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Hommage à Jean Bernard, par Jacqueline de Romilly, Jean Dausset, Jean-Pierre Changeux et Jacques-Louis Binet

membres de trois académies, l’Académie française, l’Académie des sciences, l’Académie Nationale de Médecine
L’Académie française a rendu hommage à Jean Bernard, décédé en avril 2006. Jacqueline Worms de Romilly s’est exprimée sur les liens d’amitié qui l’unissaient au célèbre académicien. Jean Dausset et Jean-Pierre Changeux ainsi que Jacques-Louis Binet évoquent sa carrière scientifique et médicale.


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Référence : COL214
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Date de mise en ligne : 23 novembre 2006

Le 17 octobre 2006, l’Académie française a rendu hommage à Jean Bernard. Lors de cette après-midi, les trois académies où siéga Jean Bernard, furent représentées :
- l’Académie française par Jacqueline Worms de Romilly
- l’Académie des sciences par Jean Dausset et Jean-Pierre Changeux
- l’Académie nationale de médecine par son secrétaire perpétuel Jacques-Louis Binet.

Canal Académie retransmet les communications de ces académiciens.

Jacqueline Worms de Romilly de l’Académie française
Jacqueline Worms de Romilly de l’Académie française

Jacqueline Worms de Romilly :
« Jean Bernard avait tout à fait sa place à l’Académie française. Il s’intéressait au sens exact des mots, il était l’âme de la commission du prix de poésie de l’Académie française. C’était un grand savant, mais aussi un grand littéraire. Il apprenait des textes par cœur, et avait développé une grande amitié pendant son adolescence avec Adrienne Monnier, libraire parisienne connue à l’époque pour recevoir régulièrement André Gide ou Paul Valéry.
Ceci explique d’ailleurs en partie toutes ses allusions aux écrivains, et notamment, son attachement aux écrits de Paul Valéry.
Lorsque plus âgé, il ne trouvait pas le sommeil, il se récitait tout un acte de Polyeucte ! Poète lui-même, il a reçu un prix de l’Académie française, avant même d’en être membre.
Pendant la seconde guerre mondiale, il fut emprisonné à Fresnes pour ses activités de résistant. Sa seule consolation fut d’inventer des vers et de les mémoriser. Sur le plan littéraire, il écrira une quarantaine d’ouvrages, la plupart consacrés à la médecine. Il sut rendre concrets tous les problèmes rencontrés en médecine. Peut-on, doit-on, révéler à un patient les menaces qui pèsent sur sa vie ?

Dans tous ces livres se dégagent deux traits :

  • son humanité (il détestait l’idée de la souffrance)
  • sa curiosité (comprendre et faire comprendre)

Il ne craignait pas la mort, au contraire, il en avait une grande curiosité.

Lorsque j’ai entendu son discours de réception, il succédait alors à Marcel Pagnol. J’ai été frappée par la sympathie entre les deux. Certains passages donnent un sentiment de contact direct entre les deux hommes. Il évoque les bars, les étals des poissonniers le long du port de Marseille. En réalité si Jean Bernard connaissait aussi bien Marseille, c’est parce qu’il avait eu sur place un rôle actif de résistant pendant la seconde guerre mondiale.

Parmi ses amis à l’Académie française, il comptait Jean Delay et Jean Hamburger, mais il gardait toujours une certaine discrétion.
Ma conclusion n’est pas un regret. Au contraire, elle est positive, elle est une plus grande confiance en l’humanité. »

Jean Dausset, membre de l’Académie des sciences
Jean Dausset, membre de l’Académie des sciences

Jean Dausset (académicien des sciences, ancien élève de l’école d’Hématologie)

« Jean Bernard avait choisi le service le plus proche de chez lui, lorsqu’il était interne. C’est ainsi qu’il a fait la connaissance du professeur Chevalier.
Entre 1933 et 1936, il se lance dans des expériences et cherche un modèle animal à la leucémie humaine. En 1947, il réalise la première transfusion sur un patient atteint d’une leucémie. Mais l’opération est finalement un échec. Après une courte période de rémission, le malade rechuta et décèdera.
Jean Bernard créera la première école hématologique française. A l’hôpital Saint - Louis où il fera carrière, il ouvre le centre Hayem, réputé sur le plan international. De nombreux élèves français et étrangers viennent travailler dans son service. Pour la première fois dans un hôpital, on peut naviguer de la clinique au rez-de-chaussée, à la recherche au quatrième étage. Il œuvra pour une symbiose entre recherche et application.

Dans son service, il tenait à recevoir les parents d’enfants malades, afin de leur expliquer au mieux la situation et l’évolution de la maladie. Il prennait chaque mort d’un enfant pour une insulte personnelle.
Tous les samedis matins, il réunissait le personnel soignant pour discuter des protocoles. Son œuvre de médecin inspira de nombreux médecins et chercheurs. »

Jacques-Louis Binet, secrétaire perpétuel de l’Académie nationale de médecine, « disciple de Jean Bernard ».

Jacques-Louis Binet, Secrétaire perpétuel de l'Académie nationale de médecine
Jacques-Louis Binet, Secrétaire perpétuel de l’Académie nationale de médecine

« À 16 ans, Jean Bernard choisit la médecine, alors que son père le voyait ingénieur.
Son parcours d’étudiant en médecine ne se fait pas sans difficultés : il est ajourné deux fois en histologie, il passe plusieurs fois le concours d’interne. Finalement, il arrive dans le service de Paul Chevalier où il effectue ses quatre années d’internat. Dès ses premières années, il n’accepte pas la dichotomie entre les patients aisés, soignés à leur domicile, et les plus pauvres dans les dortoirs des hôpitaux.
Nommé médecin des hôpitaux de Paris, passionné par son métier, il travaille pendant plusieurs années près de 16 heures par jour !

Après la seconde guerre mondiale, il rédige un recueil de poésie, Survivance, ainsi qu’un Traité hématologie, 800 pages qu’il écrit pratiquement d’une traite et sans document ! À l’hôpital Saint-Louis, il monte un service d’hématologie pédiatrique.
Puis son rôle change : il devient chef de service de 200 personnes, met au point de nouveaux protocoles, active les recherches des greffes de moelle osseuse. Il voyage au Méxique, au Canada, au Brésil, en Argentine, au Liban, en Australie, en Chine... et apporte un nouveau concept, celui de l’hématologie géographique. Le sang d’un individu dépend de ses conditions de vie. Pendant les dernières quinze années de sa vie, ses semaines ont été rythmées par les séances des trois académies. »


Jean-Pierre Changeux, membre de l’Académie des sciences, neurologue. Il a succédé Jean Bernard à la présidence du Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

« Jean Bernard est le père fondateur de la bioéthique médicale. Il a créé le CCNE, conseil consultatif national d’éthique en 1983 et il l’a présidé pendant 9 ans. En cinquante ans, la médecine a changé considérablement. Et la morale médicale aussi.
Si dès 1975 une commission chargée d’encadrer le génie génétique voit le jour, il faut attendre le 23 février 1983 et la création du CCNE par le président de la République François Mitterrand.
Cet organisme complète alors le Conseil de l’ordre des médecins.

Le CCNE donne des avis, mais il n’a pas de pouvoir décisionnel, seulement un rôle de persuasion.

Les objectifs : indépendance, pragmatisme, adaptation aux progrès de la médecine, respect de la personne humaine et respect de la science.

Pour Jean Bernard, l’Ethique n’est pas un code rigide. Elle doit unir les expériences et les pensées. Elle doit renouer avec l’agora. »

Jean-Pierre Changeux, membre de l’Académie des sciences
Jean-Pierre Changeux, membre de l’Académie des sciences
En savoir plus sur :

- Écoutez également notre émission En colloque sur L’hommage à Jean Bernard à l’Académie nationale de médecine . Vous découvrirez l’évolution du traitement des leucémies depuis ses travaux, ainsi que son rôle de président de la Fondation pour la recherche médicale, la FRM !






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