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Et si l’on tenait un Grenelle ?

Une allusion historique présentée par Jean-Claude Bologne

D’où vient l’expression remise à la mode « un Grenelle de l’environnement » ? L’historien Jean-Claude Bologne nous en rappelle l’origine, en soulignant que cette manière d’utiliser le nom d’une rue parisienne, où se négocièrent ces accords, a tendance à s’étendre à d’autres rues !


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Un « Grenelle » est une négociation générale, durant laquelle on remet tout à plat entre les parties opposées, sous l’arbitrage d’un représentant de l’État. Le « Grenelle de l’environnement » a remis à la mode cette allusion à un épisode célèbre de mai 68. Les 25 et 26 mai, en effet, le gouvernement, le patronat et les syndicats se sont retrouvés rue de Grenelle, au ministère du Travail et des Affaires sociales. On oublie souvent de rappeler que les accords, qui prévoyaient une augmentation du SMIG et des salaires, ainsi que la réduction du temps de travail, ont été rejetés par la base, et que les grèves ont alors dégénéré en émeutes. En principe, ce n’est pas de bon augure de qualifier un accord de « Grenelle ».

Il y a plusieurs manières de faire allusion aux accords de Grenelle. Le mot, d’abord, peut être utilisé pour désigner des discussions réunissant les forces vives de la nation, même si elles ne se passent pas rue de Grenelle*. Des élus normands viennent ainsi de lancer un « Grenelle de l’estuaire », pour sauvegarder la biodiversité de la Seine, tandis que la ville de Châlons-en-Champagne prolonge par un « Grenelle local » celui de l’environnement. Le village rattaché à Paris en 1860, et dont le nom, rappelons-le, évoque une petite garenne (Garanella), s’étend désormais à toute la France. On en oublie que, du temps d’Aristide Bruant, c’était un quartier de garnison où se négociaient plutôt d’autres accords tarifés.

Mais il est d’autres façons de faire allusion aux accords de la rue de Grenelle, en utilisant d’autres rues célèbres pour leurs ministères. Un député socialiste vient ainsi de demander un « Valois de la création à l'âge numérique », puisque le ministère de la Culture est installé rue de Valois. Si un « Valois » est donc un « Grenelle de la culture », on pourrait envisager un « Bercy » du pouvoir d’achat, un « Quai d’Orsay » de la diplomatie ou un « Duquesne » de la santé. La concentration des ministères rue de Grenelle ou rue de Varenne constituerait cependant une regrettable source d’ambiguïté.


*À titre d'exemple, signalons un ouvrage publié par la Documentation française, dans la collection Regards sur l'actualité : "Le Grenelle de l'insertion" (novembre 2008). (...)


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