Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

Jean-Paul II : une rénovation en profondeur sans précédent

Une communication d’André Damien à l’Académie des sciences morales et politiques en 2003
Communication d’André Damien sur Jean-Paul II prononcée en séance publique devant l’Académie des sciences morales et politiques enregistrée le lundi 2 juin 2003 et diffusée sur Canal Académie dès les débuts de sa création en janvier 2005.


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références émission afficher

"Les grands hommes de l’histoire, le meilleur et le pire". Tel fut le thème de travail de l’Académie des sciences morales et politiques en 2003, année placée sous la Présidence d’Emmanuel Le Roy Ladurie. La communication prononcée par André Damien sur Jean-Paul II en séance publique intervenait dans ce cadre.

Voici le texte intégral de sa communication :

Notre Président a bien voulu me faire l’honneur, dans cette série d’évocations des personnages illustres que des Confrères ont pu connaître, de me demander d’évoquer l’exceptionnelle figure de notre Pape Jean-Paul II.

Ce choix m’honore mais me remplit de confusion car ainsi que le lui ai indiqué, je n’ai rencontré le Pape qu’à trois reprises et il y a cinq ans environ.

Je l’ai vu à l’occasion de nombreuses cérémonies en France ou à Rome mais trois audiences c’est peu, alors que nos éminents Confrères les Cardinaux Etchegaray et Ratzinger, qui sont parmi ses plus proches collaborateurs et qui travaillent régulièrement avec lui, le connaissent infiniment mieux que moi et pourraient en parler avec plus d’exactitude et de précision.

Mais peut-être notre Président a-t-il voulu que le communiquant qu’il a désigné ait plus de recul pour parvenir à une synthèse, celle du croyant "d’en bas" qui ne voit le Pape que de loin et peut ainsi marquer l’impression qu’il ressent du pontificat contemporain.

Jean-Paul II
Jean-Paul II
en 1993

Le Pape est en effet un chef spirituel, un Chef d’Etat, un témoin de son temps et le peuple de base peut en avoir un vision lointaine mais schématique et plus synthétique que ses collaborateurs les plus proches.

La vision lointaine n’est pas la plus inexacte même si elle est la moins renseignée.

De tout temps, le peuple chrétien a eu une idée de son Pape et de ses Papes avant qu’entrés dans l’histoire ils ne fassent l’objet d’analyses plus fines, moins faussées par l’admiration que le peuple chrétien éprouve pour "son" Pape.

"Le pape est mort"... un conte d’Alphonse Daudet

En témoigne le délicieux conte d’Alphonse Daudet paru dans les "contes choisis" en 1875 et intitulé "le Pape est mort". Le héros est un jeune garçon qui a préféré l’école buissonnière au travail, il ne sait comment expliquer à sa mère, qui l’attend sur le perron depuis de grandes heures, la cause de son retard et tout à coup il lui passe une idée folle dans la tête. Je savais, dit-il, ma mère très pieuse, catholique enragée comme une Romaine et il lui lance : " Maman, le Pape est mort !" et c’est ainsi que la description de la dévotion au Pape apparaît pour la première fois dans la littérature française. Daudet décrit le père très grave, la mère atterrée, chacun citant à l’envie quelques traits de vertu de ce Pape (Pie IX qui ne mourra que trois ans plus tard). Peu à peu la conversation s’égarait à travers l’histoire des Papes. Tante Rose parle de Pie VII qu’elle se souvenait si bien avoir vu passer dans une chaise de poste entre deux gendarmes. On rappela la fameuse scène avec l’Empereur "comediante, tragediante", scène qui est fausse d’ailleurs telle qu’elle est narrée en général. C’était bien la centième fois que je l’entendais raconter avec les mêmes intonations et les mêmes gestes et ce stéréotype des traditions de famille qui se lèguent et qui restent les plus puériles et locales comme des histoires de couvent."

Rénovation en profondeur

Je voudrais éviter cette hagiographie touchante et dérisoire et évoquer la figure de notre Saint-Père glorieusement régnant, selon la formule protocolaire, en insistant sur la spécificité de sa place dans l’Eglise, dans le monde et son charisme tel qu’il apparaît à travers son existence.

Le trait dominant et sa nouveauté radicale sont un renouveau de Foi et de la prière dans l’Eglise, rénovation en profondeur plus qu’en apparence sans précédent au cours de ce siècle. Rénovation qui ne se situe ni dans la Doctrine, ni dans l’Administration de la Curie, ni dans la proclamation de dogmes nouveaux, mais dans un renouveau de la manière d’agir et de penser de l’Eglise.

L’Eglise d’avant la Révolution, qu’a fait éclater la pensée du siècle des Lumières, est une chrétienté sûre d’elle-même, autoritaire et unie en apparence du moins.

Brusquement apparaît une grande angoisse dans l’Eglise avec la Réforme, le Jansénisme, les agitations philosophiques du siècle des lumières et de l’ère révolutionnaire qui fait disparaître son statut social.

L’Eglise devient donc obsidionale, c’est-à-dire qu’elle songe surtout à se défendre comme une citadelle assiégée.

Le document le plus exceptionnel qui dénote ce trait sociologique est l’encyclique Mirari Vos de Grégoire XVI (Maur Capellari) qui condamne en bloc et sans nuance les idées de la démocratie, la liberté, l’égalité, la fraternité et la liberté de la presse.

C’est un monument de ce que la France des Lumières appelle l’obscurantisme auprès duquel "Quanta Cura " et le "Syllabus" de Pie IX apparaissent comme des textes libéraux et prudents surtout dans l’interprétation qu’en donne Mgr Dupanloup et qui a fini par être avalisée par le Pape Pie IX.

Cette doctrine avec les atténuations qu’apporteront Léon XIII et Pie XI, subsiste jusqu’à la fin du 20ème siècle.

Or, brusquement avec l’apparition de Jean-Paul II, tout craque. C’est la formule audacieuse qu’il proclame pour la première fois sur la place Saint-Pierre le 22 octobre 1978, puis à Cracovie, à Paris, au Bourget et qui fait partie de sa Doctrine : N’ayez pas peur.

A la limite, il n’a peur de rien. Les gestes qu’il pose, il les pose avec une audace singulière, un mépris, si j’ose dire, du qu’en dira-t-on et de l’opinion de ceux qui s’émeuvent de tout.

C’est notamment la première Assemblée d’Assises en 1986 dans laquelle certains verront du latitudinarisme alors qu’il s’agit simplement d’une attitude de respect à l’égard de la notion même de religion.

Finalement il a une vision sociale audacieuse mais sereine, et pour la première fois depuis longtemps, non obsidionale, il n’a pas l’air assiégé, il est passé par dessus le rempart et il est là dans la plaine faisant ce qui lui semble bon pour l’Eglise, il veut que l’homme prenne conscience qu’il vit dans une confrontation permanente avec l’athéisme, c’est son anthropologie.

Le texte célèbre "N’ayez pas peur" est d’ailleurs tiré de l’Ecriture (Marc VI-45 - Mathieu XIV-17 - Jean VI-29, puis après la transfiguration, encore Mathieu XVII-7 et enfin Luc XII-32).

Le Pape dira d’ailleurs ultérieurement que s’il fut conscient de la porté inattendue qu’ont eue avec le temps ces mots prononcés à l’aube de son Pontificat sur la place Saint-Pierre, il ne se rendait pas compte de tout de la portée qu’ils auraient, "pour moi dit-il, et pour l’Eglise entière".

C’est essentiellement un esprit nouveau qu’apporte le message de Jean-Paul II.

Mais qui est ce Pape qui vise avant tout d’abord, à relancer l’impact de l’Evangile dans le monde et à aider l’union entre les Eglises ?

Premier Pape slave de l’histoire de l’Eglise, il lui apporte un aspect nouveau que l’histoire caractéristique de la Pologne explique bien.

Ilot de Romanité dans le monde de la Chrétienté de l’Est, seule Eglise catholique depuis 966 dans l’océan de l’Eglise d’Orient, la Pologne a choisi Rome et la Chrétienté latine plutôt que l’orbite de Constantinople.

A partir de cette date ce peuple slave s’oriente vers l’Occident latin, mais veut constituer un pont entre les deux moitiés culturelles européennes et se sentir à même de parler la langue des deux univers européen.

La foi ardente de la Pologne ainsi que sa situation géographique sont à l’origine de son tempérament culturel et paradoxalement cette Eglise de Pologne a profondément marqué Jean-Paul II.

Elle va marquer par là même, l’Europe toute entière.

Gorbatchev a pu dire en 1994 que Jean-Paul II avait joué un rôle crucial dans la révolution pacifique qui a mis fin à la guerre froide. Seul le Patriarcat de Moscou, enraciné dans son anti-romanisme foncier, n’a pu accepter de reconnaître le Pape comme un prophète du monde nouveau.

Ce Pape polonais est né le 18 mai 1920 à Wadovice, petite ville de 15 000 habitants de la Pologne méridionale à 40 Kms de Cracovie et 30 Kms d’Auschwitz.

Son père est un officier au service de l’armée des Habsbourg jusqu’en 1928 et, à la liquidation de l’armée austro-hongroise, il devient un demi-solde.

C’est un homme de bien, un homme d’une foi ardente.

Sa mère meurt en 1929 à 45 ans. Jean-Paul II n’a que 9 ans.

Karol Wojtyla à 12 ans
Karol Wojtyla à 12 ans

Son frère médecin meurt en 1932 d’une scarlatine contractée au chevet des malades de l’hôpital de Biesko.

C’est son père donc qui l’élève et lui enseigne la foi et la piété.

Karol Wojtyla est né dans une Pologne indépendante depuis le traité de 1918, en lutte contre la Russie jusqu’au traité de Riga de 1921, bientôt divisée pour la quatrième fois de son histoire à la suite du pacte Molotov-Ribbentrop, la Pologne connaît les affres de la guerre et de l’occupation.

Karol Wojtyla a 19 ans.

Il vit dans une petite ville où plus du quart des habitants sont juifs. Dans l’école élémentaire de Wadovice, rappelle le Pape, au moins un quart des élèves était juif.

Il se lie d’ailleurs d’amitié avec un jeune condisciple, une amitié, dit-il, qui s’est poursuivie depuis les bancs de l’école jusqu’à aujourd’hui (c’est-à-dire après son élection à la tête de l’Eglise).

De Saint-Pierre à Jean-Paul II, aucun Pape n’a eu dans sa formation d’homme des rapports aussi continus avec les juifs.

Cet enfant pieux, cet élève exemplaire est distingué par le Cardinal Sapieha, archevêque de Cracovie, qui lui demande un jour s’il n’a pas songé à devenir prêtre.

Non, répond le futur Pape, je veux poursuivre mes études de langue et de littérature polonaise à l’université.

Avec le lycée apparaît une nouvelle vocation chez Karol Wojtyla : le théâtre.

Il devient comédien amateur puis, et il y réussit fort bien, il fait de la mise en scène.

On admire son talent. « Il avait tout, dit un de ses condisciples, pour réussir, la voix, la gestuelle et la mémoire. »

Plus tard il écrira des essais de théâtre et des poésies.

A l’université de Cracovie, il s’inscrit en philosophie et en philologie polonaise.

Mais en 1939 l’occupation allemande met fin avec brutalité à cette vie paisible.

Cracovie se situe dans la zone occupée par l’Allemagne. Les professeurs de l’université sont arrêtés puis déportés en Allemagne.

Tous les Polonais de 18 à 60 ans sont contraints au travail obligatoire.

Karol Wojtyla fuit les rafles et la déportation en Allemagne. Il est donc contraint de se faire ouvrier pour se protéger et il entre comme carrier de pierre aux usines Solvay.

Ses camarades de travail lui épargnent les travaux trop rudes pour un jeune homme et s’arrangent pour lui permettre de lire et de travailler pendant les pauses.

Il découvre la vie du travailleur manuel et il le déclare dans un discours : " J’ai appris ce que signifiaient le jeûne et l’effort physique. Je côtoyais chaque jour des gens qui travaillaient dur, j’ai connu leur milieu, leur famille, leur centre d’intérêt, leur valeur humaine et leur dignité".

Puis dans une poésie, il écrit :

"Une pensée de jour en jour croît en moi
La grandeur du travail habite l’intérieur de l’homme
"

Il est donc le premier Pape depuis Saint-Pierre et les Papes du début de l’Eglise à avoir connu la condition de travailleur manuel comme les "condamnés ad metallas" des actes des martyrs.

En 1943, à la mort de son père, il annonce au Cardinal Sapieha, son intention de devenir prêtre et il devient alors séminariste clandestin puisque les séminaires sont fermés. Mais le cardinal de Cracovie a groupé un certain nombre de jeunes dans son palais épiscopal pour les former à la théologie, à la pastorale et à la spiritualité.

A la libération il est ordonné prêtre le 1er novembre 1946 et part faire des études à Rome au Collège Angélique, celui des Dominicains.

Il en profite pour visiter un peu l’Europe, Paris et notamment la Mission de France, les prêtres ouvriers et il découvre la personnalité de l’Abbé Godin.

Il y soutient en 1948 une thèse de théologie et repart pour la Pologne. Devenu Maître en théologie, il obtiendra son doctorat en Pologne.

Affecté comme aumônier d’étudiants, il s’y révèle un pasteur moderne à l’aise avec les jeunes.

Il publie une revue vite interdite notamment pour avoir refusé de publier un éloge de Staline en 1953.

Il devient professeur de théologie morale à l’université catholique de Lublin, poste qu’il conservera jusqu’à son élection au siège de Saint-Pierre.

Son enseignement est classique, thomiste, enrichi par Maritain et Emmanuel Mounier dont il a pu découvrir les œuvres pendant son séjour en France durant ses vacances de l’été 1947.

Sa théologie morale n’est pas sans originalité. C’est ainsi qu’il enseigne que si le mariage a pour la fin la procréation, il a également pour fin l’achèvement de la personne des époux en développant une éthique sexuelle fondée sur l’amour. L’amour expression de la responsabilité individuelle vis-à-vis d’un autre être humain et de Dieu.

Comment les hommes et les femmes deviennent-ils des amants responsables, s’interrogeait-il, de manière que l’amour physique incarne et symbolise une vérité authentique ?

Comment l’amour conjugal devient-il un amour pleinement humain.

Cette affirmation, si classique aujourd’hui, était audacieuse dans la mesure ou 10 ans auparavant, le théologien allemand Herbert Dhoms avait été condamné par le Saint Office pour avoir enseigné que l’achèvement de la personne des deux époux est une fin secondaire du mariage, il est également une fin principale.

Le 14 juin 1958, Pie XII, trois mois avant sa mort, nomme l’Abbé Karol Wojtyla Evêque auxiliaire de Cracovie. Il a 30 ans.

Le gouvernement polonais, questionné au sujet de cette nomination, fait un rapport, autrefois confidentiel mais aujourd’hui public, qui montre l’intelligence lucide, même si elle est dévoyée du bureau des cultes de Pologne.

On peut dire avec certitude, dit ce rapport, que Karol Wojtyla est un des rares intellectuels au sein de l’épiscopat polonais.

A la différence du Cardinal Wyszynski, il concilie habilement la religiosité populaire traditionnelle avec le catholicisme intellectuel et il sait apprécier les deux.

Il n’est pas aussi impliqué que le Cardinal dans des activités ouvertement hostiles à l’Etat. Il semble que la politique ne lui soit pas naturelle et il a une approche bien trop intellectuelle, il manque de qualités d’organisation et de commandement c’est là sa faiblesse dans sa rivalité avec le Primat de Pologne.

On doit observer et étudier chaque aspect des rapports entre le Cardinal Primat de Pologne et le nouvel Archevêque de Cracovie et adopter une politique souple pour nous adapter au changement de circonstances.

On doit encourager l’intérêt de Wojtyla pour les problèmes d’ensemble de l’Eglise polonaise et l’assister pour résoudre les problèmes de son archi-diocèse.

Lorsqu’il apprend qu’il est nommé évêque, il quitte le camp de jeunes qu’il animait pour rentrer à Wadowice puis repart aussitôt terminer le camp caractérisé d’abord par la pratique en commun de sports qu’il aime : le kayak, le ski, l’alpinisme et la marche, car c’est un prélat sportif.

A la mort de l’archevêque de Cracovie, le cardinal Sapieha, aucun évêque n’avait été nommé pour le remplacer.

Un auxiliaire lui avait succédé en tant que Vicaire Capitulaire, Monseigneur Baziak.

Ce n’est qu’au bout de douze ans de négociations avec Rome, que l’évêque auxiliaire de Cracovie, Karol Wojtyla, sera nommé Archevêque de ce grand diocèse.

C’est la première session du 2ème concile du Vatican rassemblé par Jean XXIII. Dans sa lettre préparatoire aux travaux du concile, qu’il écrit comme chaque évêque, l’archevêque de Cracovie insiste sur la nécessité pour les prêtres d’avoir un contact plus étroit avec tous les aspects de la vie d’homme et du monde, y compris les sports et le théâtre.

Puis il demande que la vocation et la responsabilité des laïcs dans l’Eglise puissent s’exercer davantage.

En outre, concernant l’œcuménisme il demande qu’on mette moins l’accent sur ce qui divise que sur ce qui rassemble.

Il demande également une rénovation de la liturgie, la réforme du bréviaire et qu’en réponse au matérialisme croissant, on soutienne une présentation de l’éthique fondée sur le personnalisme chrétien.

Il interviendra huit fois au concile, notamment sur la liberté religieuse :

Il est nécessaire, dit-il, de déclarer que le droit à la liberté religieuse est de droit naturel, fondé donc sur la loi naturelle et en conséquence sur la loi Divine et ne souffre aucune limitation.

Il insiste enfin sur la nécessité d’une ouverture de l’Eglise au monde moderne (c’est la révision du schéma XIII qui servira de fondement à la constitution Gaudium et spes), et il interviendra en reprochant aux propositions faites au concile, de ne pas considérer les problèmes et les questions en fonction de la nouvelle situation du monde.

Le monde contemporain, dit-il, fournit lui-même quelques réponses à ces questions, que nous devons donc envisager aussi, même si elles s’opposent à celles de l’Eglise. Or dans le texte qui nous est présenté, il n’est fait aucune référence à ce que le contemporain peut offrir, pas plus qu’on y aborde les difficultés provoquées par ces réponses conflictuelles...

Le dialogue de l’Eglise avec l’athéisme doit commencer non par des arguments en faveur de l’existence de Dieu ou des preuves, mais par un entretien sur la liberté intérieure de la personne humaine.

Dans ce type d’échange, l’Eglise parviendra peut-être à montrer à l’athée un chemin au delà de la solitude absolue qui procède du rejet de Dieu au nom d’un affranchissement vis-à-vis de toute aliénation.

La foi chrétienne n’a rien d’aliénant, elle est libératrice dans le sens le plus profond de la liberté humaine. Voilà ce que l’Eglise doit proposer au monde contemporain.

Il réclame enfin, que dans le schéma "de ecclesia" le chapitre relatif au peuple de Dieu, soit placé avant celui de la hiérarchie, ce qui était contraire à l’optique de l’époque et notamment à la présentation du code de Droit Canon an vigueur au moment du concile.

Ainsi, le Cardinal Wojtyla a été formé par le concile et par sa participation aux travaux des Pères Conciliaires.

Devenu Archevêque de Cracovie en 1960 puis Cardinal en 1967, il réunit un synode diocésain assez révolutionnaire non seulement parce qu’il est l’application du concile auquel il vient de participer et que selon son expression un Evêque qui a participé au deuxième concile du Vatican ressent une dette à son égard, mais parce que dans le statut du synode qu’il réunit, il insère une norme révolutionnaire pour la Pologne de 1972 : "participent au synode tous les fidèles du diocèse qui ont, en groupe, la responsabilité de travailler à la réalisation des objectifs du synode".

Les groupes d’études qui se constituent sont de 325 participants au début et jusqu’à un millier à la fin du synode.

Nous ne pouvons omettre, dit l’Archevêque de Cracovie, même un fragment de cette grande communauté du peuple de Dieu qui constitue cette Eglise.

Sur le plan politique, le Cardinal Wojtyla ne s’oppose pas directement au régime si ce n’est en condamnant l’athéisme régnant alors en Pologne.

Mais en revanche il se montre diplomate et audacieux dans ses relations avec le pouvoir politique.

On lui refuse de créer des paroisses ! Il crée des centres pastoraux sans lieu de culte mais qui sont l’embryon de paroisses qui seront créées par la suite à force de récriminations auprès du régime.

On empêche sa voiture d’arriver à Nova Huta ! Les autorités officielles ont la surprise de la voir arriver à pied et à travers champs par un autre chemin.

On taxe lourdement les prêtres et l’un d’entre eux qui n’avait pu s’acquitter de ces taxes vexatoires est condamné à la prison ! Le jours où il y arrive, le Cardinal Wojtyla se rend dans sa paroisse où il annonce au milieu des fidèles réunis dans l’Eglise qu’il prend les choses en main provisoirement et qu’il sera désormais et jusqu’à la libération du prêtre, le curé de la paroisse.

Le prêtre fut rapidement relâché.

Il ne peut publier de journal ! Il diffuse des textes polycopiés que les curés ont mission de reproduire à leur tour de façon à ce que chaque fidèle puisse les avoir en main.

Les dirigeants communistes veulent réquisitionner son séminaire pour affecter l’édifice à l’Ecole de Pédagogie ! Il proteste et se rend au siège du parti pour négocier et obtient un compromis, le troisième étage du Palais sera l’Ecole de Pédagogie, et les deux autres demeureront au séminaire.

Ainsi, par une méthode de contact personnel, de résistance calculée par la résonance médiatique, il se révèle un adversaire redoutable du régime, ce que le Bureau des cultes de Pologne n’avait pas prévu.

Sa méthode est différente de celle du Cardinal Primat mais elle est tout aussi efficace.

Durant ses 11 années de cardinalat, Karol Wojtyla connaît une notoriété grandissante.

Sa participation étroite au synode romain, son élection répétée au Conseil de la Secrétairie du synode, son rôle de rapporteur au symposium des Evêques européens en 1975 et au Congrès Eucharistique de Philadelphie en 1976, la prédication à la curie en 1976, les fréquents voyages pour visiter les communautés polonaises de l’émigration, sa mission en Allemagne en septembre 1978, sont les principales occasions qui lui permettent d’être connu dans le monde et de devenir familier de la majorité des membres du Collège des Cardinaux. (Cf. Luigi Accatoli - Karol Wojtyla l’homme du siècle - page 62).

L’ELECTION COMME PAPE

Au conclave qui suivit la mort de Paul VI et où sera élu le Cardinal Albino Luciani (Jean-Paul Ier) le Cardinal Wojtyla avait obtenu des "vota di calore" pendant les premiers tours.

Au second conclave, il y sera élu au 8ème tour avec 99 suffrages sur 111 votants.

C’est le Pape lui-même qui donne ces indications avec une application libérale du secret du conclave posé par le code de Droit Canon et maintenu par Paul VI.

D’après les "vaticanologues" ou les confidences échappées ultérieurement au Pape, trois cardinaux s’étaient détachés pendant les premiers tours du conclave :

Le Cardinal Siri qui recueillait les suffrages des traditionalistes,

Le Cardinal Benelli pour recueillir les suffrages de ceux qui désiraient la continuation de la réforme de Paul VI.

Lui-même enfin.

Mais selon le témoignage du Pape, dès le 2ème tour tout était clair quant à l’issue de l’élection.

Premier pape non Italien depuis quatre siècles, étranger à la curie, le pape craignait l’accueil du peuple de Rome.

Il s’en expliquait aussitôt en prenant contact avec la foule massée sur la place Saint-Pierre dès l’apparition de la "fumata bianca".

Les Cardinaux, dit-il à la foule, ont nommé un nouvel Evêque de Rome et ils l’ont appelé d’un pays lointain... lointain, mais également toujours proche par la communion de la Foi et la tradition chrétienne.

Je ne sais si je peux m’expliquer dans votre...dans notre langue italienne. Si je me trompe vous me corrigez.

C’est aussitôt l’enthousiasme avec une sorte d’affection tendre pour son Italo-Latinisme "mi corriggete", erreur d’italien mais digne d’un bon latiniste.

Et il continue "sur le Trône de Saint Pierre à Rome, se trouve un évêque qui n’est pas romain, un évêque qui est un fils de Pologne, mais dès ce moment il devient romain ! Oui romain".

Et au cours de son long pontificat Jean-Paul II s’est montré un évêque de Rome attentif puisqu’il a visité le plupart des paroisses de la ville qui est son diocèse plus en tout cas que la plupart de ses prédécesseurs, même si la maladie lui interdit de continuer au même rythme ses visites pastorales.

Quels traits tirer de ce pontificat ? Rien tout d’abord qui n’ait été esquissé dans les interventions du Cardinal de Cracovie au Concile.

Peu d’innovations en matière dogmatique où le classicisme du Pape est total aussi bien en matière de théologie que de morale et notamment de morale sexuelle.

Pas d’ordination des femmes malgré une majoration de leur place dans l’Eglise, voulue et proclamée par le Pape.

Aucune innovation dans le fonctionnement de la curie avec néanmoins des déclarations claires et nettes qui manifestent que la curie malgré sa liberté doit exprimer la Doctrine du Pape et non ses interprétations personnelles.

Un exemple : le chargé de communication du Saint-Siège déclare à une conférence de presse : Les Etats ont le droit de se défendre même si cela entraîne des morts d’hommes.

Rectification immédiate est faite par le secrétariat particulier du Pape : "Le chargé de la communication n’a parlé qu’en son nom propre puisque le Pape, à plusieurs reprises, a fait part de sa critique de toute guerre quelle qu’elle soit".

Ce n’est certes pas une innovation sur le plan théologique ou moral puisque la même doctrine avait été soutenue par Pie XII en son temps ainsi que par le Cardinal Ottaviani mais c’est une rectification qui pèse lourd.

Il y a donc dans la Doctrine de ce pape un classicisme traditionnel sur le plan doctrinal mais une originalité nouvelle et certaine sur le plan spirituel et pastoral.

On sort de la longue tradition des propos pieux des pontifes romains pour aboutir à un message spirituel brûlant et vrai.

Le Pape a un charisme certain pour exprimer d’une manière originale et nouvelle la spiritualité du peuple de Dieu et notamment l’appel universel à la sainteté entendu au sens fondamental d’appartenance à Celui qui est par excellence le Saint, le trois fois Saint (Isaïe VI-3).

Cet engagement vers la Sainteté n’est pas l’apanage de certains chrétiens, les religieux, les moines, tous les fidèles du Christ, quel que soit leur état ou leur rang, sont appelés, dit le Pape, à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité.

Ce serait un contresens , ajoute-t-il, de se contenter d’une vie médiocre, vécue sous le signe d’une éthique minimaliste et d’une religiosité superficielle.

Recevant les pèlerins de Lisieux en 1987, il évoque le pèlerinage de Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus à Rome qui fut déterminant pour sa vocation contemplative et missionnaire et ajoute sans entrer vous-même au Carmel, vous avez à vivre comme des laïcs chrétiens ces deux dimensions essentielles de toute vie baptismale, convertissez votre vie journalière, hebdomadaire et mensuelle pour respirer Dieu.

Cette quête de la Sainteté fondée sur la prière suscite dans l’Eglise, à la suite du Pape, un nouvel esprit missionnaire qui ne saurait être réservé à un groupe de spécialistes, mais qui doit engager la responsabilité de tous les membres du peuple de Dieu.

Celui qui a vraiment rencontré le Christ ne peut le garder pour lui-même, il doit l’annoncer.

Il faut un nouvel élan apostolique pour qu’il soit vécu comme un engagement quotidien des communautés et des groupes chrétiens.

Il appartient aux laïcs de découvrir toujours mieux la vocation qui est la leur, en cherchant le royaume de Dieu, en gérant les affaires temporelles et en les ordonnant selon Dieu.

Les laïcs parce qu’ils sont chargés de la gérance du temporel, doivent s’efforcer de résoudre les contradictions d’une croissance économique, culturelle, technologique qui offre de grandes possibilités à quelques privilégiés laissant des millions de personnes non seulement en marge du progrès mais aux prises avec des conditions de vie bien inférieures au minimum qui leur est dû en raison de leur dignité humaine.

Et il insiste sur les nouvelles pauvretés que l’on rencontre dans des secteurs et des catégories non dépourvues de ressources économiques, mais exposées à la désespérance du non sens, au piège de la drogue, à la solitude du grand âge, de la maladie, à la mise à l’écart ou à la discrimination sociale.

Ces paroles sont tirées de son grand message d’annonce du troisième millénaire "Novo Millenio ineute" elles sont un langage nouveau même si le message est classique.

Cette liberté de langage du Pape, il la pratique également vis-à-vis des régimes politiques aussi bien à Cuba qu’à Haïti, en condamnant ce qui doit l’être, mais aussi bien vis-à-vis de l’histoire de l’Eglise dont les pages sombres sont l’objet de ce qui a choqué un certain nombre de chrétiens, des repentances, repentances pour la Galilée, l’Inquisition, la traite des noirs, les mauvais traitements employés vis-à-vis des Indiens, la persécution des juifs, les mauvais traitements pendant les croisades envers les musulmans.

Et à côté de ces repentances, le Pape sait manifester sa volonté d’œcuménisme et plus encore sa considération des spiritualités religieuses, même non chrétiennes envisagées comme une recherche de sainteté. C’est là notamment le message d’Assise qui a tant surpris et choqué un certain nombre de chrétiens intégristes. C’est cette liberté souveraine d’expression et de recherche de la sainteté qui caractérise ce Pape sans nouveauté doctrinale, canonique ou disciplinaire. Le "N’ayez pas peur" du discours d’intronisation marque le pontificat tout entier.

Quelques exemples précis pris quasi au hasard peuvent expliquer la doctrine de ce Pape.

A - Le Christ est la route vers la maison du Père et sur cette route

- l’Eglise ne peut être arrêtée par personne.

- C’est la condamnation effective et efficace du communisme défini par l’athéisme programmé, organisé et structuré dans un système politique. C’est la condamnation du capitalisme qui broie les personnes et de la civilisation de consommation.

- L’Eglise veut se maintenir libre face aux systèmes opposés pour n’opter que pour l’homme (Puebla 1979).

- Pour cela il faut que la Société se convertisse (Turin 3 septembre 1988).
- Il faut risquer, ne jamais reculer (séance de la congrégation du Clergé 22 octobre 1993).
- Et moins académique "Tenir bon, ne pas mollir" (message de la Clinique Gemelli (13 octobre 1996).
- Il est nécessaire que quelque chose change ici (discours à Haïti, devant Duvallier - Port au Prince - 9 mars 1983).

Mais ce message n’est pas seulement un message de concorde et de paix, il sait mettre en garde notamment à l’égard des théologies de la libération (Mexico, 28 janvier 1979), à l’égard du schisme de Lefebvre, non pour son désir d’un retour à une liturgie vénérable mais dans la mesure où il met en cause le Concile.

A une religieuse, Sœur Thérésa Kane’s, présidente de la Conférence religieuse des Etats-Unis, qui lui demandait que tous les ministères de l’Eglise soient accessibles aux femmes, il réplique fermement : "Les femmes ne sont pas appelées au sacerdoce, cela n’altère en rien le fait que les femmes sont véritablement une partie essentielle du dessein évangélique".

Pour prêcher ce message direct, spirituel et dérangeant, il faut le proclamer partout, d’où les voyages innombrables du Pape et notamment les rassemblements des JMJ. Le Pape veut se faire l’Apôtre d’un tiers-mondisme résolu " la misère inhumaine du tiers-monde est le résultat de cette idolâtrie idéologique et pratique des deux systèmes qui divisent le monde : le communisme et le capitalisme " (Bolivie, mai 1998).

- Il faut combler le fossé inhérent qui sépare les pays riches des pauvres (Vienne, 20 juin 1998).

-Au non de la Justice, il conjure ses frères dans l’humanité, en tant que successeur de Pierre, de ne pas mépriser les affaires de ce continent (Burkina-Faso, 30 janvier 1990). Et ce message universel du Pape suppose la liberté religieuse. On ne peut exclure le christianisme de l’histoire de l’homme en quelques parties du monde, sous quelques latitudes ou longitudes que ce soient.

- Exclure le Christ de l’histoire de l’homme est un acte contre l’homme (Varsovie, 2 juin 1979).

Les voyages du Pape sous la forme d’une prédication simple, accessible mais sans concession sont modernes. Certes c’est Paul VI qui a initié ces voyages fréquents et pour y faire des interventions notables et parfois même capitales, mais ce qu’il y a de résolument nouveau dans les voyages de Jean-Paul II c’est son attitude de liberté vis-à-vis des médias et notamment dans les conférence de presse qu’il organise pendant les vols lointains avec l’adoption de la règle de la redondance médiatique. Il répond à tous de manière non formaliste mais toujours habilement, on est loin de la communication par encyclique en latin ou par des discours solennels.

C’est aussi le Pape du geste et de la présence physique et médiatique. C’est le Pape de la parole et de la parole improvisée et personnelle plus que de la parole écrite et du document.

B - La réhabilitation du corps

Grand sportif avant l’attentat du 19 mai 1981, skieur, pratiquant du kayak et même champion de cette discipline, alpiniste naguère, il fera construire une piscine a Castel Gandolfo.

Mais à côté de ces anecdotes, souvent dépourvues d’intérêt si elles ne sont pas le soutien d’une pensée, le Pape est l’inventeur de la spiritualité du corps. Par le fait que le Verbe s’est fait chair, le corps est entré dans la théologie, c’est-à-dire dans la science qui a pour objet la Divinité. Inaugurant la réouverture de la chapelle Sixtine il fait allusion aux nus de Michel-Ange et décrit ces fresques comme une théologie du corps humain. Il n’a pas peur du corps, il en parle librement ainsi que de la relation entre les sexes, de la fonction de la sexualité, constitutive de la personne humaine et attribution de la personne.

Il ajoute :"Les paroles d’amour prononcées entre les amants au moment du don réciproque, se centrent sur le corps, non seulement parce qu’il constitue par lui-même la source d’une fascination réciproque, mais aussi et surtout parce que s’affirme directement et immédiatement sur lui cette attraction vers l’autre personne, vers l’autre je, féminin ou masculin, qui dans l’impulsion intérieure du cœur génère l’amour" (catéchèse Sull’amore umano, 1990 p.70).

C’est toute cette liberté avec le corps qui caractérise les contacts du Pape avec les foules. C’est ainsi que recevant une petite fille qui monte vers lui pour lui présenter des dons au Palais des Sports de Gênes, Jean-Paul II prend entre ses mains le visage de la petite fille qui l’a salué au nom de ses 13 000 camarades et l’embrasse sur le front. La petite va ensuite vers le Cardinal Siri qui se tient à côté du Pape, un degré plus bas, et l’archevêque lui tend simplement son anneau à baiser. Ce jour là Jean-Paul II a substitué le baiser sur le front au baiser de l’anneau plus conforme aux usages, mais ce geste est révélateur d’une mentalité et d’une nouveauté féconde pour l’Eglise qui semble n’avoir plus peur du corps et du sexe.

C- Le Pape et la paix

Comme tous ses prédécesseurs, le Pape ne se contente pas de condamner la guerre, la violence, mais il condamne même la guerre défensive et il manifestera cette condamnation absolue des guerres au moment des évènements du Golfe et il continue à ce jour avec l’Irak.

Après l’ultimatum de l’ONU à Saddam Hussein, il est le seul contre tout l’Occident, les U.S.A., et la majorité des gouvernements du monde arabe, à condamner cette guerre, même si les épiscopats concernés ne le suivent pas entièrement dans sa doctrine.

Il reprend donc la doctrine qu’il a développée au moment de la guerre des Malouines (mai - juin 1982) et de la guerre de Bosnie (1990 - 1991).

En pleine opération "tempête du désert", Jean-Paul II intervient trois fois dans des circonstances importantes pour condamner de la manière la plus absolue cette guerre :

- Message de Noël
- Discours au corps diplomatique
- Lettre au Président Bush

A son Excellence Mr George Bush, Président des Etats-Unis d’Amérique

Je ressens un pressent devoir de ma tourner vers vous en votre qualité de Chef d’Etat du pays principalement engagé en hommes et en moyens dans l’opération militaire en cours dans la région du Golfe.

Dans les jours écoulés, interprétant les sentiments et les préoccupations de millions de personnes, j’ai souligné les tragiques conséquences d’une guerre dans cette région. Je désire à présent répéter ma ferme conviction qu’il est très difficile que la guerre apporte une réponse adéquate aux problèmes internationaux et que même si une situation injuste pouvait être momentanément résolue, les conséquences qui selon toute probabilité dériveraient de la guerre seraient dévastatrices et tragiques.

On ne peut se cacher que le recours aux armes et particulièrement aux armements hautement sophistiqués d’aujourd’hui, provoquera outre des souffrances et des destructions, des injustices nouvelles et peut-être plus graves.

J’invoque sur vous les abondantes bénédictions divines et en ce moment de graves responsabilités face à votre Pays et face à l’Histoire, je prie surtout pour que Dieu vous illumine afin de prendre des décisions qui servent vraiment le bien de vos concitoyens et de toute la communauté internationale.

L’attentat du 13 mai 1981 n’altérera pas la doctrine du Pape, même si son corps est devenu un corps souffrant dans lequel il voit un moyen d’oblation supplémentaire pour le salut des hommes.

C’est un homme de douleur qui assume actuellement la fonction de Souverain Pontife sans pour autant songer à démissionner ni à mettre fin au mandat qui lui a été conféré par l’Eglise et par Dieu.

Certes il sait que ses jours sont comptés et après chaque discours il fait allusion à sa mort surtout à partir de 1994. Mais pour autant, et son récent voyage en Pologne l’a démontré, son ardeur ne s’est pas modifiée.

Jean-Paul II sera jugé par l’Histoire comme tous ses prédécesseurs mais j’espère qu’il sera connu dans le souvenir des hommes comme l’un des plus grands Pontifes de ce siècle et un des plus "long" en tout cas.

Ce n’est pas un réformiste à sensation, il n’a pas promulgué de dogmes nouveaux, ni d’ouvertures spéciales en morale ou en liturgie.

Il n’a enregistré qu’un échec : l’œcuménisme par la résistance notamment du patriarcat de Moscou, qui s’est montré jusqu’à présent hostile à tout rapprochement.

Car il a inauguré une forme nouvelle de l’exercice du ministère de Pierre qui doit être reconnu par tous.

Aucun Pape de demain ne pourra oublier l’apport incontestable de Jean-Paul II à l’Eglise et notamment à la fonction pontificale.

Il nous laissera l’image d’un Pape adapté à son époque, libéré d’une tradition qui le figeait, restitué aux gestes et au langage de l’humanité commune.

Il revendique également pour le Pape le droit à l’excès et à l’invective par sa violence contre les inégalités, la guerre, la famine et tout ce qui porte atteinte à la dignité de l’homme.

Il a su faire les repentances nécessaires pour dépasser une histoire conventionnelle et parfois un peu biaisée.

Il aura aidé puissamment à la dissolution du communisme sans pour autant se résigner à la victoire du capitalisme et ce non par politique mais par souci de justice.

Il aura opéré le décrochage du pontificat romain à l’égard des destinées du Nord et de l’Occident en conférant une dimension réellement universelle à la promotion de la Paix et des Droits de l’homme.

Et même dans le domaine où nous estimons qu’il n a pas atteint le but qu’il recherchait, il a relancé le défi du dialogue par l’encyclique Ut Unum Sunt de mai 1995.

Pour la première fois un Pape remettait en question la papauté, se déclarant disposé à discuter des formes de son exercice historique et demandant même pardon pour la responsabilité des Papes.

"Après des siècles d’âpres polémiques les autres Eglises et Communautés Ecclésiales examinent toujours plus et d’un regard nouveau ce Ministère de l’unité.

Je suis convaincu d’avoir à cet égard une responsabilité particulière surtout lorsque je vois l’inspiration œcuménique de la majeure partie des communautés chrétiennes et que j’écoute la requête qui m’est adressée de trouver une forme d’exercice de la primauté ouvert à une situation nouvelle sans renoncement aucun à l’essentiel de sa mission".

Je prie l’Esprit Saint de nous donner sa lumière et d’éclairer tous les pasteurs et les théologiens de nos Eglises afin que nous puissions chercher ensemble les formes dans lesquelles ce ministère pourra réaliser un service d’amour reconnu par les uns et par les autres.

Ainsi donc le pontificat de Jean-Paul II, ce Pape venu de l’Est, se révélera un des plus fécond et des plus importants du 20ème siècle car il ouvre des perspectives nouvelles au seuil du troisième millénaire.

A propos d’André Damien

André Damien
André Damien
Président de l’Académie des sciences morales et politiques pour l’année 2006

André Damien a été élu correspondant le 30 avril 1974 en remplacement de Gabriel Marty, puis membre titulaire, le 12 décembre 1994, dans la section Législation, Droit public et Jurisprudence, au fauteuil laissé vacant par le décès d’Henri Mazeaud. Il est vice-président de l’Académie pour l’année 2005, et Président pour l’année 2006.

Sa carrière

Diplômé de l’Institut de criminologie de Paris, il a été successivement avocat au barreau de Versailles (1953), avocat honoraire (depuis 1981) et bâtonnier de l’ordre des avocats de Versailles (1969-1970 et 1973-1976), président (1979-1981) puis président d’honneur de la Conférence des bâtonniers (1981), enfin conseiller d’Etat (1981-1997).

Parallèlement, André Damien a exercé des fonctions politiques : maire de Versailles (1977-1995), conseiller général des Yvelines (1979-1998), conseiller, chargé des cultes auprès de Charles Pasqua, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire (1993-1995), puis de Jean-Louis Debré, ministre de l’Intérieur (1995-1997). Suppléant de Franck Borotra, il a été proclamé député des Yvelines en 1996 et a siégé à l’Assemblée nationale jusqu’en 1997.

André Damien est membre du Conseil de l’Ordre de la Légion d’Honneur depuis 1997.

Il est également lieutenant général de l’Ordre du Saint-Sépulcre pour la France, depuis 1998.

Ses oeuvres

- 1971 - Versailles méconnu
- 1971 - Le barreau quotidien
- 1973 - Les avocats du temps passé
- 1974 - Memento de l’avocat stagiaire
- 1975 - La Vie spirituelle de l’avocat au XVIIe siècle
- 1976 - Être avocat aujourd’hui
- 1977 - Les règles de la profession d’avocat
- 1980 - Versailles, deux siècles de vie municipale
- 1988 - Les Versaillais et leur château
- 1989 - Versailles et la révolution royale
- 1990 - Le secret nécessaire
- 1990 - Histoire religieuse du diocèse de Versailles
- 1991 - Les grands arrêts de la profession d’avocat
- 1991 - Le Grand Livre des ordres de chevalerie et des décorations
- 1995 - L’art et la manière de porter les décorations
- 1999 - L’Institut de France
- 2000 - Histoire d’un fauteuil
- 2000 - Une tentative de naissance d’un laïcat dans l’Eglise : Les Tiers-Ordres

L’épée d’André Damien

Réalisée par Raymond Corbin, membre de l’Académie des beaux-arts, l’épée d’André Damien rassemble les symboles suivants :
- Sur la fusée, le faisceau de licteurs, symbole de l’autorité civile et de l’imperium car André Damien a été pendant vingt ans maire de Versailles. Les faisceaux de licteurs rappellent également le cardinal Mazarin qui les portait dans ses armes.
- Sous la fusée, un chapiteau à quatre pans portent sur ses différentes faces la représentation de livres, symboles de culture et de bibliophilie ; Marianne, symbole de la République française, rappelant la carrière d’André Damien au Conseil d’état ; la façade du Palais Bourbon, qui rappelle la présence d’André Damien à l’Assemblée Nationale, en particulier à la commission des lois ; les initiales d’André Damien (A.D.) et la date de son élection à l’Académie (1994).
- Sur la garde, les armes de la ville de Versailles, où habite André Damien, dont il fut bâtonnier, maire et député ; l’Ancre de Miséricorde, qui rassemble les pécheurs pour les porter vers les valeurs éternelles, rappelant la rigueur doctrinale du catholicisme d’André Damien ; une roue dentée, symbole de l’arme du Train, dans laquelle André Damien a terminé sa carrière militaire comme colonel.
- Le bouton de chape est constitué par une toque d’avocat, rappel de la carrière d’avocat d’André Damien, profession dont il est le déontologue.




- Écoutez aussi Placido Domingo évoquer de Jean-Paul II : Placido Domingo évoque Jean-Paul II : quelques mots d’un artiste à un poète devenu pape, le lien du Chant






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires