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Sanofi : 40 ans pour redonner à la France un leader mondial dans la santé

Le président d’honneur de Sanofi-Adventis s’exprime devant les membres de l’Académie de sciences morales et politiques
Issu d’une génération de l’immédiate après-guerre, l’homme d’affaires Jean-François Dehecq a les valeurs du travail chevillées au corps, gaulliste de gauche, patriote jusqu’au bout des ongles. Il raconte avec franchise et simplicité son histoire personnelle et celle de la montée en puissance d’une entreprise créée au sein d’un grand groupe, une simple filiale baptisée Sanofi. Généralement, la réussite d’un tel empire industriel naît plutôt au sein d’une petite structure et non à l’intérieur d’un groupe : une histoire rare racontée par un homme direct.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : ES681
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/es681.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 3 mars 2013

Jean François Dehecq (né en 1940) est un ingénieur, entrepreneur Français, détenteur au départ d’un CAP, créateur avec René Sautier de la filiale Hygiène et Santé du groupe Elf, Sanofi, en 1973. À partir de 1988, il dirige l’entreprise, cela jusqu’en 2010 réalisant un peu moins de 300 fusions et acquisitions d’entreprises avec le groupe et réussissant à faire de Sanofi en 30 ans, un leader mondial dans le domaine pharmaceutique. Aujourd’hui en 2013 il est président d’honneur de Sanofi-Aventis.

Le 11 février, l’Académie des sciences morales et politiques, dans le cadre de son thème annuel de réflexion pour 2013, "La France dans le monde", l’invitait à prononcer une communication sur l’histoire de Sanofi, qui demeure à ses yeux « une aventure industrielle exceptionnelle. » Jean-François Dehecq a intitulé son intervention : « Sanofi : 40 ans pour redonner à la France un leader mondial dans la santé » dont voici quelques extraits. Il a raconté l’histoire de Sanofi, spécialiste dans les produits de santé, médicaments et autres. L’entreprise s’oriente depuis ces dernières années vers les produits de bien-être et de nutrition, l’avenir pour lui. Il a conclu en évoquant la nécessité de réformer en France mais « le poids de l’histoire et la résistance au changement s’opposent aux mutations rapides qui semblent dans ce pays n’être possibles que dans des situations de rupture ».

Extraits

- Sur son parcours

[...] « À cette époque, où il était évident pour tous les enfants qu’il fallait apprendre, les leaders issus de la Résistance avaient décidé que, pour former de nouvelles élites, il fallait sans doute aller chercher dans une population qui avait peu accès à l’enseignement supérieur. A cette fin ils ont dans le cadre de « l’enseignement technique » décidé de développer des Écoles Nationales professionnelles, et dans ces écoles des « classes nouvelles ». Je suis entré à l’École nationale professionnelle de Montataire, dans une zone industrielle, au milieu des fumées nitriques de la Vieille Montagne, qui faisait la métallurgie du zinc, et du bruit de Brissonneau-et-Lotz, qui construisait des wagons.

Dans ces « classes nouvelles », on considérait qu’il ne fallait pas se contenter de donner un diplôme technique aux élèves à la sortie de l’École mais qu’il fallait aussi donner à ces « jeunes » un réel bagage culturel si l’on voulait qu’ils puissent progresser dans la hiérarchie sociale. En même temps que les classiques cours de français, de physique, de chimie…du dessin industriel et de l’atelier…Il fallait nous faire accéder aux « humanités » d’où du latin pendant trois ans, , tout comme des cours de « dessin d’art » et des cours de musique… Certes, cela représentait plus de 40 heures de cours hebdomadaires, mais nous nous accrochions, car l’ambition était un devoir, l’ambition de devenir quelqu’un pour servir la France, et on nous y aidait. Dans ces Écoles nationales professionnelles, on passait des certificats d’aptitude professionnelle (CAP), des brevets industriels des Brevets de techniciens supérieur, et pour les meilleurs élèves la chance de concourir après le bac pour l’École nationale d’ingénieurs des Arts et Métiers. Pendant les quatre années que j’ai passées à l’École des Arts et Métiers de Lille, et Paris nous avions la possibilité de suivre aussi des cours à l’université, notamment vers le droit et l’économie [...] ».

- Sur l’histoire de Sanofi

[...] « Sanofi est aujourd’hui implanté dans 140 pays. Depuis plus de dix ans, le groupe est numéro un dans les « BRICs plus Mexique ». Cette pénétration des pays émergents date de l’époque où nous n’avions pas les moyens d’aborder les marchés américain et japonais… Dès le départ Sanofi a abordé l’ensemble des secteurs définis en 1973 : la santé animale, le diagnostic, le vaccin, la bio-industrie, les additifs alimentaires, les arômes, la gélatine, les semences, les fleurs, le parfum et les cosmétiques, la nutrition, etc. Cette diversité dans l’axe « Santé, Beauté, Nutrition » a été très critiqué par les milieux financiers qui reprochaient la dispersion. En fait, elle a donné au démarrage un grand équilibre au sein de l’entreprise et une grande souplesse dans la gestion des effectifs. De plus elle a permis de financer les efforts initiaux de la Recherche en santé humaine qui pesait près de 30% du chiffre d’affaires. Elle nous a aussi appris à gérer des métiers à faible marge qui ont poussé à une grande rigueur dans la gestion. Les résultats de Sanofi ont été la réponse aux critiques et le marché les a très largement accompagnés sur la durée.

Si cette formidable aventure a été possible, c’est avant tout parce que nous nous sommes dès le départ attachés à construire un « Corps Social », une « Communauté de destin » sur le thème majeur : « Une entreprise cela sert d’abord à faire vivre des femmes et des hommes, mais pour cela il faut gagner beaucoup d’argent afin de rémunérer normalement les actionnaires, d’assurer le financement des investissements et de l’innovation, de développer au plan mondial l’entreprise. » Six valeurs ont été définies très rapidement, elle sont restées les mêmes pendant plus de 30 ans :
- le culte de la performance sans laquelle rien n’est possible ;
- le courage physique et moral, on affronte les problèmes en faisant face, la ligne jaune on ne la frôle même pas ;
- l’audace, raisonnée, mais qui exclue la peur de perdre car on a le droit à l’erreur ;
- l’innovation et la créativité, dans tous les domaines de l’entreprise ;
- le respect des autres que ce soit en interne ou vers l’extérieur, notamment le respect des cultures dans les pays d’implantation ;
- la solidarité en actes et pas seulement en paroles, en interne dans la gestion des hommes et en externe dans la responsabilité sociétale.

Mettre de la chair sur ce squelette, en l’adaptant aux évolutions de l’environnement a été la plus belle aventure pour nous tous, elle a forgé la « communauté de destin » sur laquelle nous avions mutuellement à nous rendre des comptes. »

- Sur les réformes à entreprendre et sur la suite des États généraux de l’industrie

[...] « Début 2010, à la suite des États généraux, il est décidé, par décret, de prolonger cette action en pérennisant une Conférence Nationale de l’Industrie, dans la même configuration et le même esprit, avec la création des comités stratégiques de filières et de groupes de travail transverses. Un premier bilan, établi en février 2012, constate que la situation s’est dramatiquement aggravée par rapport à 2009 ; que sur la formation et l’emploi, rien n’a changé ; que l’orientation de l’épargne vers l’industrie par la création d’une banque de l’industrie ne s’est pas réalisée ; que la vitalité des régions est insuffisamment reconnue par le jacobinisme parisien ; que l’inexistence d’une politique européenne de l’industrie perdure : que la stabilisation des réglementations et de la fiscalité reste à réaliser ; que le maintien d’une énergie compétitive et la sécurité d’approvisionnement des matières premières sont fondamentaux pour donner ses chances à la réindustrialisation.

Le titre du rapport de cette première année de travail de la CNI, décidé dès l’automne 2011 est « Ensemble réindustrialiser la France pour la croissance et l’emploi »…

Ce travail collectif des quatre dernières années a conduit une prise de conscience profonde de la nécessité de réindustrialiser le Pays. La part prise par ce thème dans les débats de la récente campagne électorale en témoigne alors qu’il était pratiquement absent depuis des décennies.

Le « succès d’estime » qu’ont trouvé les réflexions de la CNI et ses méthodes de travail tant en période préélectorale que post-électorale est incontestable. Mais désormais tout a été dit et écrit quant aux constats et quant à ce qu’il faudrait faire. Le temps des incantations est terminé, ce n’est plus de missions et de rapports d’analyse dont l’industrie a besoin mais de plans d’actions prioritaires. »

[...]

Jean-François Dehecq, président d'honneur de Sanofi-Aventis, à l'Académie de ssciences morales et politiques, 11 février 2013
Jean-François Dehecq, président d’honneur de Sanofi-Aventis, à l’Académie de ssciences morales et politiques, 11 février 2013
© Marianne Durand-Lacaze/ Canal Académie

À l’issue de sa communication, Jean-François Dehecq a répondu aux questions que lui ont posées les académiciens François d’Orcival, Yvon Gattaz, Jacques de Larosière, Mireille Delmas-Marty, Michel Pébereau, Christian Poncelet, Georges-Henri Soutou, André Vacheron et la correspondante Ghislaine Alajouanine.

Pour en savoir plus

- CNI : Conférence Nationale de l’Industrie, créée en 2010 réunissant l’État, les industriels et les partenaires sociaux, la CNI a rédigé 3 rapports dans lesquels elle présente une série de propositions pour la compétitivité et la réindustrialisation de la France. Jean-François Dehecq en était le vice-président. Le 5 février 2013, la CNI est devenue le CNI. Le Conseil national de l’industrie (CNI) a été installé le 5 février, conformément aux décisions du Pacte national pour la compétitivité, la croissance et l’emploi : la Conférence nationale de l’industrie devient le Conseil national de l’industrie avec l’objectif de promouvoir des pactes entres les industries qui dépendent les unes des autres. Sorte de parlement de l’industrie, il est placé sous la présidence du Premier ministre Jean-Marc Ayrault et présidé par Jean-François Dehecq.
- États généraux de l’industrie et Conférence Nationale de l’Industrie

- Texte intégral de la communication de Jean-François Dehecq sur le site de l’Académie des sciences morales et politiques « Sanofi : 40 ans pour redonner à la France un leader mondial dans la santé »






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