|
|
PAG490
Le mal propre : Polluer pour s’approprier ? de Michel Serres, de l’Académie française
Présentation de l’ouvrage par Elodie Courtejoie
Le crachat souille la soupe, le logo l’objet, la signature la page.
La propriété se marque, comme on laisse des traces. D’où le théorème du philosophe Michel Serres de l’Académie française dans son livre Le mal propre : « le propre (la propriété) s’acquiert et se conserve par le sale. Mieux : le propre, c’est le sale ».
Auteurs de nombreux essais philosophiques sur l’histoire des sciences, sur l’histoire du corps et de l’identité Michel Serres dans son ouvrage Le mal propre : polluer pour s’approprier ?, poursuit sa réflexion sur la manière dont nous nous approprions objets et territoires… .
La démonstration de Michel Serres s’appuie en grande partie sur l’étymologie.
« Lieu » par exemple, se dit « topos » en grec et et « locus » en latin. Tous deux désignent l’ensemble des organes sexuels féminins.
Ainsi l’explique le philosophe : « Nous avons tous habité neuf mois dans la matrice. Une bonne moitié d’entre nous quête le retour à la vulve d’origine. L’amant dit à son amante « tu es ma maison ». Voici notre premier « lieu », à la fois néonatale, de naissance et de désir ».
Parmi les lieux du monde extérieurs au corps, nous disons « ci-gît » pour désigner le lieu où reposent nos ancêtres. Ne croyez pas que c’est le lieu qui indique la mort, c’est l’inverse : c’est la mort qui indique le lieu.
Et pour dormir, aimer, souffrir, mourir… nous nous couchons !
« Coucher » vient du latin « col-locare », dormir en colocation, partager un lieu. En somme, nous nous approprions trois lieux fondamentaux : l’utérus, le lit et le tombeau… pour trois étapes de la vie.
Pour Michel Serres, « l’acte de s’approprier est issu d’une origine animale, éthologique, corporelle, physiologique, organique, vitale… et non d’une convention ou de quelque droit positif ».
Le philosophe s’intéresse également à notre société de consommation : « Les compagnies marquent de leur signature ce qu’ils vendent, produits alimentaires, vêtements, automobiles… Les marques partagent donc avec l’acheteur la propriété ; mieux en encore, ils la gardent ! »
En effet, une voiture n’annonce pas qui je suis, mais la marque de son fabricant.(...)
© Canal Académie - Tous droits réservés
|