. J’avais plus du tout envie d’avancer. Aux boulevards, j’ai bu un café crème et j’ai ouvert ce bouquin qu’elle m’avait vendu.[...]




Philippe Beaussant est élu à l’Académie française, le 15 novembre 2007, au fauteuil de Jean-François Deniau (36e fauteuil). Il a choisi de nous rappeller la jeunesse avec un extrait de son livre Stradella dédié au musicien Italien Alessandro Stradella et également un extrait d’ A la recherche du temps perdu de Marcel Proust.



Extraits de Stradella pages 10 à 15

[...] J’ai lu Les Trois Mousquetaires lorsque j’avais douze ans. Je suppose que vous aussi, à cet âge ou à un autre, vous avez rencontré d’Artagnan, l’affreux bourreau de Béthune, la fascinante Milady, la douce Mme Bonacieux, le pâté en croûte sur le bastion de La Rochelle arrosé de vin d’Anjou. J’espère que vous l’avez fait assez tôt : les livres importants sont ceux qu’on lit avant quinze ans. Ils vous marquent pour la vie : et pour cette raison, il est indispensable qu’ils soient bons. [...]

[...] Je ne me rappelle plus très bien quand Cyrano a rejoint d’Artagnan et Rodrigue. Très vite, me semble-t-il.[...]
_[...] Ces visions gracieuses, trop fugitives et aussi inaccessibles que Roxane à son balcon, n’en étaient que plus présentes dans nos combats pour rire, mais c’est pour vous, Roxane, que nous nous battions, un bout de bois à la main, la cape au vent, piétinant les feuilles mortes et criant, au hasard : « À moi Porthos ! As-tu du coeur ? À la fin de l’envoi, je touche ! » [...]



Extrait de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust pages 70 à 72

[...] La cousine de mon grand père - ma grand’tante - chez qui nous habitions, était la mère de cette tante Léonie qui, depuis la mort de son mari, mon oncle Octave, n’avait plus voulu quitter, d’abord Combray, puis à Combray sa maison, puis sa chambre, puis son lit et ne « descendait » plus, toujours couchée dans un état incertain de chagrin, de débilité physique, de maladie, d’idée fixe et de dévotion. [...]

[...] et le feu cuisant comme une pâte les appétissantes odeurs dont l’air de la chambre était tout grumeleux et qu’avait déjà fait travailler et « lever » la fraicheur humide et ensoleillée du matin, il les feuilletait, les dorait, les godait, les boursouflait, en faisant un invisible et palpable gâteau provincial, un immense « chausson » où, à peine goûtés les âromes plus croustillants, plus fins plus réputés, mais plus secs aussi du placard, de la commode, du papier à ramages, je revenais toujours avec une convoitise inavouée m’engluer dans l’odeur médiane, poisseuse, fade, indigeste et fruitée du couvre-lit à fleurs. [...]




Pierre Nora est élu à l’Académie française, le 7 juin 2001, au fauteuil de Michel Droit (27e fauteuil). Il a choisi de nous faire l’éloge de Paris à travers un extrait de la poésie Plus belle que les larmes d’Aragon, poésie destinée à sa belle Elsa.




[...] Ah Paris mon Paris
Lui qui sait des chansons et qui fait des colères
Qui n’a plus qu’aux lavoirs des drapeaux délavés
Métropole pareille à l’étoile polaire
Paris qui n’est Paris qu’arrachant ses pavés

Paris de mes malheurs Paris du Cours-la-Reine
Paris des Blancs-Manteaux Paris de Février
Du faubourg Saint-Antoine aux coteaux de Suresnes
Paris plus déchirant qu’un cri de vitrier[...]




Gabriel de Broglie est le Chancelier de l’Institut de France depuis janvier 2006 ( en remplacement de Pierre Messmer), il est membre de l’Académie française depuis le 22 mars 2001, au fauteuil d’Alain Peyrefitte (11e fauteuil) et il fait également partie de l’Académie des sciences morales et politiques. Il a choisi de nous conter un Paris que nous connaissons encore aujourd’hui avec un extrait de la satire VI de Boileau, lui-même élu en 1684 à l’Académie française.

Extraits de Les embarras de Paris

[...]Tout conspire à la fois à troubler mon repos,
Et je me plains ici du moindre de mes maux :
Car à peine les coqs, commençant leur ramage,
Auront des cris aigus frappé le voisinage
Qu’un affreux serrurier, laborieux Vulcain,
Qu’éveillera bientôt l’ardente soif du gain,
Avec un fer maudit, qu’à grand bruit il apprête,
De cent coups de marteau me va fendre la tête.
J’entends déjà partout les charettes courir,
Les maçons travailler, les boutiques s’ouvrir :
Tandis que dans les airs mille cloches émues
D’un funèbre concert font retentir les nues ;
Et, se mêlant au bruit de la grêle et des vents,
Pour honorer les morts font mourir les vivants. [...]


[...] Moi donc, qui dois souvent en certain lieu me rendre,
Le jour déjà baissant, et qui suis las d’attendre,
Ne sachant plus tantôt à quel saint me vouer,
Je me mets au hasard de me faire rouer,
Je saute vingt ruisseaux, j’esquive, je me pousse ;
Guénaud sur son cheval en passant m’éclabousse ;
Et n’osant plus paraître en l’état où je suis,
Sans songer où je vais, je me sauve où je puis. [...]






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