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Claude Lévi-Strauss par Jean d’Ormesson

De Caillois à Lévi-Strauss, petites confidences d’un confrère de l’Académie française
A l’occasion du centenaire de Lévi-Strauss, Jean d’Ormesson, qui fut son parrain à l’Académie française, évoque le grand ethnologue. Il nous raconte des anecdotes, nous parle du livre qu’il a préféré, de la querelle de l’anthropologue avec Roger Caillois, et nous glisse au passage d’autres petites confidences.


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Référence : HAB512
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Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida4117-Claude-Levi-Strauss-par-Jean-d-Ormesson.html
Date de mise en ligne : 22 février 2009

Jean d’Ormesson a été le parrain de Claude Lévi-Strauss à son entrée à l’Académie française, le 24 mai 1973, élection qui précède de quelques mois seulement la sienne puisqu’il fut élu, lui, le 18 octobre 1973. De l’élection à la réception en passant par les années phare, notre invité se plaît à remonter le temps. Il nous conte bien entendu Claude Lévi-Strauss « le savant français qui a la plus grande stature en Amérique », mais aussi Roger Caillois : « un parcours très étrange... un homme qui n’a pas d’étiquette », l’Unesco ou le terrain de querelle des deux intellectuels, enfin l’Académie française. Retrouvez ci-dessous quelques propos de Jean d’Ormesson parmi tous ceux que vous pouvez écouter dans cette émission.

Sur Lévi-Strauss et son apport anthropologique

Lévi-Strauss, de l'Académie française, photographié au Collège de France © Louis Monier
Lévi-Strauss, de l’Académie française, photographié au Collège de France © Louis Monier

- « Il a fait entrer l’autre dans notre vision. » « Elle était anthropomorphique, chauviniste, axée sur nous-mêmes. »

- « Il est l’un des premiers à avoir cru dans ce phénomène de mondialisation. »

Sur Lévi-Strauss et Tristes tropiques

A la question du livre qu’il préfère, Jean d’Ormesson répond sans hésiter : Tristes tropiques !
- « Le plus littéraire de tous les livres de Lévi-Strauss. »

- « Le début du livre : « Je hais les voyages et les explorateurs » est une référence. » « Il est unique et fort comme le début de quelques autres livres comme Du côté de chez Swann de Proust ou La chartreuse de Parme de Stendhal. »

- « Quand l’ouverture se présente avec cette force, c’est que c’est un ouvrage considérable ! »

Sur Lévi-Strauss et Caillois, deux hommes que tout devait rapprocher

- « les deux hommes ne sont pas comparables. Lévi-strauss a une réputation internationale. Il est le savant français qui a la plus grande stature en Amérique, c’est un monument de l’ethnologie française. »

- « Caillois n’a pas d’étiquette, cela lui a beaucoup nui ! » « Il était certes un esprit brillant mais n’était pas philosophe, à peine sociologue, il était romancier, savant, minéralogiste et en même temps rien de tout cela. » Ceci explique peut-être cela. Lévi-Strauss a marqué un domaine, Caillois en a marqué plusieurs. Ironie du sort : l’un reste, l’autre est trop oublié.

Pourtant, ils étaient assez proches car « ils s’intéressaient tous les deux à la diversité des regards et à l’échange des regards entre les civilisations. »

Sur la querelle à la « Montesquieu-Rousseau » des deux hommes

Jean d’Ormesson nous raconte comment les deux intellectuels se sont querellés au sujet d’un petit texte « Race et histoire » que Lévi-Strauss avait écrit pour l’Unesco. Lévi-Strauss était très influencé par Rousseau et Caillois, par Montesquieu.

- « Cette querelle Lévi-Strauss-Caillois, c’est la querelle Montesquieu-Rousseau ! »

- « Caillois l’avait assez sévèrement critiqué car il était persuadé qu’il fallait l’échange entre les différentes cultures. » « Il avait attaqué assez vivement ce qui pouvait lui apparaître comme l’idéologie du relativisme chez Lévi-Strauss. » Lévi-Strauss avait répondu à cette attaque par un article virulent : « Diogène couché », « une bataille à couteaux tirés entre les deux ! ».

Qu’il tourne son regard vers Roger Caillois ou qu’il le porte sur Claude Lévi-Strauss, Jean d’Ormesson considère ces deux grands esprits comme aussi lumineux l’un que l’autre !





Sur Lévi-Strauss à l’Académie française

Jean d’Ormesson nous livre une confidence : « il y avait eu deux morts à l’Académie française en 1972 : Henry de Montherlant et Jules Romains. Voilà que 20 ans plus tard Lévi-Strauss et moi nous présentons en même temps à l’Académie française ! J’avais pensé me présenter au fauteuil de Montherlant mais Lévi-Strauss s’y était présenté avant moi donc je me suis présenté au fauteuil de Jules Romains. »

- « A ma stupeur j’apprends que Lévi-Strauss a demandé à Caillois de le recevoir à l’Académie ! » « C’est une élégance qui ne surprend pas de la part de Lévi-Strauss, c’était la réconciliation académique après la querelle ! »

- Caillois avait écrit un discours de réception un peu dur : « il ne cachait pas un certain nombre de réserves à l’égard de Lévi-Strauss. Au fond, ce qu’il lui reprochait c’était d’avoir créé un certain nombre de systèmes et Caillois n ’était pas un homme de systèmes ».

Sur Roger Caillois, de l’Académie française

Jean d’Ormesson a très bien connu Roger Caillois. Avant même que les deux hommes se retrouvent à l’Académie française, ils collaborent pendant 30 ans à la revue Diogène fondée par Caillois, une revue du Conseil International de la Philosophie et des Sciences Humaines, ONG au sein de l’Unesco.

- « Il avait eu l’idée de lancer une revue littéraire fondée sur l’idée que la science moderne refusait la synthèse et allait de plus en plus loin dans l’analyse ». « En somme, il voulait qu’un biologiste parle de la psychanalyse, qu’un historien parle d’économie, qu’un poète traite des mathématiques... »

- « Caillois était un réaliste qui perçait derrière le surréaliste... ».

En savoir plus :

Retrouvez des témoignages et des propos de Jean d’Ormesson dans le livre Lévi-Strauss, l’homme derrière l’oeuvre paru aux éditions Lattès (2008).

Vous pouvez y lire l’intégralité des discours prononcés par Caillois et par Lévi-Strauss lors de la réception de celui-ci à l’Académie française.

- Retrouvez toutes nos émissions consacrées à Claude Lévi-Strauss

- Retrouvez la chronique de Damien Le Guay : Lévi-Strauss. L’homme derrière l’oeuvre.

- Ecoutez notre émission : Roger Caillois, le disciple d’Orphée

- La revue Diogène : une revue internationale des sciences humaines publiée par le Conseil International de la philosophie et des Sciences Humaines avec l’aide de l’Unesco

- Le discours de Claude Lévi-Strauss lors de sa réception à l’Académie française

- Réponse de Roger Caillois au discours de Claude Lévi-Strauss






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