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René Girard : Achever Clausewitz

Quand la violence menace la planète
René Girard poursuit sa réflexion sur la violence. Ce professeur émérite à l’université de Stanford, élu à l’Académie française en 2005, constate que la violence échappe maintenant à tout contrôle et menace la planète entière. Il offre une nouvelle lecture de Clausewitz, ce penseur de la guerre. Dans son livre intitulé Achever Clausewitz, il s’entretient avec Benoît Chantre.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : PAG338
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pag338.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida2300-Rene-Girard-Achever-Clausewitz.html
Date de mise en ligne : 19 novembre 2007

C’est à l’espace Bernanos, à Paris, que le mardi 17 octobre 2007, René Girard a donné une conférence à propos de son livre tout juste paru Achever Clausewitz. Il s’agissait de sa première conférence en France en 2007 et de la première sur ce livre qui est publié par une nouvelle maison d’éditions Carnets nord, dirigée par Benoît Chantre, philosophe familier de la pensée et des travaux de René Girard.

René Girard
René Girard

Une phrase d’abord, la dernière du livre, qui claque comme la devise, peut-être, de René Girard : Il faut réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire.

L’Académicien a commencé par faire référence à l’ouvrage de Raymond Aron Penser la guerre, paru en 1976, qui lui aussi offrait une lecture de Clausewitz. Puis il a précisé que Clausewitz ( 1780-1831) ne fut pas seulement un stratège mais qu’il est d’abord un grand écrivain, qui a consacré sa vie à l’écriture solitaire. Loin d’être un philosophe abstrait, c’est un homme concret. Son livre inachevé, qui ressemble à un unique grand chapitre, définit les rapports des deux "partenaires" dans une guerre. Il introduit ainsi une rupture radicale dans la conception des rapports humains : la violence, dans ces rapports, n’appartient pas à tel ou tel individu mais elle se situe entre les individus. Lesquels individus passent leur vie à échanger, l’échange jouant un rôle essentiel dans les rapports humains. Mais cet échange ne se fait pas de manière mécanique, comme des boules de billard, il exige une interprétation de la part de l’un et de l’autre, et l’interprétation de chacun est différente. Et souvent, se glissent entre eux des malentendus. Il en va de même au niveau des états : l’échange exige toujours une diplomatie pour surmonter ces malentendus.

Peu à peu, se produit une montée aux extrêmes qui caractérise les échanges entre humains. Inconsciemment, chacun reproduit l’attitude de l’autre, c’est une réplique selon la manière dont autrui se comporte. L’échange est un processus en miroir.

Au départ de tout rapport humain, rappelle René Girard, il existe des possibilités de conflits. Tout est d’abord duel. Le duel structure tous les rapports sociaux. Les adversaires ont tout en commun, à commencer par la violence. Au point que l’on peut se demander : comment ont pu naître les sociétés humaines ? Le conflit mimétique dans la réciprocité violente génère la nécessité de trouver un exutoire, une victime sacrificielle (une notion sur laquelle il s’explique ici longuement).

René Girard évoquera ensuite dans cette conférence, tour à tour :
- Candide et les sergents recruteurs.
- Hegel et Napoléon (l’optimisme hégélien annonce que plus il y a de guerres plus il y aura de paix !)
- Hölderlin le maître qui doute de cette théorie et se refugie dans le silence.
- la haine et la fascination de Clausewitz pour Napoléon.
- le Serment de Strasbourg (par lequel Charles le Chauve et Louis le Germanique s’allient contre leur frère Clothaire le Lotharingien). René Girard n’oublie pas qu’il est aussi chartiste, grand connaisseur du Moyen-Age.
- Germaine de Staël que Napoléon consigna à 50 km de Paris tant sa supériorité en connaissances cosmopolites le gênait !

Puis il aborde le sujet central : aujourd’hui, une forme moderne de violence s’installe (le terrorisme). C’est une "montée aux extrêmes". On ne peut plus penser l’hostilité qui mène le monde depuis toujours dans les mêmes termes. Des rites comme les déclarations de guerre, les négociations, la protection des civils, n’ont plus court. L’interrogation devient urgente : cette hostilité va devenir maintenant destructrice de l’humanité.

René Girard démontre que, si jadis des mécanismes ont pu contenir la violence des rapports humains, aujourd’hui "la guerre étant comme un caméléon", l’homme est en capacité d’utiliser l’énergie comme arme contre ses semblables.
Et son affirmation est claire : le milieu terrestre n’est plus capable de soutenir, de contenir, la violence humaine. Devant le constat d’une montée de la violence irrésistible, et à cause de la communauté de destin de tous les pays, nous deviendrons les victimes. Nous sommes en train de vivre une montée vers l’apocalypse.

Enfin, il aborde l’apport du christianisme : le Christ a voulu changer les rapports humains (supprimer la violence, prendre en charge le rôle de victime sacrifiée).

Que faire ? Penser la situation de façon globale. Rendre la guerre impossible. Dire la vérité. Et si le commerce, la production, qui génèrent la concurrence et donc la rivalité et la violence, doivent être repensés, faisons-le ! Eviter au moins que la situation n’empire. Informer, convaincre et tenter d’éviter le pire.

René Girard ne craint pas de faire peur. Il pense au contraire que c’est une attitude saine devant l’urgence de la situation.

Son credo : les hommes souffrent d’une absence de sens. Or il persiste à pense que l’Histoire a un sens et que seul le religieux donne du sens. Et le religieux chrétien particulièrement. Il s’en explique ici comme il l’a fait dans tous ses traités.

En savoir plus :

L’espace Bernanos 4 rue du Havre 75009 Paris organise de nombreuses conférences.

Achever Clausewitz, entretiens avec Benoît Chantre, éditions Carnets Nord.






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