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Peut-on écrire une histoire universelle ?

Jean Baechler
Communication de Jean Baechler prononcée en séance publique devant l’Académie des sciences morales et politiques le lundi 5 janvier 2005.


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Référence : es065
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/es065.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida143-Peut-on-ecrire-une-histoire-universelle.html
Date de mise en ligne : 1er janvier 2005

En 2005, l’Académie des sciences morales et politiques consacre ses séances publiques au rôle des historiens.

Voici le texte intégral de la communication de Jean Baechler :

Vous m’avez prié, Monsieur le Président, de chercher et, si possible, de trouver une réponse plausible à la question : « peut-on écrire une histoire universelle ? ». Eh bien, vous vous réjouirez d’apprendre que je crois pouvoir vous donner satisfaction et que ma réponse concorde avec la vôtre : non, il est impossible, ou presque, d’écrire une histoire universelle et aucune personne dans son bon sens n’en formerait le projet. En effet, l’entreprise doit affronter des obstacles si évidents qu’ils n’échappent à personne et si formidables que l’on ne voit pas comment il serait possible de les vaincre. Pourtant, l’unité de l’espèce et son historicité, conjointes à l’exigence d’intelligibilité naturelle à l’entendement humain, impose de ne pas renoncer avant d’avoir épuisé toutes les ressources de l’ingéniosité rationnelle. Le règne humain exige que l’on écrive son histoire, d’une manière d’autant plus pressante que le règne vivant produit la sienne avec la théorie néodarwinienne de l’évolution et que le règne physique reçoit lui aussi son histoire avec les derniers développements de l’astrophysique relativiste et quantique. Si la cosmologie doit s’accomplir dans une cosmogonie et la biologie dans une biogonie, a fortiori l’anthropologie devrait être complétée par une anthropogonie, c’est-à-dire par une histoire universelle. Il importe, par conséquent, au projet même d’une science du règne humain de ne pas renoncer trop vite et d’explorer les issues promises par l’affirmation que l’entreprise est ‘presque’ impossible. J’espère contribuer à entretenir l’espoir, en soulignant trois impossibilités plus ou moins manifestes, en repérant pour chacune une issue théorique plausible et en proposant l’esquisse des développements auxquels elles conduisent.

L’impossibilité la plus flagrante n’échappera à personne. On peut la présenter sous la forme d’un syllogisme :
- les sciences historiques ont connu, depuis deux siècles, des développements quasi exponentiels
- or il est impossible à quiconque de maîtriser cette masse de données en expansion croissante
- donc personne ne peut écrire une histoire universelle, car tout le monde en est trop ignorant.

De fait, une expérience constante confirme que, en consacrant à l’étude du règne humain tout son temps et toute son énergie, on parvient, au mieux, à une connaissance assez précise de ce que l’on ignore mais en aucun cas à un savoir positif qui autoriserait à proclamer : « je sais et j’ai compris ». L’impossibilité peut encore être exprimée, en avançant que le savoir historique accumulé est tel, qu’il ne peut être maîtrisé que par segments discrets et par des spécialistes, et que, en conséquence, personne ne pouvant être spécialiste dans chacun des segments circonscrits, le téméraire ne pourrait être qu’un généraliste, c’est-à-dire un ignorant universel. L’issue ne saurait être trouvée du côté d’une évidence trompeuse, qui chercherait à surmonter l’impossibilité, en réunissant une équipe de spécialistes et en confiant à chacun le soin de rédiger un chapitre spécialisé. La somme des chapitres spécialisés serait une histoire universelle. L’issue est condamnée deux fois. Le résultat, en premier lieu, serait éclectique et manquerait de l’unité de conception indispensable pour en faire « une histoire une ». Surtout, l’entreprise ne procurerait aucun critère de sélection entre ce qu’il faudrait retenir ou rejeter : il faudrait restituer tout le savoir historique accumulé et produire un monstre informe.

Une issue plausible hors de l’impossibilité peut être repérée en un quartier très différent. Partons des différents genres historiographiques disponibles et pesons leur capacité respective à aboutir à une histoire universelle. Le genre premier et fondateur est le genre documentaire, qui s’occupe de l’établissement des faits à partir des documents disponibles. C’est une affaire de spécialistes et d’érudits, qui ne tolère ni l’amateur ni le généraliste, car le documentaliste ne peut, du fait de la productivité faible du cerveau humain individuel, se rendre maître que de dossiers très étroits et très circonscrits, si bien que personne ne saurait effectivement prétendre devenir le documentaliste de l’histoire universelle. Sur cette source commune à tous les genres, car il faut bien partir des faits, plusieurs genres peuvent être repérés, tous légitimes pris en eux-mêmes mais si différents par les principes qui les régissent que l’on en vient à souhaiter pouvoir les désigner avec des mots différents. Le genre le plus connu et le plus répandu, celui auquel chacun pense spontanément en entendant le mot ‘histoire’, je l’appelle l’histoire ou le genre romanesque. Il s’occupe de raconter des histoires en principe vraies et de donner au lecteur ou à l’auditeur l’illusion de les revivre comme s’il y était. Le genre réussit d’autant mieux que l’intrigue est plus serrée et que les détails sont plus vivants. C’est pourquoi il paraît très difficile, pour ne pas dire impossible, d’écrire un « roman historique universel », car on voit mal quelle en serait la trame vraie, qui en seraient les héros vivants et quels en seraient les détails les plus évocateurs. La difficulté - et même, à mon sens, l’impossibilité - vient de l’antinomie entre l’universel et le singulier, qui ne pourrait être résolue, dans ce cas, que par l’invention d’un universel singulier. L’invention n’est pas impossible, puisqu’elle a été réussie par plusieurs auteurs et non des moindres. Bossuet a produit un roman théologique, Vico un roman mythologique et Hegel un roman métaphysique. On peut et on doit même admirer ces exploits de l’imagination humaine, mais il est aussi permis de douter que le résultat ait un rapport même lointain avec les faits documentés par le genre documentaire.

Un autre genre historiographique, que je qualifierai d’idéologique, est à peu près aussi prolifique et ubiquitaire que le précédent. Il consiste à mettre les faits documentés au service d’entreprises politiques et, par conséquent, à les sélectionner et à les éclairer de telle manière qu’ils assurent convenablement leur office. Tous les manuels scolaires relèvent partout de ce genre. C’est pourquoi la vision que les gens ont de l’histoire, est toujours marquée et biaisée au regard du voisin, même si les faits ne sont pas controuvés ou inventés. On sait que l’historiographie doit ses naissances et ses renaissances aux annales royales, au besoin de vanter la gloire du souverain, de souligner la grandeur de la cité, d’exalter les supériorités de la nation, et ainsi de suite. Une histoire universelle idéologique est rendue définitivement impossible par le fait que l’idéologie est de nature agoniste et suppose au moins deux antagonistes. Il faudrait que l’humanité entrât en contact avec des extra-terrestres, pour se retrouver dans le cas de pouvoir rédiger contre eux l’histoire de l’espèce humaine sur cette terre-ci.

J’appellerai gnomique un genre historiographique passé un peu de mode, quoiqu’il ait dominé, en Europe, jusqu’à l’émergence des genres idéologique, romanesque et surtout documentaire. Il se propose de tirer des histoires humaines des enseignements utiles pour les générations présentes et futures. C’est l’histoire conçue comme mine d’expériences instructives et comme école de sagesse. Une histoire universelle gnomique est concevable, qui se proposerait de montrer que, l’espèce étant une, elle vit partout les mêmes expériences, dont il est possible de tirer toujours la même moralité. C’est le projet de Voltaire dans son Essai sur les moeurs. Ce n’est pas le meilleur ouvrage de l’auteur, moins parce que, comme pour Vico, l’état de l’histoire documentaire à l’époque condamnait toute tentative sérieuse d’histoire réellement universelle, que du fait que le projet tombe victime d’une contradiction logique. Si, en effet, l’espèce est une et que sa nature une s’exprime uniment, il n’y a pas d’histoire de l’espèce ou, du moins, les matières incluses dans l’histoire universelle n’ont pas d’histoire. Il est bien vrai que la folie humaine est universelle, ou encore que les histoires humaines sont faites de bruit et de fureur, mais il en résulte qu’il n’y a pas d’histoire ni de la folie humaine ni du bruit ni de la fureur. Si l’on s’intéresse à ces questions, il faut étudier la nature humaine et non pas l’histoire de l’espèce. Plus généralement, il ne peut pas y avoir d’histoire du Même, mais seulement des Autres issus du Même.

Je distingue un dernier genre et je l’appelle scientifique. Le point de vue change radicalement. Les histoires humaines révélées par la documentation deviennent autant d’événements et d’avènements, dont chacun est susceptible de servir d’expérimentation, indispensable pour tester la validité d’une proposition tirée d’une théorie hypothético-déductive. Le règne humain est, dès lors, conçu comme un gigantesque laboratoire naturel, à la disposition des chercheurs en quête de la ou des théories, susceptibles d’expliquer pourquoi les contenus du laboratoire sont ce que les documentalistes constatent qu’ils sont. La position est l’analogue de celle des astrophysiciens, pour qui l’univers est aussi un laboratoire, sans doute plus simple et plus rustique que le laboratoire humain, un laboratoire utilisable aujourd’hui pour tester la mécanique quantique et la relativité générale ou demain d’autres théories encore à inventer. De même que le cosmologiste n’a pas à tout savoir sur chaque composant de l’univers, mais à trouver les phénomènes dont il a besoin pour vérifier ses hypothèses, de même l’historien universaliste n’a plus à être, dans cette perspective scientifique, le spécialiste de tout, il lui suffit de se donner les moyens de trouver dans la littérature spécialisée les faits historiques dont dépend le sort de la théorie qu’il défend. Ainsi, il y a bien une issue hors de l’impossibilité documentaire, mais elle ne peut être empruntée qu’à la lumière d’une théorie. Quelle théorie ? Il revient à chacun de professer celle qu’il défend. J’aurais tendance à retenir aussi la proposition inverse, que toute théorie du règne humain doit être testée aussi par sa capacité à inspirer une histoire générale de ce règne. Si vous me demandez d’avouer la théorie que je défends, je vous la présenterai en une formule lapidaire. Dieu et / ou la Nature ayant cru bon de faire apparaître sur l’arbre du vivant une espèce présentant ce caractère remarquable que, dans son génome, est codé non pas un programme actuel mais un programme virtuel, dont les actualisations doivent être inventées - nous sommes génétiquement programmés pour parler et non pour parler français ou chinois -, cette espèce, libre au sens de non programmée, doit affronter un ensemble de problèmes de survie et de destination, qu’elle est sans doute équipée pour les résoudre, mais au risque de le faire par le mauvais côté. En un mot, l’espèce humaine est libre, finalisée, rationnelle et faillible. Je propose que ces quatre caractères sont nécessaires et suffisants, pour réussir à rendre intelligible l’historicité de l’espèce et inscrire cette intelligibilité dans des histoires.

Hélas, cette conclusion favorable se brise, dans le cas spécifique de l’histoire universelle, sur une impossibilité nouvelle, moins évidente et plus grave. Elle ressort mieux d’un nouveau syllogisme :
- on ne peut écrire une histoire qu’après qu’elle soit finie
- or, l’histoire universelle étant celle de l’humanité, elle n’est pas déjà achevée
- donc on ne peut pas écrire une histoire universelle.

La majeure repose sur le constat que les histoires humaines sont faites de myriades d’événements, d’épisodes et de circonstances, qui courent dans tous les sens et dont le sens dominant n’émerge que peu à peu et ne peut être saisi pleinement qu’à la fin et en rétrospection. Le constat ne doit pas verser dans l’erreur majeure, qui consisterait à tenir que la fin atteinte, étant la seule possible, devait l’être nécessairement. L’erreur est mortelle, car elle revient à évacuer la contingence des histoires humaines et à les transformer en systèmes déterministes, ce qui contredit frontalement la liberté de l’espèce. On peut donner au constat une tournure plus rigoureuse, en avançant que les histoires humaines sont des systèmes chaotiques à attracteurs contingents. De ce fait, le chaos peut être ordonné seulement après qu’un attracteur se soit imposé, c’est-à-dire à la fin. Pour prendre une idée de la situation, il suffit d’observer le présent, qui est une histoire en voie d’émergence : le sentiment de chaos incompréhensible domine la conscience. La mineure devrait être acceptée sans plus amples explications, car, s’il est vrai que les conditions physiques de la vie sur Terre sont garanties pour plusieurs milliards d’années, l’aventure humaine n’en est qu’à ses débuts. Mais la contrainte de la majeure est si puissante que quiconque, s’efforçant d’embrasser l’aventure dans son déroulement complet, échappe mal à la tentation d’imaginer une fin de l’histoire. L’imagination peut suivre deux pistes, soit en inventant le parcours d’étapes successives, dont la dernière est déjà advenue, soit en projetant un aboutissement nécessaire, qui peut être conçu aussi bien comme une catastrophe ultime que comme un accomplissement final. Dans l’un et l’autre cas, l’histoire humaine est pensée comme finie. Ce subterfuge permet d’esquiver la mineure du syllogisme, et d’écrire une histoire universelle romanesque ou idéologique, mais certainement pas scientifique, car la science doit tenir compte des faits, qui révèlent que l’aventure humaine n’est pas déjà finie et ne fait peut-être que commencer.

La conclusion ne semble pas pouvoir être évitée, qui déconseille vivement d’entreprendre une histoire universelle impossible. On entrevoit, pourtant, une issue. S’il était possible de distribuer les histoires humaines en séquences discrètes et de ranger celles-ci en stades successifs, on se donnerait les moyens de définir des points d’aboutissement et de départ en forme de chaîne temporelle, sans subir la contrainte de devoir déclarer la chaîne déjà parachevée. Rien n’interdit d’inclure la possibilité d’un nombre indéfini de maillons futurs et de prononcer qu’ils sont définitivement inconnaissables, puisque les histoires humaines sont contingentes, c’est-à-dire ouvertes. L’issue permettrait de tourner la mineure sans la nier, en posant le dernier stade atteint comme un aboutissement provisoire et non pas comme un point final. Voici où humanité se trouve rendue aujourd’hui et comment elle s’y retrouve, étant entendu qu’elle a encore devant elle un avenir inconnaissable. La documentation et les faits, interrogés à cette fin, sont encourageants sur un point et ambigus sur le point principal. Il ressort avec éclat des connaissances vérifiables accumulées depuis cent cinquante ans et surtout dans la seconde moitié du XXe siècle, que l’humanité a subi une transition de phase majeure débutant il y a dix à douze mille ans. Aucune personne un tant soit peu informée ne nierait, aujourd’hui, les différences profondes qui s’observent dans la condition humaine entre le stade paléolithique et le stade néolithique. Le premier a duré peut être cent ou deux cent mille ans, mais la documentation n’est guère disponible que sur vingt-cinq mille ans environ. Le second a mis de cinq à sept mille ans pour se développer et s’installer presque partout, sous la forme de cinq à six civilisations majeures, développées en cinq mille ans, répandues sur des aires d’environ cinq millions de kilomètres carrés et inclinant à l’inclusion dans des structures politiques adaptées à ces dimensions.

L’ambiguïté porte sur le point de savoir, si l’humanité a ou non atteint déjà un troisième stade inédit, que l’on pourrait appeler l’âge moderne ou la modernité. Deux arguments sérieux plaident en faveur de sa réalité. L’un est la convergence et la confluence manifestes de toutes les histoires humaines, vécues jusque-là dans la dispersion par des variétés culturelles de l’humanité poussées jusqu’au seuil de la quasi-spéciation, en une histoire humaine une, unifiée et portée par l’espèce humaine en tant que telle, pour la première fois. On peut dater le début du procès d’unification de la seconde moitié du XVe siècle et de la sortie des Européens hors d’Europe, et son aboutissement de la période actuelle. Le second argument est plus délicat à peser. Peu de chercheurs contesteraient que, à partir du tournant des XIVe et XVe siècles, l’aire culturelle européenne a connu des émergences et des développements originaux, que ceux-ci peuvent être ramenés à cinq phénomènes fondamentaux - la démocratisation, la science, l’individuation, la différenciation des ordres d’activité humaine et le développement économique -, et que, poussés à leur terme, ils impriment à la condition humaine une mutation aussi radicale que celle imposée à la condition paléolithique par la néolithisation. Une ambiguïté naît de l’impossibilité de fixer avec une certitude satisfaisante le statut historique de la modernité et de la modernisation. Trois hypothèses distinctes sont possibles et plausibles, qui en font soit un faciès de la civilisation européenne, soit une civilisation inédite, soit un troisième stade de l’aventure humaine. Je soutiens cette dernière hypothèse, comme la plus efficace pour comprendre et expliquer une infinité de développements repérables au long du dernier demi-millénaire et pour trouver un sens plausible à la situation actuelle de la planète et de l’humanité. En effet, si l’on accepte la thèse de la modernité comme stade, l’état présent du monde doit être analysé à l’aide de deux grilles distinctes, celle de l’unification des histoires et de la mondialisation et celle de la modernisation. Or, ces deux mouvements sont conceptuellement et historiquement disjoints, si bien que leur rencontre en ce moment même doit être prononcée contingente.

Cette position présente l’avantage de tourner deux fois l’impossibilité opposée à une histoire universelle par le fait qu’elle n’est pas finie. D’un côté, l’unification et la mondialisation apparaissent sinon comme un aboutissement déjà abouti mais comme le début de la fin de la marche de l’humanité vers son unité objective et subjective dans le cadre d’une planète politiquement unifiée et structurée. Si l’on considère l’aventure humaine à l’échelle des millénaires, c’est très évidemment le mouvement dominant, dont le fait que la planète soit un système clos permet de fixer le point d’aboutissement, sans avoir à recourir au mythe, à la révélation ni à l’idéologie. Mais, de l’autre côté, la modernisation n’a aucune raison de donner le dernier mot de l’histoire universelle. Rien n’interdit de postuler un quatrième, un cinquième... un énième stade, dont il est impossible de dire quoi que ce soit, pas plus qu’un paléolithique ne pouvait avoir la moindre idée des mondes néolithiques et qu’un néolithique ne pouvait avoir la moindre notion de la modernité. Ainsi, l’histoire universelle se trouve avoir une fin, qui est aussi bien un commencement. L’hypothèse est peut-être fausse, mais elle abolit l’absurdité de l’entreprise sur ce deuxième point.

Je suis ainsi conduit à la dernière impossibilité que j’ai décidé de retenir, la plus redoutable et la plus insurmontable selon les apparences, mais aussi la plus délicate à exposer, en raison de sa complexité conceptuelle. Je réussirai peut-être à demeurer compréhensible, en m’attachant aux trois termes de l’entreprise : ‘une’, ‘histoire’, ‘universelle’, et en montrant que chacun d’eux recèle une aporie apparemment fatale, dont, pourtant, il est possible de s’extraire par une démarche rationnelle. ‘Une’ peut vouloir dire ‘unitaire’, mais tout aussi bien ‘unique’. Or, réduire l’histoire universelle à l’unité contredit manifestement les faits, qui démontrent au-delà de tout doute qu’elle est la coagulation chaotique d’une multitude d’histoires chaotiques : ramener ce maelström chaotique à l’unité ne peut être qu’artificiel et forcé. Considérer, d’autre part, cette histoire comme unique, c’est ou bien la définir comme nécessaire ou bien la concevoir comme le produit contingent de hasards purs : la première branche de l’alternative contredit la liberté humaine et abolit l’historicité ; la seconde, en privant l’histoire de son intelligibilité, rend par le fait même impossible toute historiographie autre que purement documentaire, dont nous savons qu’elle est incompatible avec le projet d’une histoire universelle.

Une hypothèse, classique et négligée par une époque obsédée par l’économique, permet de surmonter ce noeud d’apories : « le politique est au coeur de la condition humaine et procure, de ce fait, la ligne directrice de l’histoire universelle ». Je ne chercherai pas à démontrer ici le premier membre de la proposition et me contenterai de souligner qu’une démonstration rigoureuse et convaincante exige une théorie générale de la condition humaine, c’est-à-dire une sociologie explicite, qui, à son tour, exige une théorie de la nature humaine, c’est-à-dire une philosophie explicite, si bien qu’il se pourrait qu’une science du règne humain exigeât, comme le suggère le bon sens, des hypothèses dont il soit possible de déduire des propositions adressées, pour vérification, à la fois et conjointement à la philosophie, à la sociologie et à l’histoire. Si l’on convient que le politique a pour fin la paix par la justice, on est conduit à construire trois concepts qui donnent la clef à la fois de l’unité et de l’unicité de l’histoire humaine. Le premier concept est celui de ‘politie’, à savoir un espace social circonscrit, dont ceux qui le composent, sont décidés à résoudre les conflits qui les opposent, sans recourir à la violence mais par l’entremise de la loi et du droit. Comment faire ? La réponse définit le concept de ‘régime politique’, comme la combinaison de dispositifs et de procédures appropriés à l’objectif de la paix par la justice. La catégorie d’appropriation conduit à distinguer de bons et de mauvais régimes, dont il est possible de préciser la typologie par le concept de pouvoir, qui est au coeur du politique et de ses régimes, puisqu’il y est question de gérer et de maîtriser la violence. Le troisième concept est celui de ‘transpolitie’, qui désigne un espace social fondé par la coexistence et la rencontre d’au moins deux polities. Puisque, par définition, une transpolitie est privée des dispositifs de la paix et de la justice, tout conflit entre polities peut dégénérer en ‘guerre’, que l’on peut considérer comme le quatrième concept du politique.

L’application de ces quatre concepts à la documentation universelle révèle immédiatement l’unité et l’unicité de l’histoire humaine. Elle permet de préciser l’intuition de Kant concernant l’unité. Pendant tout le Paléolithique, l’état de chaque concept est ainsi défini que l’humanité, régie par une démocratie très pure, ignore la guerre, vit en minuscules sociétés closes et se répand sur toutes les terres émergées, sauf l’Antarctique, par des essaimages en taches d’huile. Durant le Néolithique et pendant une dizaine de millénaires, les valeurs des concepts ayant été bouleversées, le mouvement s’inverse complètement : la guerre est née et impose sa marque à la condition humaine, le régime dominant et presque exclusif est la hiérocratie, l’appareil du pouvoir s’organise et se complexifie, la fiscalité et la kleptocratie prospèrent, les polities se matérialisent et se consolident, les transpolities font de même, chacune promise à l’unification politique par la guerre et la conquête. Le mouvement général est l’émergence, d’abord très lente et à peine perceptible pendant cinq à sept mille ans, puis indéfiniment accélérée jusque dans ses dernières phases, de polities de plus en plus englobantes, jusqu’à prendre la figure d’empires gigantesques dans la seconde moitié du premier millénaire avant l’ère. Avec l’expansion européenne hors d’Europe, ces ensembles, dont la tendance spontanée est le repli sur soi, ont été forcés de communiquer, dont on peut tirer l’hypothèse que l’humanité est présentement conduite dans la phase ultime de son histoire politique, où la planète, après avoir été constituée en transpolitie - ce pourrait être la définition conceptuelle de la mondialisation-, s’apprête à se transformer en politie, supprimant par le fait même la guerre. Contrairement à l’opinion la plus tenace et la plus répandue, la guerre n’est pas un propre de la nature humaine, c’est un produit culturel et historique, qui a sa date de naissance néolithique et pourrait disparaître dans la modernité.

La directionnalité politique de l’histoire universelle doit être préférée aux directionnalités technique, économique, démographique, religieuse ou autres, en raison de la centralité du politique dans les affaires humaines, mais aussi parce que, le politique reposant sur le pouvoir et la guerre, il est animé d’un dynamisme endogène qui, d’une part, permet de faire l’économie de ‘forces’ ou de ‘vertus’ mystérieuses, et, d’autre part, ne rencontre jamais aucun seuil, dont le franchissement ne pourrait être expliqué de l’intérieur du politique. Par exemple, une fois construite une typologie des régimes politiques, il est toujours possible de concevoir les transformations des types les uns dans les autres et de préciser les conditions à réunir pour qu’elles puissent s’effectuer. Aucune autre hypothèse ne propose les mêmes avantages. Qui plus est, ceux-ci ne sont pas payés par l’élimination de l’unicité. À chaque moment du mouvement général, l’histoire a quelque chose d’irréductiblement unique. Au Paléolithique et pendant plusieurs dizaines de millénaires, l’humanité s’est retrouvée distribuée en une myriade d’ethnies minuscules, réunissant quelques centaines d’individus, et éphémères, avec une durée de vie de quelques siècles au plus. Or, sur un modèle à peu près uniforme, chaque ethnie était unique dans sa singularité. Chacune avait sa culture, sa langue, ses mythes, sa mémoire collective, son histoire. À l’étape suivante, l’unicité se retrouve dans la singularité tout aussi profonde de chaque grande civilisation. Chacune propose son mode spécifique d’humanisation, à la fois complète et particulière. Le caractère unique du mouvement de coalescence politique est révélé, plus subtilement, par le fait que, s’il est toujours facile de prédire qu’une transpolitie finira en politie créée par la conquête et la guerre, il n’est jamais possible de prévoir qui sera l’unificateur. Un concours unique de circonstances, presque toujours mal documentées, explique rétrospectivement, une fois l’essai transformé, pourquoi Qin l’a emporté en Chine, Magadha en Inde, les Perses en Asie Antérieure, Rome en Méditerranée, Quito dans les Andes... et personne en Europe ! Quant à l’unification politique ultime promise au stade moderne, ou bien elle échouera par des péripéties imprévisibles, ou bien elle réussira par des voies inattendues : dans tous les cas, une histoire unique finira par s’inscrire dans la réalité et donnera lieu aux historiens de mettre en œuvre leur ingéniosité et leur imagination.

‘Histoire’ est le deuxième terme à considérer. Pour pouvoir être qualifiée d’histoire, une séquence d’événements ne doit pas seulement se dérouler dans le temps, ce qui est soit tautologique soit faux, si l’on soutient, comme il est licite de le faire, que la séquence crée le temps, mais elle doit encore être marquée par la contingence, au sens où elle aurait pu se dérouler autrement ou pas du tout et avoir été constituée d’événements différents ou autrement configurés. Une histoire ne peut pas être le développement nécessaire d’un programme inaltérable, car l’espèce humaine n’est pas programmée. Il est très remarquable que l’histoire du règne vivant se conforme de plus en plus aux exigences de contingence et d’imprévisibilité et que même le règne physique reçoit une histoire non déterministe dans les derniers développements des théories. J’inclinerais volontiers à rattacher ces réalités et ces constats à une proposition métaphysique ultime, à savoir que les réalités dont le réel se compose, sont ontologiquement contingentes, ce qui implique logiquement la réalité d’un absolu, dont plusieurs versions sont plausibles et indécidables. La difficulté, en ce qui concerne le règne humain, naît de la quasi-impossibilité de respecter les exigences de contingence et d’imprévisibilité à mesure que l’histoire reconstruite gagne en universalité. En effet, l’universel humain n’a pas d’histoire, sinon biologique. L’espèce apparaît sur l’arbre du vivant équipée de toutes les dotations indispensables à la réussite de l’humanisation : les dotations n’ont pas d’histoire, seules en ont une les mises en oeuvre des dotations. Il en résulte que, plus une histoire devient universelle, plus elle s’applique à l’humanité en tant qu’espèce et moins elle doit retenir les caractères d’une histoire et, par conséquent, plus elle doit revêtir les caractères d’un système déterministe. C’est précisément pourquoi une histoire universelle évite difficilement de verser dans le roman, le mythe ou l’idéologie.

La nature des choses et la réalité des faits proposent une issue presque miraculeuse hors du dilemme. Si l’on accepte la distribution de l’aventure humaine en trois stades hétérogènes, on doit admettre la réalité corollaire de deux seuils successifs, en l’occurrence entre le Paléolithique et le Néolithique, puis entre le Néolithique et la Modernité. Or, non seulement il est impossible de démontrer la nécessité du franchissement des seuils, mais tout indique aussi qu’il a été contingent. Sur le premier point, rien, dans la situation des chasseurs-cueilleurs paléolithiques, ne pouvait connaître des développements, ni économiques, ni démographiques, ni politiques, ni religieux, ni même morphologiques, qui auraient posé des problèmes insolubles dans le cadre paléolithique. Il n’est pas permis non plus de plaider que, la situation néolithique étant décidément très avantageuse, le seuil a pu être franchi quelque part à la suite d’une percée locale et la divine surprise a conquis aussitôt l’humanité tout entière. Le plaidoyer tombe à plat doublement : aucune percée décisive n’est repérable dans aucun domaine, d’une part, et le bilan néolithique est désavantageux à tous égards pour au moins les quatre cinquièmes de la population, d’autre part. En ce qui concerne le second seuil, s’il n’est pas impossible de repérer dans les mondes néolithiques des esquisses plus ou moins caractérisées des cinq émergences qui définissent la modernité, nulle part ces développements isolés ne sont conduits à leur terme ni ne deviennent les fondations de constructions culturelles ; quant à l’émergence simultanée et interdépendante des cinq phénomènes, elle n’apparaît qu’en Europe à partir des XIVe et XVe siècles.

Sur le second point, concernant la contingence effective du franchissement des seuils, j’ai soutenu, pour le premier, la thèse de la contingence la plus extrême concevable, à savoir la fin de la dernière glaciation, il y a dix à douze mille ans. Elle a peu à peu modifié les milieux et suggéré des adaptations, dont les développements et les cumulations ont peu à peu créé des avantages virtuels, susceptibles d’être saisis par des acteurs placés en position stratégique. Il n’y a eu de percée sur aucun point, mais des changements incrémentaux et des modifications progressives, à la fois chaotiques et orientés par des attracteurs, c’est-à-dire par des aboutissements logiques et par des acteurs intéressés. Ces attracteurs, aboutissements et acteurs ont été avant tout politiques, et ce sont les développements politiques qui ont entraîné, sur une dizaine de millénaires, des développements économiques, cognitifs, morphologiques, religieux, techniques en cascade et en interaction, jusqu’à bouleverser de fond en comble la condition humaine.

Je propose de rapporter le franchissement du second seuil à une contingence proprement humaine et historique, à savoir que la néolithisation européenne a pris un cours aberrant dès les origines et l’a conservé de millénaire en millénaire, jusqu’à l’émergence, au tournant des XIVe et XVe siècle à nouveau, d’une solution politique et transpolitique inédite : non pas un empire mais un concert des nations, non pas un espace de guerres sauvages ni de paix civile mais une quasi- politie oligopolaire, propice à la production abondante d’un droit international et d’institutions transpolitiques, comme l’Eglise et la République des Lettres, mais poussant aussi à la définition de régimes politiques caractérisés par une circonscription de plus en plus fine du public et du privé ou de l’Etat et de la Société Civile. C’est dans ce cadre original que sont apparues, se sont développées et ont produit toutes leurs conséquences les cinq émergences signalées, jusqu’à subvertir à nouveau et intégralement la condition humaine en ce moment même. Des cinq émergences, je tiens la démocratisation pour la plus décisive au titre de condition fondamentale de possibilité ; la différenciation des ordres pour la plus marquante par les empreintes qu’elle imprime à tous les départements de la condition culturelle ; l’individuation pour celle qui porte le plus profondément et le plus gravement sur la condition humaine ; la science pour la plus énigmatique, la plus contingente et la plus bouleversante de l’aventure humaine ; et le développement économique pour une conséquence secondaire et probablement transitoire des quatre autres.

Il reste une dernière aporie, que j’aimerais pouvoir esquiver, tant elle est difficile et compliquée à résoudre. ’Universel’ doit être pris au sens d’un caractère qui convient à l’espèce en tant que telle et non pas au sens d’un trait étendu à toute la population humaine saisie en un moment défini. Il pourrait, par exemple, se faire que tous les humains finissent par parler la même langue, mettons le swahili. Le swahili serait la langue commune, mais il ne serait pas universel au sens où le langage l’est, car le langage est inscrit dans la nature humaine et dans son support génétique, alors que le swahili ni aucune langue ne le sont. Une histoire universelle ne mérite ce qualificatif que si elle s’applique à l’espèce en tant que telle et à tous ses représentants passés, présents et futurs, car une espèce du vivant se réalise dans les individus qui la composent. Mais, derechef, l’universel humain n’a pas d’histoire et encore moins une histoire unique ! L’aporie est la plus sérieuse de toutes et celle qui résiste le mieux à tous les assauts. Elle exige, pour être surmontée, un travail de création conceptuelle, que je ne suis pas sûr de bien maîtriser déjà. Je me contenterai d’en indiquer la ligne directrice.

Elle prend appui sur le concept de ‘civilisation’, défini comme un mode subuniversel d’humanisation droite ou, ce qui revient au même, comme le mode le moins particulier possible, sans verser dans l’universel, capable de poursuivre convenablement les fins de l’homme. De là, il ne fait pas difficulté de poser que la nature humaine est la matrice de toutes les civilisations possibles, puisque celles-ci sont les actualisations historiques des virtualités inscrites dans la nature humaine. La solution de l’aporie consisterait à postuler que, entre la matrice humaine universelle et les civilisations subuniverselles, on peut définir et repérer des matrices culturelles, qui soient à la fois humaines naturelles et particulières culturelles. Ces matrices culturelles seraient les stades de l’histoire universelle. Si l’hypothèse pouvait être consolidée et validée, on pourrait expliquer que la même humanité ait pu, jusqu’ici, extraire de ses virtualités trois matrices culturelles radicalement différentes et que chaque matrice, simultanément, soit partagée par l’humanité entière au stade considéré et donne lieu aux actualisations culturelles les plus diverses. La validation de l’hypothèse aurait les répercussions les plus profondes sur l’interprétation de la modernité, car, en la définissant comme une matrice de possibles culturels et en considérant qu’elle a tout juste et à peine émergé dans la réalité, la vérité devrait s’imposer, au moins au titre d’hypothèse vraisemblable, que nous sommes aujourd’hui au tout début de l’exploration d’un monde culturel d’une richesse et d’une diversité bien supérieures à celles de la matrice néolithique comparée à la matrice paléolithique. Notre perception de cette réalité et de cette vérité devrait être complètement brouillée par le fait que, aujourd’hui, nous percevons à peu près exclusivement la décomposition et l’évacuation des héritages culturels de la matrice néolithique, faute de pouvoir repérer déjà et encore moins imaginer les inventions culturelles de la matrice moderne.

Somme toute, il ne fait guère de doute, Monsieur le Président, qu’il soit presque impossible de créer une histoire universelle, à la fois congrue dans sa conception et juste dans son exécution. Il faut effectivement avoir perdu le sens, pour oser en entreprendre le projet. À vrai dire, je n’en vois qu’une justification raisonnable, en dehors des satisfactions que l’on peut trouver dans des efforts consacrés à l’impossible : donner, en échouant, l’occasion à d’autres plus heureusement dotés d’échouer moins, voire de réussir mieux.

Le texte du débat ayant suivi la communication
Le texte du débat ayant suivi la communication

A propos de Jean Baechler

Jean Baechler
Jean Baechler
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques

Jean Baechler a été élu, le 6 décembre 1999, à l’Académie des sciences morales et politiques dans la section Morale et Sociologie, au fauteuil laissé vacant par le transfert d’Alain Besançon.

Sa carrière

Agrégé d’histoire-géographie et docteur ès lettres, Jean Baechler a consacré sa vie à l’enseignement et à la recherche : professeur d’histoire-géographie au lycée du Mans (1962-1966), puis chargé de cours de sociologie à la Sorbonne (1966-1969), chargé de conférences de sociologie à l’EHESS (1968-1986), chargé de séminaire du DEA de sociologie de Paris IV, Paris V et Paris X (depuis 1975), enfin professeur de sociologie historique à Paris IV-Sorbonne (depuis 1988). Parallèlement il a été attaché (1966), puis chargé (1969), puis directeur de recherche (1977-1988) au CNRS, section de sociologie. Il a également été embre du Centre européen de sociologie historique dirigé par Raymond Aron (1969-1984) et appartient, depuis 1984, au Groupe d’études des méthodes de l’analyse sociologique (GEMAS) fondé par Raymond Boudon.

Ses œuvres

- 1968 - Politique de Trotski
- 1970 - Les Phénomènes révolutionnaires
- 1971 - Les Origines du capitalisme
- 1975 - Les Suicides
- 1976 - Qu’est-ce que l’idéologie ?
- 1978 - Le Pouvoir pur
- 1985 - Démocraties
- 1988 - La Solution indienne. Essai sur les origines du régime des castes
- 1988 - Europe and the rise of Capitalism (en collaboration)
- 1993 - La Grande Parenthèse (1914-1991). Essai sur un accident de l’histoire
- 1994 - Précis de la démocratie
- 1995 - Le Capitalisme
- 1996 - Contrepoints et commentaires
- 2000 - Nature et histoire
- 2002 - Esquisse d’une histoire universelle






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