Publié le 13/11/2009
François Bricaire

MÉDIATISATION DE LA GRIPPE A

François Bricaire est professeur des universités et chef du service des Maladies infectieuses et tropicales à la Pitié-Salpêtrière à Paris. Il est correspondant à l’Académie nationale de médecine.


Extrait
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François Bricaire : Communiquer en matière de grippe, c’est extrêmement difficile pour une raison essentielle, c’est que les connaissances sur l’évolution d’un virus de grippe sont parfaitement incertaines.
Si on savait comment les choses allaient se passer, on serait beaucoup plus à l’aise pour faire des prévisions qui soient dignes de ce nom. Or malheureusement, nous nous trompons toujours, l’expérience l’a montré et par conséquent faire des prévisions satisfaisantes et convenables sur un phénomène dont on ignore les trois quarts des éléments, ça devient extrêmement aléatoire.
La deuxième remarque c’est qu’à partir de cette constatation, les autorités de tutelle sont, pour elles, obligées, à mon avis, de gérer à un haut niveau de sévérité ou en termes d’extension ou de gravité, comme vous voudrez, peu importe, de gérer de façon à ce que les populations qui sont exigeantes, et en France, on est particulièrement critique et exigeant, ne puissent pas dire « vous n’avez rien fait, on vous avait prévenu et vous n’en avez pas tenu compte ». Donc ça me paraît une réaction tout à fait normale.
Il y a quand même des nuances. Ça n’est pas une raison pour amplifier les alertes, les craintes et les exprimer ce qui entraîne automatiquement des phénomènes d’inquiétude et éventuellement de rejet. C’est aussi embêtant.

Elodie Courtejoie : On pourrait avoir cette impression de crier au loup.

François Bricaire : Voilà.

Elodie Courtejoie : Et quand le loup arrive, plus personne ne s’en préoccupe.

François Bricaire : C’est là où la gestion avec les médias est parfois un peu délicate. Il y a des médias qui comprennent bien cette difficulté d’expression et puis il y en a d’autres qui préfèrent jouer la corde habituelle : si c’est grave, c’est intéressant, si ça n’est pas grave, ça devient beaucoup moins valable en matière de message.
Donc il ne faut pas hypertrophier le phénomène, il faut être conscient des risques. Les risques existent, mais les risques graves, s’ils sont incontestables, ne sont pas obligatoires.

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Crier au loup : alerter d’un danger qui n’existe pas.
Faire jouer la corde habituelle : ici, selon la coutume des médias : parler de ce qui émeut le plus le public et fait vendre.
Hypertrophier : développer exagérément, amplifier.

Observer, Comprendre, Apprendre

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Le thème


1- Faites la liste des maladies contagieuses que vous connaissez.


2- Avez-vous été personnellement concerné(e) par une maladie contagieuse ? Quels souvenirs en gardez-vous ? Quelle opinion portez-vous sur le personnel médical qui vous a soigné ? Écoute attentive



Ecoute attentive


1- Quel est le thème traité dans l’enregistrement ?

La grippe A et le rôle des médias


2- Quels sont les deux aspects abordés par François Bricaire ?

D’une part, la médiatisation de la grippe et d’autre part, la gestion de la grippe au niveau des autorités de tutelle


3- Quelle est sa position sur ces deux points ? Comment la justifie-t-il ?

Il explique qu’il est difficile de communiquer sur la grippe car les connaissances sur l’évolution d’un virus de ce type sont parfaitement incertaines…. Par ailleurs, pour répondre aux attentes de la population, les autorités de tutelle sont obligées, à son avis, de gérer le problème à un haut niveau de sévérité…


4- Quel est le risque d’une surmédiatisation de l’épidémie ?

Le public saturé de trop d’informations risque de ne plus être vigilant… risque de psychose.


5- Dans sa conclusion François Bricaire reprend deux idées qu’il avait précédemment évoquées d’une manière différente. Lesquelles ?

Pour lui, il ne faut pas hypertrophier le phénomène et donc ne pas amplifier les alertes au-delà du nécessaire. Ensuite, selon lui, les risques existent, mais les risques graves, s’ils sont incontestables ne sont pas obligatoires, il y a quand même des nuances.



Activités et réflexion


1- Relevez dans l’entretien les mots et expressions qui servent à articuler l’argumentation.

Si on savait…, or, par conséquent, donc, quand même, et puis, mais


2- Selon vous, la médiatisation autour de la grippe A est-elle adéquate ou exagérée ?

Des règles de « bonne conduite » devraient-elles être imposées aux médias en cas de pandémie ?



Pour aller plus loin...


1- Votre pays connaît-il ou a-t-il connu des situations comparables à la pandémie de la grippe A ? Comment les autorités y font-elles face ou y ont-elles fait face ?



Pour en savoir plus
Sites internet



Propositions de lectures

Claude Hannoun, La grippe, ennemie intime - Itinéraire d'un virologue, Editions Balland, 2009.
Thierry Souccar, Prévenir et guérir la grippe, Thierry Souccar Editions, 2009.