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Saint-John Perse, le poète diplomate-magicien

avec Renaud Meltz

Sa vie durant, le poète-diplomate, soucieux de préserver sa double vie, sculpta sa légende. Et le summum fut atteint avec la publication de ses œuvres complètes en Pléiade en 1972. Une biographie sérieuse, la première du genre, dûe à Renaud Meltz révèle enfin le vrai visage d’Alexis Léger.


Que ceux qui vénèrent Saint-John Perse (1887-1975) en restent à sa poésie et son désir de louer le dénuement, l’exil, les vents ou les neiges. Qu’ils en restent à la couronne du prix Nobel qui fut posée sur sa tête en 1960. Et surtout, qu’ils n’aillent pas lire la biographie sérieuse et critique, la première du genre, que vient de lui consacrer Renaud Meltz, universitaire, historien, en poste à l’université de Tahiti. Sur 800 pages documentées, et après dix ans de travail, il suit à la trace Alexis Léger – vrai nom du poète – et démonte les légendes, rectifie les embellissements, écorne la statue qu’il avait prit tant de soin à sculpter – ne laissant à personne d’autre le soin de le faire.

Car, sa vie durant, le poète-diplomate, soucieux de préserver sa double vie, même s’il profita de l’une pour aider l’autre et réciproquement, sculpta sa légende. Et le summum fut atteint avec la publication de ses œuvres complètes en Pléiade en 1972. Sans dire qu’il avait signé la petite biographie introductive, il l’écrivit en entier ou plutôt il la réécrivit totalement, arrangeant ceci, modifiant cela, inventant tel ou tel point et toujours à son plus grand avantage – que cet avantage soit personnel ou politique. Quant aux lettres du volume, il alla jusqu’à en écrire certaines complètement ou partiellement, en 1970, alors qu’elles étaient supposées avoir été envoyées dans les années 1920. Si ces réécritures eussent portées seulement sur les rudesses du climat ou les beautés des paysages chinois, cela n’aurait pas beaucoup d’importance.



La postérité pourrait mettre ces arrangements avec la vérité sur le compte des innombrables coquetteries des auteurs – et Dieu sait que ces derniers n’en manquent pas. Mais, pour avoir été diplomate, et l’un des plus importants de l’entre-deux guerre, ces lettres évoquent la situation politique de l’Asie ou la position à adopter face à la montée des périls. Tout est alors faussé, biaisé, différent des jugements alors portés sur les situations politiques de l’époque. Le diplomate apparaît alors plus lucide, plus sûr de son jugement, plus assuré de l’avenir.

Comment ne le serait-il pas quand on connaît déjà l’avenir ?

Bien des gens savaient les supercheries de Saint-John Perse. D’autres s’en doutaient. Certains(...)


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