Rechercher

Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

A savoir

6 novembre

« Les régulations mises en place pour assurer la stabilité financière sont-elles compatibles avec l’accélération nécessaire de la croissance dans la zone euro ? ». Communication de François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France. En savoir plus : www.asmp.fr.

Jean-Loup Dabadie : « l’anti-saltimbanque »
(Extrait du discours prononcé par Frédéric Vitoux lors de la réception de Jean-Loup Dabadie à l’Académie française, )

Jean-Loup Dabadie : « l’anti-saltimbanque »
(Extrait du discours prononcé par Frédéric Vitoux lors de la réception de Jean-Loup Dabadie à l’Académie française, )
« En principe les religions sont autosuffisantes. Elles ne s’occupent pas les unes des autres. Cela ne les intéresse pas. Il y a cependant des cas plus compliqués. Quand le judaïsme et le christianisme se sont séparés à la fin du 1er siècle, ils ont cherché les motifs de leur divorce. Les chrétiens ont trouvé dans l’Ecriture, particulièrement chez les prophètes, le thème du “reste d’Israël”. Ils se le sont appliqué à eux-mêmes. Eux, ils étaient le reste authentique et fidèle. Ils se sont attribué la totalité des privilèges de l’élection divine parce qu’ils étaient le verus Israël, et ils ont rejeté vers l’extérieur le vetus Israël, dépossédé de son héritage. De leur côté, les Juifs se sont repliés sur la Loi et le Talmud. Ils ont décidé de ne pas penser le christianisme, de ne pas s’y intéresser. Comme disait Levinas, citant le Psaume : “Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien.” Cela a duré une bonne quinzaine de siècles. Depuis la guerre, la Shoah, Vatican II, la situation change. Le thème de la substitution est abandonné. Les deux religions se parlent, s’étudient, se connaissent mieux. L’islam s’est manifesté dès le Coran comme un rejet franc et décidé du christianisme. Le Coran confie à Jésus, qui est musulman, le soin de nier solennellement la Trinité, l’Incarnation et la Rédemption. La suite historique a été la séparation définitive, l’hostilité frontale, la guerre, l’inassimilation, cela depuis quatorze siècles. Cependant, dès le début, les chrétiens ont eu du mal à discerner ce que l’islam était vraiment. Saint Jean Damascène le regardait comme une hérésie parmi d’autres. Dans la suite, on observe des curiosités du côté chrétien. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, se fait traduire le Coran. On relève aussi des tentatives pour jeter des ponts, par exemple chez Raymond Lull, ou chez Nicolas de Cues. Plus récemment, on connaît les problématiques assertions de Louis Matignon et de son école. Les ponts se sont vite écroulés. Aujourd’hui, ce qui me paraît dominer dans le monde chrétien, particulièrement catholique, à l’égard de l’islam, c’est un mélange d’ignorance, de bons sentiments et de peur. » Extrait de Problèmes religieux contemporains, par Alain Besançon, Éditions de Fallois, mai 2015, 278 p., 22 euros