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Les conditions du redressement productif français par Jean-Louis Beffa

Peut-on sauver l’industrie française ? par le président d’honneur et administrateur de Saint-Gobain
Ingénieur des Mines ayant fait l’essentiel de sa carrière chez Saint-Gobain dont il est devenu président d’honneur et administrateur, Jean-Louis Beffa s’est toujours préoccupé de l’ancrage de son groupe en France. L’important pour lui est de se demander comment peut-on aujourd’hui sauver l’industrie française. L’auteur de La France doit choisir, paru en 2012, refuse que la France renonce à son ambition industrielle. Il était l’invité de l’Académie des sciences morales et politiques le 18 février 2013.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : ES682
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/es682.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 10 mars 2013

Partant d’un constat sans appel sur la perte de compétitivité de la France en matière industrielle mais pas dans tous les secteurs, telles les entreprises, aux marchés larges, abritées de la concurrence mondiale, comme Lafarge, Saint-Gobain, Air Liquide ou GDF SUEZ qui ont su se donner une dimension internationale à partir de leur base française.
Jean-Louis Beffa alerte sur les défis de la mondialisation que certains groupes relèvent en regardant vers les pays émergents ou localement. La bataille de l’énergie est essentielle à ses yeux : il faut s’orienter vers une énergie sûre à bas prix et faire concorder intérêt industriel et intérêt national. Il analyse les stratégies de la Chine et de l’Inde, de la Corée du Sud, du Japon. Dans son intervention, il rappelle l’indispensable convergence franco-allemande, la nécessité de sanctuariser l’impôt-recherche, le maintien du soutien à nucléaire et la poursuite de la recherche en matière d’huiles de schiste, du développement de l’éolien terrestre.

Jean-Louis Beffa, 18 février 2013, Académie des sciences morales et politiques
Jean-Louis Beffa, 18 février 2013, Académie des sciences morales et politiques
© Marianne Durand-Lacaze/Canal Académie

Extraits

[...]

« La perte de vitesse industrielle ne peut que frapper l’observateur. En dix ans, la part de l’industrie dans la richesse produite a diminué de 30% et l’emploi industriel de 20%. La part de la France dans les exportations mondiales a considérablement décru. La France a, durant la dernière décennie, renoncé à son ambition industrielle, tout en perdant de son goût pour la science. Sur les 46 conseils interministériels de la première année du septennat de Georges Pompidou, 25 conseils furent consacrés à l’industrie. Combien aujourd’hui ? Autre exemple : en 2000, la France comptait plus de 135 000 entreprises exportatrices, contre moins de 119 000 aujourd’hui. »

[...]

« Dans le secteur des transports ferroviaires, la concurrence fait rage et fragilise nos positions. La percée chinoise dans le domaine des trains à grande vitesse en est la dernière illustration. L’excellence nationale dans l’énergie nucléaire fait face à une importante remise en cause, que n’accentuent qu’un peu plus les annonces de report et de surcoût dans la construction de la centrale de Flamanville – qui tranchent avec l’absolu respect chinois des délais de construction du même type d’usine, à savoir l’EPR. Nos compétences dans les grands programmes sont donc en danger. »

[...]

« [...] le désintérêt croissant de bon nombre de grandes entreprises, principalement à métier régional, pour leur pays d’origine. La France représente une part de plus en plus faible du chiffre d’affaires de ces grands groupes qui réussissent au-delà de nos frontières. On constate ainsi un divorce croissant entre les préoccupations et les investissements de ces grandes entreprises et l’intérêt national. »

[...]

« En tout cas, l’industrie exportatrice doit être le premier levier du redressement productif. Mais il ne faudrait pas faire l’impasse sur l’une des composantes essentielles de compétitivité : l’énergie. » [...]

« Aujourd’hui, l’Europe envisage tout autrement les questions énergétiques. La Commission européenne se focalise sur la lutte contre le réchauffement climatique et la mise en place d’un marché européen intègre et concurrentiel.

Le résultat est aujourd’hui peu convaincant : une énergie toujours plus chère combinée au retour du charbon en Europe, l’énergie fossile la plus polluante, et ce en dépit des objectifs affichés de lutte contre le réchauffement.

Il conviendrait, au contraire, de réorienter nos politiques énergétiques en privilégiant une énergie dont l’approvisionnement soit sûr et qui soit vendue à l’industrie particulièrement électro-intensive au plus bas prix possible, ce qui n’est pas le cas en particulier en France.

Autre exemple : l’impossibilité d’un débat apaisé et rationnel sur le potentiel des gaz de schiste en France. Dans le pays des Lumières, c’est le retour à un obscurantisme qu’on pensait ne jamais revoir. Lorsque l’on sait que, sans tenir compte de la facture énergétique, notre déficit commercial ne serait que de 15,3 milliards d’euros et non près de 70 milliards, on ne peut considérer cette attitude comme anecdotique et secondaire.

Les prises de position idéologiques ne s’arrêtent pas là, en matière énergétique. Les énergies renouvelables sont un grand mythe trop ignoré. C’est le second obscurantisme énergétique français – et également européen. »

[...]

« Le premier avantage de la puissance chinoise est de réussir à coupler continuité et vitesse d’adaptation. Il profite d’une grande stabilité politique, comme le récent renouvellement des dirigeants vient de le montrer. Mais cette stabilité ne l’a pas empêché jusqu’à présent de s’adapter rapidement aux nouvelles difficultés, aussi bien énergétiques que militaires, sociales ou monétaires. Les solutions trouvées ne sont pas des palliatifs. Le deuxième avantage tient à son système économique dual. D’un côté, la puissance publique qui se concentre sur les grands programmes, comme dans la défense, les télécommunications, l’énergie, le transport, avec des sociétés publiques de plus en plus efficaces, innovantes et mondialisées. De l’autre, un secteur privé extrêmement actif et tourné vers les secteurs non stratégiques. La concurrence chinoise constitue donc un défi auquel il est difficile de répondre, dans la mesure où il allie la quantité – effet de masse démographique, taille du marché intérieur (plus de la moitié du marché mondial dans de nombreux cas), montant des investissements et, maintenant, la recherche de la qualité. L’économie chinoise quasiment dans son ensemble poursuit une stratégie, d’une rapidité encore jamais vue, de montée de gamme technologique. L’industrie chinoise assure ainsi déjà le leadership mondial dans les centraux téléphoniques ou les énergies nouvelles et bien d’autres domaines. »

[...]

« Comment la France peut-elle parvenir à s’insérer dans ce nouveau contexte et y trouver sa place ?

Une Europe efficace et définitivement sortie de crise est nécessaire au redressement français, même si elle n’est pas suffisante. Les mesures heureusement prises par la Banque centrale européenne et les récentes annonces de la Grande-Bretagne quant à la poursuite de son destin européen dessinent l’esquisse d’un chemin.

L’Europe qui se dégage, dès à présent, est une Europe à deux vitesses.  » [...]

« L’objectif de restauration de notre balance des paiements doit être la clef de voûte de toute notre politique économique.  » [...]

« La deuxième voie de redressement économique revient à améliorer la politique de soutien à l’innovation. Le crédit impôt recherche est un acquis indéniable et le sanctuariser était à l’évidence utile. Mais l’argent public devrait aller davantage vers les secteurs exposés, dans des logiques de partenariat associant les centres de recherche publics des PME et les grands et moyens groupes exportateurs français. »

[...]

« La troisième action à mener correspond à la réforme de la gouvernance de nos entreprises afin de favoriser un actionnariat de long terme. »

[...]

« Enfin, la politique des énergies renouvelables est à réviser, en privilégiant les énergies les moins onéreuses – comme l’éolien terrestre ou la biomasse. »

« La France doit choisir sans attendre un capitalisme adapté au contexte mondial, respectueux à la fois de l’intérêt de l’actionnaire et de l’intérêt national. Les entreprises sont devenues le fer de lance de la compétition entre États. Les réformes nécessaires doivent s’inscrire dans un horizon de moyen terme, qui ne se contente pas d’un retour précipité et étouffant aux équilibres budgétaires. Le véritable enjeu du renouveau tient bien davantage à la conclusion d’un pacte productif national.

Le nouveau monde issu de la mondialisation est celui de la concurrence entre les États, qui rouvrent à partir du modèle de capitalisme qu’ils choisissent d’appliquer. Ces choix institutionnels conditionnent les stratégies et la performance de leurs champions nationaux qui mettent en œuvre à l’exportation, là ou se joue cette compétition des États, l’avantage compétitif de leur pays. Pour mener à bien un redressement productif, c’est de ce changement institutionnel que la France a besoin de façon urgente.

A l’État d’agir ! »

Pour en savoir plus

- Texte intégral de la communication du 18 février 2013 à l’Académie de sciences morales et politiques de Jean-Louis Beffa, sur le site de l’Académie

- Jean-Louis Beffa, La France doit choisir, Seuil, Collection Essais, janvier 2012, 285 pages






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