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MOTS307
Bégaiement et délinquance
Mot pour mot, la rubrique de Jean Pruvost
Du faux pas au bégaiement…
« Pas. Lent, conté, grave, stable, mesuré, ferme, tardif, avancé, faux. Bronchant, morne, compassé, long, douteux, tracé, franc, assuré, solide, formé, larron… » On se prend à rêver sur le pas larron, mais d’évidence, il n’y pas là encore de trace du faux pas. De quel ouvrage est tirée cette liste d’adjectifs ? D’un dictionnaire de 1571 aujourd’hui totalement oublié et sobrement intitulé Les épithètes, c’est-à-dire en droite ligne du grec epitheton, « ce qu’on peut ajouter ». Maurice De La Porte y offrait en effet des listes d’adjectifs possibles aux noms communs les plus répandus, pour aider ceux faisant « profession de la Poésie ».
C’est du latin pandere, écarter, que vient le mot passus, écartement entre les deux jambes, donc le pas. Ou comme le définit benoîtement Richelet en 1680, le « marcher d’une personne ».
Furetière, en 1694, rappelle d’emblée que c’est « la mesure qui se prend de l’espace qui est entre les deux pieds d’un animal, quand il marche » et d’ajouter que « le pas commun de l’homme est de deux pieds & demi ».
Serait-ce dans ce « demi » que se joue le faux pas ? Attestés dans la langue, dès le XVIe siècle, le faux pas, qui fait glisser ou chanceler disent les dictionnaires, et le pas de clerc, celui du débutant, sont assortis d’exemples alarmants : « On nous observe, prenez garde de faire un faux pas ». « Il a fait un pas de clerc qui a ruiné son affaire » !
Le faux pas peut pourtant avoir du charme : en 1799, Marmontel à propos de la belle Manon Lescaut, signalait tout « ce que la faiblesse peut avoir de grâce et de décence dans ses faux pas », tout comme Colette soulignait à propos d’une vedette du music-hall qu’elle se louait « d’un faux pas, … d’un entrechat manqué ».
Pensons aux malheureux candidats qui sont dans la situation décrite par G. Duhamel, dans la Confession de minuit : « J’imaginais qu’à droite et à gauche de l’étroite bordure il y avait un précipice et que je devais avancer sans le moindre faux pas. Il n’en fallait pas davantage pour me faire hésiter, bégayer des jambes, trébucher… »(...)
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