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Le prix à payer d’une dragonnade normande en 1685
La chronique gastronomique de Jean Vitaux
Si les dragonnades furent des épisodes terribles de l’Histoire de France, elles offrent néanmoins à notre chroniqueur gastronomique le prétexte de nous conter par le menu les effarantes quantités de nourriture que des officiers d’un régiment du roi étaient capables d’avaler ! La scène se passe en Normandie, à l’auberge de l’Aigle d’Or, où sont attablés nos deux lascars...
La révocation de l'édit de Nantes en 1685 fut un épisode dramatique et douloureux de l'histoire de France. Sa promulgation en 1598 par Henri IV, dit Henri le grand par Hardouin de Perefixe, archevêque de Paris et précepteur de Louis XIV, avait entraîné le retour à la paix civile après les guerres de religion, la disparition de la ligue ultra catholique, et la restauration de la prospérité. Si Richelieu et Mazarin avaient fait la guerre contre le parti protestant, notamment lors du siège de La Rochelle en 1628, ils n'avaient pas trop restreint les libertés civiles et religieuses des protestants. Par contre Louis XIV réduisit progressivement les droits des protestants en peau de chagrin, et utilisa la contrainte pour les convertir. Notamment en utilisant le logement des dragons qui se comportaient en soudards chez les protestants rétifs à se convertir, n'hésitant pas à violer et à tuer parfois : telle était l'idée de Louvois.
La révocation de l'édit de Nantes entraîna l'émigration de nombreux protestants, qui firent la fortune de l'Angleterre, de la Suisse et surtout de la Prusse naissante.
Louis Lacour en 1857 a retrouvé dans les archives le récit drolatique d'une dragonnade qui eut lieu à Caen en 1685, nous révélant l'appétit prodigieux des officiers de la couronne. Vers le milieu de l'année 1685, l'intendant de l'officialité de l'actuelle Basse-Normandie, Monsieur de Morangis, convoqua les bourgeois et habitants professant « la Religion Prétendue Réformée », et on nota soigneusement ceux qui ne voulurent pas adhérer à la « vraie religion ». Le 13 Novembre 1685, un régiment du roi entra dans la ville de Caen et l'intendant envoya aux récalcitrants le double de soldats qu'ils pouvaient loger. Mais certains s'étaient méfiés et avaient émigré : ainsi un nommé Michel Néel, sieur de la Bouillonière auquel on vouait une vindicte particulière car il était le gendre d'un pasteur célèbre, le ministre Dubosc, que le roi avait reconnu pour être « le plus beau parleur du royaume », car il s'était opposé à lui avec verve lors de la suppression des chambres de l'Edit (de Nantes). Pressentant qu'on allait lui imposer le logement des officiers du régiment, il avait vendu ses meubles, fermé son hôtel et était passé en Angleterre. Le prévost et le lieutenant du régiment du roi frappèrent à la porte, mais ne purent forcer la porte de l'hôtel, la noblesse du sire le leur interdisant : ils(...)
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