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Le catalogue Fortsas, une facétie bibliophile
par le bibliologue Betrand Galimard Flavigny
En 1840, les amateurs de livres reçurent un catalogue de vente ainsi libellé : « Catalogue d’une très-riche mais peu nombreuse collection de livres provenant de la bibliothèque de feu Mr. le Comte J.-N.-A. de Fortsas, dont la vente se fera à Binche, le 10 août 1840, à onze heures du matin, en l’étude et par le ministère de Me. Mourlon, Notaire, rue de l’Eglise, no.9. Mons »...
La page de couverture contenant ces indications était en outre ornée d’une vignette représentant une tablette posée contre les rayonnages d’une bibliothèque, un livre ouvert, une série de feuillets, un volume relié fermé, une bouteille d’encre à droite, une plume à gauche. La typographie avait été réalisée par Emmanuel Hoyoi, libraire à Mons, en Belgique et il en coûtait 50 centimes.
Quoi de plus banal ?
Ce catalogue fut tiré à 132 exemplaires, et lorsque l’un d’eux surgit dans un catalogue, il est aussitôt pris d’assaut. Un tel engouement pour un simple catalogue ! Pas si simple que cela.
Tout le monde bibliophilique européen s’apprêta, le 10 août 1840, à traverser l’Europe pour se rendre à Mons. Ce catalogue donc proposait des merveilles inconnues, comme « Les suites du plaisir, ou desconfiture (sic) du Grand Roi dans les Pays-Bas. Au Ponant (Hollande, 1686, in-12. de 152 p., fig. mar. noir, d. s. tr [orné de figures, relié en maroquin noir, le dos sans titre]. », avec le commentaire suivant : « Libelle d’un cynisme dégoûtant à l’occasion de là fistule de Louis XIV. Une des figures représente le derrière royal sous la forme d’un soleil entouré de rayons, avec la fameuse devise : Nec pluribus impur ».
La Bibliothèque royale de Bruxelles avait décidé l’achat de plusieurs numéros et les bibliophiles les plus ardents s’étaient mis en campagne pour acquérir quelques-uns des cinquante-deux unica du catalogue. « Tout alla bien jusqu’au jour indiqué pour la vente. Alors seulement on reconnut que M. de Fortsas, pas plus que sa bibliothèque n’avait jamais existé que dans l’imagination de M. René Chalon, bibliophile érudit autant que mystificateur ingénieux.(...)
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