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" Identité européenne et ambition française " par Jean-Louis Bourlanges

L’ancien député européen est l’invité de l’Académie des sciences morales et poltiques
Pour Jean-Louis Bourlanges, la construction européenne a connu deux moments forts : le 9 mai 1950 qui porte le génome de sa construction et la fin de la Guerre froide. L’année 2013 semble marquer un étape nouvelle. Le point sur l’Europe (UE) à travers l’articulation entre l’identité européenne et l’ambition nationale.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : ES693
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/es693.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 19 mai 2013

L’auteur de Droite année zéro (1988) et de Le diable est-il européen ? (1992), connu pour son engagement politique au centre, fut élu député européen jusqu’en 2007.

Sa communication aborde comment se situe l’initiative de Robert Shuman dans l’histoire de la diplomatie française dans une première partie consacrée à l’identité européenne puis dans une deuxième, consacrée à l’ambition française. Pour l’ancien magistrat à la Cour des comptes, la France ne s’est jamais remise du traumatisme national que constitue le Traité de Paris de 1763 d’où sont nées deux conceptions de la diplomatie française : deux idées de la France. Ce traité de paix mettait fin à la guerre de Sept Ans, réconciliant, après trois ans de négociations, la France et la Grande-Bretagne. Il aboutissait à une nouvelle géographie de la domination territoriale des deux royaumes en Europe, en Amériques et aux Indes. Selon Jean-Louis Bourlanges, l’ensemble de l’action diplomatique française pourrait se référer en résumé à l’École de Choiseul qui cherche la suprématie, l’action héroïque, l’unilatéralisme, le souverainisme en termes contemporains ou bien à l’École de Talleyrand qui cherche la sécurité, la modération, la coopération, le multilatéralisme dirait-on aujourd’hui (Briand, Schuman).

Que signifie l’arbitrage diplomatique du 9 mai 1950 ?

Jean-Louis Bourlanges explique que la France, mais aussi la Grande-Bretagne choisissent alors en 1950 l’intégration, s’accordant d’avoir un lien privilégié avec l’Allemagne, première rupture- et acceptant l’Allemagne à rang égal, seconde rupture. L’idée qu’il faut organiser l’Europe avec une structure forte, est alors une idée en revanche française ; les Anglais préférant une Europe plus libre "qui flotte".

L’Europe de Schuman est une Europe incarnée, géographiquement identifiée à la Carolingie romaine, chrétienne, laïque. Elle dépasse les frontières. Elle combat les ambitions étatiques qui ont conduit les peuples européens à se déchirer.
L’Europe que porte Jean Monet est universelle, déracinée. Elle tendra à la paix quand on pourra mettre en place les méthodes d’une mise à distance des différentes cultures. Jean Monet, explique Jean-Louis Bourlanges, « fait communier les Européens dans une culture des droits fondamentaux de caractère universel et donc potentiellement sans frontière. »
l’objectif était pour lui la maîtrise de l’altérité, de l’opposition entre des peuples. L’homme est un faiseur de paix. "Le secours de la raison" permettra d’éliminer les passions pour installer la paix, telle est la vision de Jean Monet.

Jean-Louis Bourlanges insiste sur« le miracle » de cette période allant de 1950 jusqu’à la fin de la Guerre froide à 1989/1990/1991 qui connaît la coïncidence de ces deux visions.

L’Europe en 2013

Cinquante après, l’Europe apparaît comme inutile. Les valeurs européennes sont comprises comme les valeurs du monde. Sur le plan économique la mondialisation permet de construire la planète. L’hyperpuissance américaine demeure la gendarmerie du monde, on ne croit plus à un conflit planétaire. On est dans une Europe où potentiellement il n’y a rien entre la nation et le monde. Se pose en effet, un problème d’identité, nous dit-il. Le destin européen est identifié au destin du monde. C’est la rupture entre l’universalisme de Jean Monet et une Europe particulière qui ne se trouve pas et qui va disparaître. L’Europe est désunie. La globalisation va mettre en cause le consensus keynésien qui concilie le libéralisme et la distribution des fruits de la croissance. Il y a fracture entre ricardiens et Kheynésiens et un retour du ricardisme aujourd’hui.

Que se passe-t-il entre cette Europe désunie et cette Europe désincarnée d’aujourd’hui ?

On a un double refus de l’identité : celui de l’identité héritée, et celui de l’identité projetée - un refus de l’exclusivité européenne (c’est à dire : qu’est-ce qui appartient ou non en propre aux Européens ?) et un refus de la solidarité (de ce que nous mettons en commun), telle que l’histoire commune. On refuse la géographie disant que la frontière géographique n’existe pas. « On passe à quelque chose à la fois d’hyperunivarsalisant et de naïf, selon lui. Il précise qu’il suffit d’afficher des valeurs universelles » pour intégrer l’Union européenne.car on pense que l’Europe réussit à surmonter les contraires. « On valorise à fond ce qui nous sépare et non ce qui nous identifie, ce qui nous rapproche. La politique extérieure de l’Europe devient son élargissement. » On nie l’idée même de cette spécificité européenne. Le refus d’une identité projetée se traduit pas une crise de la solidarité politique qui brise insidieusement le système institutionnel communautaire, délégitime sa commission et désorganise l’exécutif communautaire. « Les questions politiques sont examinées sous l’angle intergouvernemental et non celui de l’intégration ou bien sous l’angle juridique, comme par exemple la question monétaire ». Pour Jean-Louis Bourlanges, au moment de cette fuite en avant, qui est aussi celui de l’effondrement des partis sociaux-démocrates et de l’arrivée au pouvoir des Eurosceptiques, l’Europe paradoxalement, crée et fait l’euro, une monnaie fédérale. La contradiction est profonde. À partir du milieu des années 1990, l’idée d’Europe recule malgré des conquêtes d’importances.

Les années 2000 montrent les limites de l’acculturation des valeurs. « L’Europe redevient le dépositaire de ce trésor de pratiques démocratiques. La mondialisation cesse d’être heureuse. L’l’hyperpuissance américaine a échoué en Irak et en Afghanistan. » Dans ces conditions, le besoin d’Europe est de retour dans le sens où l’Europe est un ensemble d’États, liés par une culture et une géopolitique commune. La notion d’Europe est nécessaire, elle passe par le besoin de compromis, à l’œuvre aujourd’hui : la reconnaissance de l’exigence ricardienne de compétitivité et la reconnaissance en même temps d’intégrer le cycle est sous-entendue prochaine.
Pour lui, « nous devons passer à une harmonisation plutôt qu’à un transfert des compétences, nous ne pouvons pas nous contenter des pactes juridiques. Le système institutionnel est défaillant. Le centre politique ne parvient pas exister. les opinions publiques sont hostiles et déboussolées. » C’est cet effet retard - ou pour reprendre une image l’effet des ciseaux de Darwin - et la désorganisation du système aujourd’hui, loin du palais que l’Europe avait à construire autrefois qui pousse à un nouveau besoin d’Europe : « Est-ce que le besoin créera l’organe ? », est l’interrogation sur laquelle il conclut.

Jean-Louis Bourlanges, Académie des sciences morales et politiques, 13 mai 2013
Jean-Louis Bourlanges, Académie des sciences morales et politiques, 13 mai 2013
© Marianne Durand-Lacaze/ Canal Académie





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