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Quelle place pour la théologie à l’Université ?

par Jean-Michel Garrigues, o.p. devant l’Académie des sciences morales et politiques

L’étude de la théologie reste extérieure à l’Université d’Etat depuis 1885. L’histoire des relations entre l’Eglise et l’Etat français explique cette situation mais pour autant, doit-elle se maintenir ? Il n’y a guère qu’en Alsace et en Moselle, grâce au Concordat qu’elle est enseignée dans les facultés. Le dominicain et théologien Jean-Michel Garrigues souligne que cette marginalisation est une "exception française" : un nouvel équilibre pourrait être envisagé.


Cette communication du R.P. Jean-Michel Garrigues s'inscrit dans le cycle de réflexion concernant l'Université aujourd'hui menée par l'Académie des sciences morales et politiques pendant l'année 2009 sous la présidence de Jean-Claude Casanova. Cette séance s'est tenue le 9 février 2009.

Le R.P. Garrigues a tout d'abord rappelé que l'enseignement de la théologie a constitué la matrice de l'Université naissance aux XIIe et XIIIe siècles. Si elle conservé cette place de manière formelle par la suite, rares ont été les théologiens dans les débats d'idées à partir du XVIIIe siècle. De même qu'ils n'ont guère joué de rôle dans la vie intellectuelle au XIX e siècle. Cela était dû en partie à la faiblesse du corps enseignant universitaire mais aussi au faible niveau général de l'enseignement religieux. Et pourtant, il y eut une faculté de théologie de la Sorbonne dirigée par Mgr Henri Marais (mort en 1884) mais, malgré les efforts de ce dernier, ne délivrait que des diplômes non reconnus par le Vatican.
Vers 1875, l'Eglise érige des universités catholiques, puis trois ans plus tard, elle fonde une école de théologie et la faculté pontificale de théologie.
La situation en France devient donc bloquée d'où la suppression de la faculté de théologie au sein de l'Université. L'enseignement et l'étude du religieux sera assuré, en 1886, par la 5 section de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Et l'on observe d'ailleurs que dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, sur la fresque peinte par Puvis de Chavannes, la théologie ne figure plus !
La théologie à l'Université française a donc été évincée à la fois par la pensée positiviste et anticléricale dominante mais aussi par la hiérarchie catholique méfiante qui ne voulut pas reconnaître la validité des diplômes.

Grâce au Concordat...

Mais ce qui échoua à Paris, réussit à Strasbourg où, grâce au Concordat, et dès 1902, le Saint Siège et l'Empire (puisqu'à l'époque l'Alsace et la Moselle étaient allemandes) ont érigé une faculté de théologie dont le pape Pie X a reconnu les diplômes. Quand ces deux régions sont redevenues françaises, cette faculté de théologie a été maintenue (il existe aussi une faculté de théologie protestante). Aujourd'hui, elle est la seule faculté dont les diplômes sont reconnus à la fois par l'Etat et par l'Eglise. Autrement dit, une thèse de doctorat passée dans ces(...)


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