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Le peintre et l’académicien, Renoir et Rouart

Jean-Marie Rouart, de l’Académie française, évoque Renoir exposé au Grand Palais à Paris

Jean Rouart évoque dans son livre Une Jeunesse à l’Ombre de la Lumière ses souvenirs d’enfance avec le peintre Renoir. Rencontre avec l’Académicien à son domicile.



Emission proposée par : Anne Jouffroy Bookmark and Share
Référence : carr614
Adresse directe du fichier MP3 :http://www.canalacademie.com/emissions/carr614.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/Le-peintre-et-l-academicien-Renoir.html
Date de mise en ligne : 27 septembre 2009


Jeunes filles lisant
Jeunes filles lisant
Pierre-Auguste Renoir Vers 1890-1891 Los Angeles, Los Angeles Museum of Art Josse / Leemage

« Dans mon livre Une Jeunesse à l’Ombre de la Lumière, j’ai évoqué mes souvenirs d’enfance au sein de la Gens-Manet-Morisot-Rouart et de ses chers amis peintres, Degas et Renoir. Renoir fut un des tuteurs de Julie Manet à la mort de sa mère, Berthe Morisot.

Ces fous de peinture ne parlaient que de leur passion commune. Ils s’aimaient et ils aimaient l’élévation en général. La musique et la littérature les attiraient beaucoup aussi. Ernest Chaussin et Paul Valéry étaient apparentés à cette famille de génies et Debussy et Mallarmé très proches par le cœur.

Renoir a peint cinq portraits de ma grand-mère Christine Lerolle, jouant du piano ou lisant ou encore brodant, seule ou avec sa sœur, – ces sont ces tableaux-là qui ouvrent l’exposition actuelle du Grand Palais. Renoir aimait les jeunes filles des familles raffinées des artistes qui lui rappelaient l’aristocratie du XVIIIe siècle. Comme Proust, il était fasciné par l’aristocratie et il n’aimait pas la bourgeoisie du XIXe siècle, un peu obtuse, qui ne s’intéressait pas à l’art. Il adorait le peuple, dont il était issu, comme sa femme.

J’ai connu un de ses derniers modèles, Georgette Pigeot, qui était la couturière de ma mère. Elle nous racontait les séances de pose avec la bonhomie, parfois même les gauloiseries, du Maître qui aimait la simplicité, le naturel et fuyait le snobisme mondain. Il était un peu sauvage, comme le sont bien souvent les artistes. Degas, lui, était presque misanthrope.

J’ai beaucoup apprécié Jean, son fils, le cinéaste. Il a choisi un art complètement différent de la peinture, mais, comme son père il s’est penché sur les plaisirs des traditions populaires en ciblant le naturel du peuple. Il fut fidèle à son père d’une part par sa gentillesse et son côté extraordinairement humain et d’autre part par sa conception de la société. Ce sont les mêmes thèmes qui transparaissent sur l’écran et… avec aussi une touche impressionniste !

Moi, j’ai essayé d’échapper à la destinée mono-maniaque de la famille par l’écriture. Mais je ne peux m’empêcher de replonger parmi ce monde enchanté des génies familiaux. J’ai voulu raconter cet heureux hasard qui m’a fait naître dans un cercle familial si particulier et si merveilleux. Je n’en tire aucune gloire personnelle, seulement le besoin d’exister par moi-même.

Et ma chance fut d’être un écrivain. »

jeunes filles au piano, 1892
jeunes filles au piano, 1892
Musée d’Orsay, Paris RMN / Hervé Lewandowski

En savoir plus :

- Renoir : exposition au Grand Palais du 23 septembre 2009 au 04 janvier 2010
- Jean Rouart, membre de l’Académie française

Ecoutez également :

Jean-Marie ROUART



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